Mona Saad: le chemin d’une travailleuse domestique égyptienne vers le leadership

Date : 15 October 2012

« Je rêve que la société change la vision péjorative qu'elle a du travail domestique, et que tous les travailleurs domestiques obtiennent leurs droits sociaux et juridiques sur un pied d'égalité, à l'instar de tout autre travailleur de tout autre secteur » explique Mona, Directrice exécutive d'« Helpers ».

Dans toute l'Égypte, comme dans de nombreux pays, les travailleurs domestiques sont exposés à de nombreux risques pour leur santé et à de mauvaises conditions de travail, font de longues heures de travail et obtiennent une rémunération déplorable. Les domestiques sont également confrontés au non-paiement des salaires, aux abus verbaux et physiques ainsi qu'au harcèlement ou aux agressions sexuels.

Mona Saad s'attache à faire changer cette situation en renforçant la sensibilisation et les activités de lobbying à l'intention du gouvernement, en vue de l'adoption de lois protégeant mieux la main-d'œuvre domestique principalement féminine.

Mona est issue de la classe moyenne inférieure de la société égyptienne, et est dotée d'un diplôme d'études secondaires. Elle a épousé un ouvrier de la construction à un très jeune ge, puis a déménagé à Ezbet el Hagganna, un taudis situé dans le nord-est du Caire, la capitale de l'Égypte. Les difficultés ont contraint Mona à rechercher un emploi en tant que travailleuse domestique afin d'aider son mari à gagner sa vie.

Elle a cherché un travail correspondant à ses qualifications universitaires limitées, et a été déçue de s'apercevoir que les taux de chômage étaient élevés, même chez ses collègues diplômés. Elle a eu connaissance d'un emploi domestique par le biais de ses voisins, et a commencé à travailler occasionnellement. Mona affirme que si elle n'avait pas eu à pourvoir aux besoins de sa famille, elle n'aurait jamais fait ce type de travail, qui est considéré comme honteux dans la société égyptienne. Mona a même gardé un secret total sur son emploi.

Mona a entendu parler du Programme géré par le Fonds pour l'égalité des sexes d'ONU Femmes sur l'« amélioration des politiques publiques en vue de protéger les droits des travailleuses domestiques en Égypte » et a rencontré des travailleurs de terrain. Elle a participé à des sessions de sensibilisation dispensées par le programme, au cours desquelles elle a eu la possibilité de rencontrer des pairs confrontés à des défis et difficultés similaires, ainsi que des femmes partageant le même sens de la honte à cause de leur profession.

Cela a petit à petit encouragé Mona à s'ouvrir sur son travail. Le fait de consulter un psychologue l'a aidée à surmonter son manque d'estime de soi et la stigmatisation dont elle était victime, l'amenant à reconnaître l'importance et la valeur du travail qu'elle effectue pour sa famille et elle-même.

Faisant connaissance avec d'autres travailleurs domestiques et se familiarisant avec leurs problèmes, elle a été davantage en mesure de discuter de sa propre situation. Elle est devenue plus encline à défendre ses droits, que ce soit par le biais de son travail ou de sa vie personnelle.

Après avoir participé à plusieurs sessions de renforcement des capacités organisées dans le cadre du Programme, Mona est devenue plus confiante, mieux à même d'exprimer clairement ses points de vue et plus décidée que jamais à faire respecter ses droits et ceux de ses homologues travailleuses domestiques. Mona a été nommée à la tête de la première ONG de travailleurs domestiques d'Égypte, « Helpers », créée sous les auspices du Programme.

Aujourd'hui, « Helpers » se concentre sur la promotion d'un objectif : assurer des conditions de travail décentes aux travailleurs domestiques en établissant un syndicat pour promouvoir et protéger leurs droits.

Les initiatives de plaidoyer déployées dans le cadre de ce programme en vue de mettre les droits des travailleurs domestiques à l'ordre du jour des organisations gouvernementales concernées ont pris de l'essor au niveau national. Elles visent à réformer le droit du travail et à assurer une protection sociale aux travailleurs du secteur informel.

Les responsables du ministère de la Main-d'œuvre et de l'Immigration ont récemment confirmé qu'ils sont actuellement en train d'étudier la possibilité de procéder à des ajustements du droit du travail. Ils travaillent également à améliorer les compétences techniques des employés de maison en vue de leur fournir un permis de pratiquer leur profession, une première étape vers l'obtention d'une assurance sociale et d'une assurance-maladie.