« Arriver à zéro » : travailler ensemble pour mettre fin aux pandémies jumelles du VIH/sida et de la violence contre les femmes

Date: 30 Nov 2012

Cette année, le message adressé à l'occasion de la commémoration de la Journée mondiale de lutte contre le sida est sans ambiguïté : Zéro nouvelle infection, zéro discrimination et zéro décès lié au sida. La violence à l'égard des femmes est de plus en plus reconnue à la fois comme une cause et une conséquence du VIH/sida. Ces deux pandémies trouvent leur racine dans la discrimination basée sur le genre, la subordination des femmes, le mépris vis-à-vis des droits fondamentaux des femmes et le déséquilibre des pouvoirs entre les femmes et les hommes qui existent dans les sociétés du monde entier.

En 2011, le Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes a mis en place une initiative pédagogique mondiale pour aborder la question des liens entre la violence à l'égard des femmes et le VIH. Celle-ci implique un groupe de bénéficiaires du Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies dans huit pays (Inde, Kenya, Lesotho, Malawi, Rwanda, Sierra Leone, Afrique du Sud et Ukraine) en vue de donner un coup d'accélérateur aux pratiques prometteuses mises en œuvre pour traiter ce lien. Cette initiative vise également à approfondir les connaissances sur l'interaction entre la violence et le VIH/sida dans la vie des femmes et sur la manière dont il est possible de lutter de manière efficace et holistique contre ces deux pandémies.

À l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida 2012, des représentants de certaines des organisations qui ont reçu des subventions du Fonds d'affectation spéciale ont répondu aux questions suivantes :

Est-il possible d'arriver à zéro nouvelle infection au VIH/sida sans zéro violence à l'égard des femmes ?

Dr. Nduku Kilonzo, Directrice exécutive de Liverpool VCT, Kenya

Dr. Nduku Kilonzo, Executive Director Liverpool VCT, KenyaC'est impossible ! Les données provenant d'Afrique sub-saharienne, où la maladie est la plus répandue, montrent que les jeunes femmes comptent pour la majorité des nouvelles infections. Le risque pour les jeunes femmes d'être contaminées par le VIH a été clairement associé aux vulnérabilités et à la violence liées au genre. Les recherches montrent que les jeunes femmes qui ont été victimes de violences de la part de leur partenaire intime ou dont les relations ne se déroulent pas sur un pied d'égalité présentent des risques plus importants d'être infectées par le VIH, par rapport à celles qui ne sont pas victimes de la violence. Les études montrent également que près d'une nouvelle infection sur sept pourrait être prévenue si les jeunes femmes n'étaient pas soumises à des abus physiques ou sexuels. L'élimination de la violence chez les travailleuses du sexe pourrait potentiellement réduire jusqu'à 21 000 nouvelles infections dans un pays tel que le Kenya, qui affiche 104 000 nouvelles infections chaque année. Nous ne pouvons continuer d'ignorer la science ! Nous n'atteindrons jamais les objectifs en matière de VIH si on ne lutte pas de concert contre la violence !

Dr. Srinath Maddur, Directeur de programme, Karnataka Health Promotion Trust, Inde

Dr. Srinath Maddur, Programme Director, Karnataka Health Promotion Trust, IndiaNous travaillons dans le contexte de la lutte contre le VIH : sida et la violence à l'égard des femmes dans l'industrie du sexe. Il ne sera pas possible d'atteindre zéro nouvelle infection au VIH chez les femmes travaillant dans l'industrie du sexe si nous ne nous attaquons pas à la question de leur vulnérabilité par rapport à la violence. La protection des contacts sexuels de chaque travailleuse du sexe, qui est l'un de nos objectifs, dépend de son environnement, qui doit être exempt de violence, de harcèlement et d'abus. Le choix de protéger un contact sexuel ou non incombe souvent à son partenaire ou à l'auteur de l'abus. Il est donc important que les programmes autonomisent les femmes travaillant dans l'industrie du sexe et donnent à l'environnement qui les entoure les moyens de répondre à leurs besoins.

Dean Peacock, Directeur exécutif, Sonke Gender Justice Network, Afrique du Sud

Dean Peacock, Executive Director, Sonke Gender Justice Network, South AfricaNos objectifs partagés pour ce qui est d'atteindre zéro nouvelle infection au VIH ne pourront être réalisés si nous ne mettons pas fin à la violence à l'égard des femmes et si nous ne transformons pas les rôles assignés à chacun des sexes, qui sont à l'origine à la fois de la violence à l'égard des femmes et de la prise de risques sexuels. Les femmes demeurent plus que jamais vulnérables à la transmission du VIH, dans un monde où certaines d'entre elles ne sont toujours pas en mesure d'affirmer leurs droits à déterminer comment ou si elles ont des relations sexuelles, et sont toujours victimes de violences lorsqu'elles refusent une relation sexuelle ou insistent sur l'utilisation de préservatifs. Dans un monde où de nombreux hommes continuent d'assimiler la virilité à la domination des femmes, aux conquêtes sexuelles et au droit d'utiliser le corps des femmes, et où tant d'hommes utilisent la violence pour renforcer et contrôler les normes de genre inéquitables, il ne sera pas possible d'atteindre l'objectif de zéro nouvelle infection au VIH ou la discrimination zéro. Chez Sonke, nous estimons qu'il est impératif d'encourager les hommes à changer leur mentalité et de les convaincre que la violence domestique et sexuelle est mauvaise et qu'il faut y mettre fin. Il faut leur faire comprendre qu'en tant qu'hommes, ils ont un rôle crucial à jouer pour appuyer les droits fondamentaux des femmes et promouvoir l'égalité des sexes.

Halyna Skipalska, Directrice de pays, Ukrainian Foundation for Public Health, Ukraine

Halyna Skipalska, Country Director, Ukrainian Foundation for Public Health, UkraineNous ne pourrons atteindre l'objectif de zéro nouvelle infection au VIH que si nous éliminons la violence à l'égard des femmes (VAW). La violence joue un rôle déterminant dans l'augmentation du risque d'infection des femmes au VIH et de décès liés au sida. Elle est à la fois une cause et une conséquence de l'infection au VIH. La violence est la force motrice de l'épidémie et explique en grande partie pourquoi les femmes sont plus vulnérables au VIH que les hommes. Les circonstances à l'origine de la corrélation entre la violence à l'égard des femmes et le VIH/sida relèvent d'une trame complexe de conditions sociales, culturelles et biologiques. Chaque année, nous comptons plus de 21 000 nouveaux cas d'infections au VIH en Ukraine, plus de 3.700 décès liés au sida et plus de 100 000 cas de violence à l'égard des femmes. Il ne sera donc pas facile d'arriver à zéro en Ukraine.

Steven Iphani, Responsable du renforcement des capacités, Coalition of Women Living with HIV and AIDS (COWLHA), Malawi

Steven Iphani, Capacity Building Officer, Coalition of Women Living with HIV and AIDS (COWLHA), MalawiLa violence à l'égard des femmes est l'un des moteurs de l'épidémie au Malawi. 58% des personnes vivant avec le VIH/sida sont des femmes, ce qui illustre bien le fait que la violence à leur égard les rend plus vulnérables à l'infection au VIH. La violence à l'égard des femmes augmente les vulnérabilités des femmes au VIH/sida, et le statut séropositif accroît encore les risques de violences chez les femmes. Une étude récente menée sur la violence entre partenaires intimes chez les personnes vivant avec le VIH/sida montre que les femmes vivant avec le VIH/sida sont victimes de multiples formes de violences. 38 pour cent sont victimes de violences sexuelles, 20 pour cent de violences physiques et 47 pour cent de violences psychologiques, dont la stigmatisation et la discrimination. 25 pour cent des femmes vivant avec le VIH/sida ont également indiqué avoir été contraintes à des relations sexuelles sans préservatif, ce qui constitue une violation de leurs droits et va à l'encontre des efforts de prévention concernant les séropositifs. Compte tenu de ces statistiques, il est impossible d'atteindre les trois zéros sans éliminer la violence à l'égard des femmes. La violence à l'égard des femmes se trouve au cœur de tous les défis.

Pour en apprendre davantage sur le travail réalisé par le Fonds d'affectation spéciale pour lutter contre les pandémies jumelles de la violence à l'égard des femmes et du VIH/sida, veuillez télécharger son document d'orientation: Approches efficaces pour traiter le lien entre la prévalence de la violence à l'égard des femmes et celle du VIH/sida