Les dirigeantes transforment la politique, les politiques et les moyens d’existence

Date : 04 October 2012

Discours d'ouverture de Michelle Bachelet, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Directrice exécutive d'ONU Femmes, au cours du Dialogue pour le changement du Sommet sur le leadership : les dirigeantes transforment la politique, les politiques et les moyens d'existence. Jaipur, Inde, le 4 octobre 2012.

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Honorables Ministres,

Distingués représentants,

Et enfin, femmes élues de l'Asie du Sud,

Je suis ravie de me trouver parmi vous aujourd'hui. Je vous remercie de participer à ce Sommet sur le leadership. Cette journée est enthousiasmante pour chacun d'entre nous ! Nous sommes ici pour lancer le Centre régional d'excellence sur la promotion du leadership politique et de la gouvernance des femmes en Inde et en Asie du Sud.

Je remercie le gouvernement du Rajasthan et le gouvernement de l'Inde de l'appui qu'ils ont apporté à ce Sommet. C'est formidable de se trouver dans cette belle ville historique et colorée de Jaipur.

C'est ma première visite en Inde en tant que Directrice exécutive d'ONU Femmes. L'entité a été créée en 2010 et a commencé à fonctionner il y a 21 mois, avec l'appui des groupes de femmes et des États membres des Nations Unies, pleine d'espoir quant au renforcement des progrès pour les femmes dans le monde entier.

Aujourd'hui, ONU Femmes est présente dans 75 pays. Avec des partenaires comme vous, nous travaillons à promouvoir le leadership politique et l'égalité de la participation économique des femmes, en vue de mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles, d'impliquer pleinement les femmes aux pourparlers de paix et à la consolidation de la paix et de promouvoir la planification et la budgétisation pour l'égalité des sexes.

Je suis fière d'être la première dirigeante d'ONU Femmes, et je salue les progrès en train d'être réalisés dans cette sous-région. L'Asie du Sud compte une population de 2 milliards de personnes et comprend 1,5 million de villages, avec une population estimée de 3 millions de représentants élus. La moitié des représentants élus sont des femmes.

Je suis une ardent partisane des mesures spéciales temporaires telles que les quotas pour promouvoir la participation égale des femmes. À l'exception du Bhoutan, la plus récente expérience démocratique dans le monde, tous les autres pays d'Asie du Sud ont promu la participation politique des femmes grce à un système de sièges réservés au sein des organes législatifs et les conseils locaux. En ce sens, l'expérimentation a été couronnée de succès.

Je salue les dirigeantes qui sont présentes ici aujourd'hui. Votre leadership est facteur d'inspiration. Je souhaiterais citer l'une des dirigeantes qui se trouvent parmi nous. Elle a souligné que lorsque les femmes peuvent se prendre en main, le développement se produit au bénéfice de la communauté.

Elle se nomme Bhavana Damor et vient du district de Dungarpur au Rajasthan. Elle effectue son troisième mandat consécutif en tant que Sarpanch de son Gram Panchayat ou Conseil de village. Elle a été élue à un siège réservé au cours des deux premières élections. Lors de la troisième élection, le siège a été déclaré non réservé, et Bhavana a dû faire face à une vive concurrence de la part des candidats masculins qui étaient déterminés à gagner et à mettre fin au leadership des femmes au sein du Conseil.

Mais cela n'a pas dissuadé Bhavana. Au contraire, elle a fait ce que les femmes ont toujours fait : elle a retroussé ses manches et continué de travailler, afin que les filles et les garçons puissent aller à l'école, que les femmes puissent lire et écrire, que les routes soient construites et que les villageois puissent bénéficier d'eau salubre et de l'assainissement. Les femmes de son village se sont rassemblées derrière elle, et elle a remporté l'élection pour la troisième fois.

Aujourd'hui, comme tous les dirigeants, Bhavana regarde vers l'avenir - et voit que chaque femme de son village participe à des groupes d'entraide visant à l'autonomisation économique et sont alphabétisées afin de pouvoir lutter pour leurs droits.

Bhavana, félicitations ! Veuillez vous lever. Et félicitations à toutes les dirigeantes. Je demande à toutes les dirigeantes de bien vouloir se lever. Joignons-nous pour saluer l'esprit indomptable des dirigeantes d'Asie du Sud ! Elles sont une force de changement et rien ne saurait les arrêter.

Une chose est certaine : nous sommes plus forts lorsque nous nous soutenons mutuellement.

Voilà pourquoi je suis heureuse de vous voir ici aujourd'hui, hommes et femmes, issus de tous les niveaux gouvernementaux, et de la société civile. Je crois fermement que si nous travaillons ensemble, nous pouvons atteindre nos objectifs et réaliser notre vision.

Un monde où les filles et les garçons bénéficient de chances égales et peuvent réaliser leur potentiel. Un monde où les femmes et les hommes partagent le leadership et la prise de décisions, ainsi que les responsabilités du foyer, y compris la cuisine, le ménage et le soin des enfants. Un monde où les droits de l'homme et la dignité bénéficient à tous, et où les femmes et les filles peuvent finalement vivre à l'abri de la violence et de la discrimination.

Je suis fière de votre travail et des partenariats que vous avez noués ici en Inde et dans toute l'Asie du Sud. Le programme d'ONU Femme sur la gouvernance touche un demi-million de femmes, et se focalise sur la recherche, la formation et le renforcement des capacités ainsi que sur le partage des connaissances. Le modèle général est fondé sur le partenariat, l'appui mutuel et la coopération.

Au cours des dix dernières années, un nombre croissant de pays ont adopté la budgétisation tenant compte des questions de genre. Les Maldives et le Bhoutan prennent leurs premières mesures à cet égard. L'Inde, le Népal et le Bangladesh déploient des efforts concertés pour faire avancer ce travail. Il est temps de mener à bien une évaluation critique de l'impact qu'a eu la budgétisation tenant compte des questions de genre et de fixer les prochaines étapes.

Un autre domaine qui nécessite plus de réflexion et d'innovation est l'autonomisation économique des femmes. ONU Femmes estime que le développement durable en Inde et en Asie du Sud ne sera pas possible sans un changement de paradigme vers une approche plus holistique des moyens d'existence et de l'autonomisation des femmes. Nous espérons assurer une compréhension plus profonde de ces questions et dresser ensemble une feuille de route.

Dans notre travail visant à promouvoir le leadership politique et la gouvernance des femmes, nous adoptons une double approche. Nous nous attachons à faire en sorte que les institutions de gouvernance, de planification et des services sociaux répondent aux questions qui concernent les femmes, y compris aux questions sensibles telle que la violence domestique, et le harcèlement et les abus sexuels. Nous nous concentrons donc à la fois sur la formation et le renforcement des capacités des femmes, et nous attachons à atteindre les dirigeants hommes et les institutions de gouvernance locales.

Dans ce contexte, je dois exprimer ma sincère appréciation et reconnaissance au gouvernement du Rajasthan pour avoir adopté une loi applicable dans tout l'État qui vise à assurer que les Mahila Sabhas (réunions des conseils de village exclusivement réservées aux femmes) sont organisés avant les Gram Sabhas (réunions de conseils de village). Sans l'appui gouvernemental, aucun changement à grande échelle et à long terme dans la situation des femmes ne peut être efficace. Cette mesure prise par le gouvernement du Rajasthan constitue donc un exemple dont on peut s'inspirer et un encouragement majeur pour tous.

Comme je l'ai mentionné au départ, le Centre régional d'excellence constitue une étape majeure pour le programme de gouvernance d'ONU Femmes en Asie du Sud.

Je veux toutefois souligner que si nous lançons cette institution, nous ne sommes pas les gardiens du Centre d'excellence. C'est vous, dirigeants élus, gouvernements nationaux et société civile de la région qui dirigerez et façonnerez la structure du Centre et l'entretiendrez sur le long terme. En vue d'assurer l'appropriation commune, nous l'avons imaginée selon un modèle « en étoile », avec des centres multiples dans toute l'Asie du Sud.

Je vous remercie encore de votre engagement en faveur de l'égalité, de la démocratie et de la justice. Mettre fin à la discrimination et à la violence à l'égard des femmes et des filles exige de chacun de nous - État, société civile, dirigeant élus, communauté internationale et hommes et les femmes ordinaires. Ce n'est qu'en se rassemblant que nous pouvons promouvoir les droits de l'homme et la dignité pour tous. Ainsi que nous le disons dans mon pays natal du Chili, No hay marcha atrás, il n'y a pas de retour en arrière. Nous continuerons d'aller de l'avant !

Merci !

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