La participation politique des femmes

Date : 11 October 2011

Remarques de Michelle Bachelet Directrice exécutive d'ONU Femmes sur »La participation politique des femmes » au Old Town Hall, Helsinki, Finlande, le 11 octobre 2011.

[Vérifier à l' écoute]

Bonjour, c'est un grand plaisir de me trouver parmi vous ici à Helsinki. Je remercie Mme le maire Tuula Haatainen ainsi que le Comité national finlandais d'ONU Femmes d'avoir organisé cette manifestation et de nous avoir rassemblés aujourd'hui.

En faisant quelques recherches avant de venir ici, j'ai découvert qu'environ deux tiers de la Finlande sont couverts de forêt, et environ un dixième d'eau. Votre pays est riche en ressources naturelles et croit en la protection de l'environnement, et vous comptez l'une des mains-d'œuvre les plus qualifiées au monde grce aux investissements réalisés dans l'éducation, la formation et la recherche, qui stimulent votre économie.

Et avec autant d'atouts, ce n'est pas par hasard que la Finlande se place au premier rang de la participation et du leadership des femmes.

En 1906, la Finlande a ouvert la voie aux droits politiques pour tous, accordant aux femmes le droit de vote et de se présenter aux élections, à une époque où les autres femmes autour du monde ne le pouvaient pas. Aujourd'hui, vous comptez 43% de femmes au sein de votre parlement, un des taux les plus élevés au monde.

Et au tournant de ce siècle, vous avez élu la première femme Présidente de Finlande, mon amie et alliée, la Présidente Tarja Halonen.

La Présidente Halonen m'a rejointe il y a quelques semaines à New York avec d'autres dirigeantes mondiales, à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations Unies. Nous avons signé une déclaration commune appelant à renforcer la participation politique et la prise de décisions des femmes à travers le monde.

Cela est conforme à notre engagement en faveur de l'égalité des droits et de la dignité humaine inhérente des femmes, inscrites dans la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme et les autres instruments internationaux pertinents en matière de droits de l'homme. Et dans notre déclaration commune, nous avons suggéré des moyens permettant aux pays d'accomplir de progrès plus importants à cet égard.

Nous appelons tous les Etats à ratifier la Convention des Nations Unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) et à remplir leurs obligations en vertu de cette dernière, ainsi qu'à mettre en œuvre pleinement la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité, et autres résolutions pertinentes des Nations Unies. Ces résolutions appellent à la fin de l'impunité pour les crimes dont sont victimes les femmes en périodes de conflit, tels que le viol et l'esclavage sexuel, et appellent à la pleine participation des femmes aux négociations de paix, à la consolidation de la paix et à la reconstruction, afin que les femmes puissent jouer pleinement leur rôle pour ce qui est d'écrire l'avenir de leurs pays.

Aujourd'hui, beaucoup de femmes ne peuvent pas participer à la politique, entravées par des facteurs tels que la violence, la pauvreté, le manque d'accès à une éducation de qualité et aux soins de santé, ainsi que le double fardeau du travail rémunéré et non rémunéré. Et à cause de ces obstacles, nous perdons beaucoup de femmes leaders de qualité, les pays et leur population ptissant de leur absence. Voilà pourquoi il est si important de promouvoir activement la participation politique des femmes, y compris grce à des mesures de discrimination positive, le cas échéant.

J'ai plaidé en faveur de la participation des femmes en politique car chacun devrait avoir les mêmes droits et opportunités de participer à la vie politique et civile. Et c'est important. Mais en fait, mes raisons vont bien au-delà de cela.

Je crois que la participation des femmes est fondamentale pour la démocratie et essentielle à la réalisation du développement durable et de la paix. Et les chiffres montrent désormais que les pays qui bénéficient de la plus grande égalité des sexes affichent un produit national brut par habitant supérieur aux autres, et que le leadership des femmes dans le secteur privé entraîne une amélioration des résultats des entreprises. Et nous savons que les pays qui comptent plus de femmes au sein de leur parlement ont tendance à avoir des lois plus équitables, et des programmes sociaux et des budgets qui bénéficient aux femmes, aux enfants et aux familles.

Je suis heureuse de pouvoir parler de la participation politique des femmes ce matin, car c'est une question que je connais très bien et à laquelle j'attache une grande importance, et qui constitue une priorité pour chacun d'entre nous à ONU Femmes.

Il reste encore un long chemin devant nous, car les femmes ne constituent toujours que moins de 10% des dirigeants du monde. Seuls 21 chefs d'Etat et de gouvernement sur 193 Etats membres des Nations Unies sont des femmes.

Moins d'un membre du parlement sur cinq dans le monde est une femme. Et la barre de masse critique de 30% pour la représentation des femmes au parlement a été atteinte ou dépassée dans seulement 28 pays.

Mais nous avançons, et je suis optimiste, car je suis convaincue que ce siècle est celui des filles et des femmes. Nous faisons des progrès. En 1911, les femmes ne pouvaient voter que dans deux pays dans le monde, dont la Finlande. Aujourd'hui, un siècle plus tard, ce droit est virtuellement universel. Et cette année, j'ai assisté pour la première fois depuis la fondation des Nations Unies, il y a plus de 60 ans, à l'ouverture du débat général de l'Assemblée générale par une femme, la Présidente Dilma Roussef, la première femme Présidente du Brésil. Il s'agit en fait de deux victoires en une, et on pourrait en citer bien d'autres. Dans tous les pays, les femmes, les hommes et les jeunes gens font des pas, certains petits, d'autres de géant, pour promouvoir l'égalité et la justice.

Dans toute la planète, les appels à la démocratie sont amplifiés par les nouvelles technologies. Avec les téléphones mobiles, grce à des entreprises comme Nokia et d'autres, ou avec Twitter et Facebook, les femmes font entendre leurs voix, et il ne saurait y avoir de vraie démocratie sans la participation pleine et égale des femmes.

En juin, je me suis rendue en Egypte et en Tunisie, où j'ai rencontré des groupes de femmes et d'autres, pour apporter mon appui à la transition vers la démocratie. Le Printemps arabe a montré au monde que les femmes sont prêtes et déterminées à lutter en faveur de la démocratie par et pour le peuple.

Dans chaque pays et région, en périodes de paix, de conflit ou de transition, les femmes veulent faire entendre leurs voix. Elles veulent exercer leurs droits et avoir leur siège aux tables de prise de décisions. ONU Femmes les soutiendra dans ces efforts.

Si nous le faisons, c'est qu'en cette période de défis mondiaux et interdépendants, nous ne pouvons plus nous permettre de gaspiller le potentiel de la moitié de la population du monde. Etant donné les défis auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés, depuis les changements climatiques jusqu'aux pressions croissantes pesant sur les modèles économiques, en passant par les taux de chômage élevés et la pauvreté, et les pressions grandissantes sur les ressources naturelles, nous avons besoin des meilleurs dirigeants possibles, et beaucoup d'entre eux sont des femmes. Les femmes apportent leurs propres idées et points de vue, et la diversité est bénéfique à la prise de décisions.

Pour ces raisons et d'autres, ONU Femmes a établi des priorités stratégiques centrales, en vue d'augmenter la participation et le leadership des femmes, de promouvoir l'autonomisation économique des femmes, de mettre fin à la violence contre les femmes et les filles, de donner la priorité à l'égalité des sexes dans les plans et budgets nationaux et de s'assurer que les femmes jouent un rôle central dans les pourparlers de paix, la consolidation de la paix et la reconstruction et le relèvement.

Nous travaillons également à coordonner et à garder le système des Nations Unies responsable de la promotion de l'autonomisation des femmes et de l'égalité des sexes.

Pour nous aider à accomplir ces objectifs, nous comptons sur nos partenaires comme la Finlande, et d'autres pays de par le monde, qui croient en la justice et à l'égalité des chances pour tous.

Je vous remercie et me réjouis à l'avance de notre discussion.