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Message de la Directrice exécutive Michelle Bachelet
Journée internationale de la femme 2011 : L’heure est venue de faire de la promesse d’égalité une réalité
Il y a cent ans jour pour jour, les femmes du monde entier ont fait un pas historique sur la longue route de l’égalité. La première Journée internationale de la femme avait été décrétée dans le but d’attirer l’attention sur les conditions de travail inacceptables, souvent dangereuses, auxquelles tant de femmes étaient exposées à travers le monde. Bien que cet événement n’ait été célébré que dans une poignée de pays, plus d’un million de femmes descendirent dans la rue pour demander non seulement de meilleures conditions de travail mais également le droit de vote, le droit d’occuper des fonctions politiques et de devenir des partenaires à égalité avec les hommes.
J’ai le sentiment que ces courageuses pionnières regarderaient notre monde d’aujourd’hui avec un mélange de fierté et de déception. Des progrès remarquables ont bien sûr été accomplis, et le siècle dernier a vu une expansion sans précédent des droits et des prérogatives des femmes. On peut en effet considérer que le progrès en matière de droits des femmes est l’une des révolutions sociales les plus profondes que le monde ait jamais connues.
Il y a cent ans, seuls deux pays permettaient aux femmes de voter. Aujourd’hui, ce droit est quasiment devenu universel et des femmes ont été élues à la tête de gouvernements sur chaque continent. Les femmes occupent désormais des positions stratégiques dans presque toutes les professions dont elles étaient autrefois exclues.
Dans un passé beaucoup plus récent, la police, les tribunaux et les voisins considéraient encore la violence conjugale comme une affaire strictement privée. Aujourd’hui, deux tiers des pays ont des lois spécifiques qui pénalisent la violence domestique, et le Conseil de sécurité des Nations Unies reconnaît désormais la violence sexuelle comme une tactique de guerre délibérée.
Mais en dépit de tous ces progrès accomplis au siècle dernier, les espoirs d’égalité exprimés lors de cette première Journée internationale de la femme sont loin d’être concrétisés. Près de deux adultes analphabètes sur trois sont des femmes. Les filles sont six fois moins susceptibles d’être scolarisées que les garçons. Chaque jour, toutes les 90 secondes, une femme meurt en raison de sa grossesse ou suite à des complications liées à l’accouchement, alors que nous disposons des connaissances et des ressources pour assurer des accouchements sans danger.
Partout dans le monde, les femmes continuent de gagner moins que les hommes pour des postes équivalents et à compétences égales. Dans de nombreux pays, elles ont un accès inégal à la terre et aux droits de succession. Et malgré des progrès indéniables, les femmes dans le monde ne constituent que 19% du corps législatif, 8% des négociateurs de paix et seules 28 femmes sont aujourd’hui chefs d’Etat ou de gouvernement.
Les femmes ne sont pas les seules à être pénalisées par cette discrimination. Nous pâtissons tous de notre incapacité à exploiter les talents et le potentiel qu’offre cette moitié de l’humanité. Nous sapons la qualité de nos démocraties, la force de nos économies, la santé de nos sociétés et la pérennité de nos efforts de paix. L’accent mis cette année par la Journée internationale de la femme sur l’égalité d’accès en matière d’éducation, de formation, de science et de technologie souligne la nécessité d’exploiter ce potentiel.
Assurer l’égalité des sexes et faire valoir les droits des femmes sont les deux piliers d’un agenda mondial, un défi pour chaque pays, riche ou pauvre, du nord ou du sud. En créant ONU Femmes, les Nations Unies ont reconnu l’universalité de ce problème et le bien-être que pourrait apporter sa résolution. Cette nouvelle organisation est le résultat de la fusion de quatre anciennes entités des Nations Unies dédiées aux questions de genre. L’objectif de cette nouvelle organisation, que j’ai l’immense privilège de diriger, est de galvaniser le système des Nations Unies dans son ensemble, afin que nous puissions honorer la promesse inscrite dans la Charte des Nations Unies de l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est le combat de toute ma vie.
En tant que jeune mère et pédiatre, j’ai vécu le combat quotidien des femmes qui tentent d’établir un équilibre entre leur vie de famille et leur carrière et je sais combien l’absence de garde d’enfants empêche les femmes de prétendre à un emploi rémunéré. Ma volonté de remédier à ces obstacles pour les femmes a été l’une de mes motivations pour entrer en politique. C’est la raison pour laquelle j’ai soutenu des politiques visant à étendre les services de santé et de garde d’enfants et que j’ai donné la priorité aux dépenses publiques consacrées à la protection sociale.
En tant que Présidente, j’ai travaillé dur pour créer des opportunités égales pour les hommes et les femmes, afin qu’ils puissent contribuer de façon équitable, par leurs talents et leurs expériences, à surmonter les défis auxquels notre pays était confronté. Voilà pourquoi j’ai constitué un gouvernement composé d’un nombre égal d’hommes et de femmes.
En tant que Directrice exécutive d’ONU Femmes, je veux consacrer mon mandat ainsi que les connaissances et l’expérience de mon équipe à favoriser les progrès vers une véritable égalité des sexes dans le monde. Nous travaillerons en étroit partenariat avec les hommes et les femmes, les dirigeants et les citoyens, la société civile, le secteur privé et le système des Nations Unies dans son ensemble pour aider les pays à mettre en place des politiques, des programmes et des budgets qui permettront de réaliser ce noble objectif.
J’ai vu ce que les femmes, souvent dans les circonstances les plus difficiles, sont capables d’accomplir pour leurs familles et pour leurs communautés, lorsqu’on leur donne la possibilité d’agir. La force, la diligence et la sagesse des femmes demeurent les plus grandes ressources inexploitées de l’humanité. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’attendre encore cent ans pour libérer tout ce potentiel.
Voir aussi:
- Message vidéo de Mme Bachelet (transcription)
- Discours délivré par Mme Bachelet lors de la célébration de la Journée internationale de la femme à Monrovia, Libéria (en anglais)
Message du Secrétaire général Ban Ki-moon
Il y a 100 ans, alors que le monde entier célébrait pour la première fois la Journée internationale de la femme, l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme étaient des idées plutôt extrêmes. À l’occasion du centenaire de cette journée, nous rendons hommage aux progrès considérables accomplis grâce à une mobilisation résolue, à une action pratique et à des politiques éclairées. Pourtant dans de trop nombreux pays et de trop nombreuses sociétés, les femmes restent des citoyennes de deuxième ordre.
Bien que le fossé entre hommes et femmes en matière d’éducation se comble, il existe des écarts importants entre les pays et à l’intérieur d’un même pays, et beaucoup trop de filles sont encore privées de scolarisation, quittent prématurément l’école ou achèvent leur cycle d’étude avec peu de compétences et encore moins de débouchés. Les femmes et les filles continuent aussi d’être victimes d’une discrimination et d’une violence intolérables, souvent aux mains de leur conjoint ou de leurs proches. À la maison comme à l’école, sur le lieu de travail et dans la société, être une femme est trop souvent synonyme d’être sans défense. Et dans de nombreuses régions en proie à un conflit, la violence sexuelle sert délibérément et systématiquement à intimider les femmes et la société tout entière.
Ma campagne Tous unis pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et le Réseau d’hommes influents s’emploient à mettre un terme à l’impunité et à faire changer les mentalités. De plus en plus, la communauté internationale est résolue à réprimer et à empêcher les agressions sexuelles commises en situations de conflit et à faire davantage pour que soit appliquée la résolution 1325 (2000), résolution historique du Conseil de sécurité sur les femmes et la paix et la sécurité, qui souligne l’importance de faire participer les femmes à tous les aspects de la consolidation et du maintien de la paix.
Un autre domaine dans lequel il faut d’urgence faire de nets progrès est celui de la santé des femmes et des enfants. Le Sommet de septembre 2010 sur les objectifs du Millénaire pour le développement a consacré l’importance vitale de cette question et les États Membres et la communauté des donateurs ont annoncé qu’ils appuieraient vigoureusement ma stratégie mondiale, qui vise à sauver des vies et à améliorer la santé des femmes et des enfants au cours des quatre prochaines années.
Dans le domaine de la prise de décisions, plus de femmes dans plus de pays occupent désormais le siège qui leur revient au parlement. Mais moins de 10 % des pays ont une femme chef d’État ou de gouvernement. Même dans les pays où les femmes occupent le devant de la scène politique, elles sont souvent très sous-représentées dans d’autres domaines de la prise de décisions, y compris aux plus hauts niveaux du commerce et de l’industrie. Une initiative récente de l’ONU — les principes d’autonomisation des femmes, auxquels adhèrent désormais plus de 130 grandes entreprises — vise à corriger ce déséquilibre.
Cette année, la Journée internationale de la femme est consacrée à l’égalité d’accès à l’éducation, à la formation, à la science et à la technologie. La téléphonie mobile et Internet, par exemple, peuvent permettre aux femmes d’améliorer la santé et le bien-être de leur famille, de tirer parti des possibilités d’exercer des activités rémunératrices et de se protéger de l’exploitation et du danger. L’accès à ces outils, ainsi qu’à l’éducation et à la formation, peut aider les femmes à rompre le cycle de la pauvreté, à lutter contre l’injustice et à exercer leurs droits.
La création, cette année, de l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme (ONU Femmes) est la preuve que nous sommes résolus à concrétiser nos aspirations. Ce n’est qu’en garantissant aux femmes la participation à part entière et à part égale à tous les domaines de la vie publique et privée que nous pouvons espérer bâtir la société viable, pacifique et juste que promet la Charte des Nations Unies.



