Un instrument international juridiquement contraignant et spécifique relatif à la violence à l’égard des femmes est nécessaire

Date : 01 November 2012

La Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence à l'égard des femmes, Mme Rashida Manjoo, a appelé les organes des Nations Unies et les organisations non gouvernementales à discuter de la meilleure manière de collaborer afin de prévenir et d'éliminer toutes les formes de violence à l'égard des femmes et des filles. Crédit photo :UN Photo/Paulo Filgueiras

La violence à l'égard des femmes et des filles est répandue et généralisée tout autour de la planète. Elle survient dans les lieux publics et privés, et fait généralement l'objet d'une impunité dans de nombreux pays. Les statistiques révèlent qu'au moins une femme sur trois dans le monde a été battue, contrainte à avoir une relation sexuelle ou maltraitée au cours de son existence. Les initiatives visant à lutter contre ce fléau pourraient pourtant être renforcées en mettant en place un cadre juridique international encore plus contraignant.

« Comment puis-je mettre les États face à leurs responsabilités s'il n'existe pas d'instrument spécifique légalement contraignant sur la violence à l'égard des femmes ? » demande Rashida Manjoo, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes. « Il est temps d'adopter une convention internationale globale sur la violence à l'égard des femmes au niveau des Nations Unies ». Mme Manjoo cite également les bonnes pratiques qui existent au niveau des deux systèmes régionaux actuels sur les droits de l'homme, grce à la création d'instruments contraignants établissant des normes et des cadres normatifs : la Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et de la violence domestique, et la Convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l'élimination de la violence à l'égard des femmes.

Les panélistes incluaient Mme Lakshmi Puri (extrême droite) Directrice exécutive adjointe d' ONU Femmes. Crédit photo: ONU Femmes / Nuria Felipe Soria

Pour renforcer les normes existantes, les pays ont individuellement adopté leurs propres mesures pour prévenir et répondre à la violence à l'égard des femmes. Si de telles actions doivent être saluées, il pourrait s'avérer utile d'établir des références internationales plus solides pour mesurer leur efficacité et, ainsi, pour évaluer si ces mesures sont respectées ou non par les acteurs étatiques et non-étatiques.
Leslie Ann Foster, Directrice exécutive du Centre d'appui des femmes de Masimanyane en Afrique du Sud en convient : « Le degré d'impunité et le déficit de responsabilité reflètent le manque de volonté existant quant à la promotion de l'égalité des sexes et des droits fondamentaux des femmes ». Pour assurer que les femmes sont efficacement protégées contre la violence, il convient non seulement de mettre en place des normes juridiques, mais aussi d'assurer des investigations, des poursuites judiciaires et la punition des auteurs. Des réparations appropriées doivent également être fournies aux victimes de la violence.

Le Secrétaire général adjoint aux droits de l'homme, Ivan Simonovic, plaide en faveur d' « une approche holistique » impliquant de multiples acteurs pour mettre un terme à la violence à l'égard des femmes. Un engagement politique et financier est également nécessaire pour mettre en place des mesures de prévention efficaces ainsi qu'un environnement qui favorise l'égalité des sexes et une culture de la non-violence. Mme Manjoo convient qu' « un engagement actif de l'État est nécessaire pour transformer la société dans son ensemble et autonomiser simultanément les femmes ».

Mme Anne Birgitte Albrectsen, Directrice exécutive adjointe du Fonds des Nations Unies pour la population, souligne l'intérêt d'impliquer les chefs traditionnels, les hommes et les garçons dans les initiatives visant à mettre fin à la violence à l'égard des femmes. « Cela donne la possibilité de lutter contre certains des problèmes culturels qui perpétuent la discrimination à l'égard des femmes » estime-t-elle.
Tout en convenant de la nécessité d'impliquer les hommes et les garçons, Leslie Ann Foster appelle à la vigilance pour contrer tout effet négatif que cette démarche pourrait avoir sur le rôle des femmes et des filles comme catalyseurs des changements requis.

« Les pays ont l'occasion de se rassembler pour réaffirmer les engagements existants et prendre des mesures décisives au niveau mondial pour éliminer la violence à l'égard des femmes et des filles lors de la prochaine Commission de la condition de la femme » souligne Mme Lakshmi Puri, Directrice exécutive adjointe d'ONU Femmes. La prévention et l'élimination de la violence à l'égard des femmes et des filles sera le thème de la prochaine session de la Commission en mars 2013. « Il est essentiel que les États membres adoptent des conclusions concertées qui donneront la priorité à cette question et élargiront, approfondiront et appuieront la mise en œuvre des cadres normatifs existants dans ce domaine » ajoute-t-elle.