Déclaration à la presse de Michelle Bachelet. Le 13 novembre, Nippon Press Centre de Tokyo, au Japon

Date : 13 November 2012

Déclaration à la presse de Michelle Bachelet. Le 13 novembre, Nippon Press Centre de Tokyo, au Japon

[Minasama, Konnichiwa] Bon après-midi, merci beaucoup de vous trouver ici cet après-midi.

C'est ma première visite au Japon en tant que Directrice exécutive d'ONU Femmes, et je l'ai attendue avec grande impatience.

Je souhaite exprimer ma sincère reconnaissance au gouvernement et au peuple japonais pour le leadership dont ils ont fait preuve sur le plan du multilatéralisme, de la paix internationale, du développement durable et de la sécurité humaine. Ce leadership est demeuré ferme et solide, y compris pendant les périodes difficiles et éprouvantes traversées par la population japonaise.

Votre détermination et votre résistance sont une véritable source d'inspiration. Vous avez illustré comment un pays, et par-dessus tout sa population, peut résister, suite au tremblement de terre et au tsunami qui vous ont frappés. Nous avons beaucoup à apprendre de vous.

Un de vos proverbes dit « Le Japon est la terre où l'aube ne point pas sans une femme ». Je souhaiterais remercier le Japon d'être un fervent défenseur des Nations Unies et un ami fidèle d'ONU Femmes, et de promouvoir l'égalité des sexes dans le monde. Je vous remercie de votre appui à ONU Femmes et me réjouis à l'avance du renforcement de notre collaboration.

La promotion de l'égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes offre un véritable espoir pour l'avenir. Lorsque les femmes jouissent de l'égalité des chances et de la participation, les sociétés et les économies connaissent une croissance plus saine et plus forte.

J'ai fixé cette année trois priorités principales pour ONU Femmes : la promotion de la participation politique et du leadership des femmes, le renforcement des opportunités économiques des femmes et l'élimination de la violence à l'égard des femmes et des filles.

Je veux saluer le leadership dont votre pays a fait preuve sur le plan de la promotion de la participation politique et du leadership des femmes. L'an dernier, le Japon a coparrainé la résolution de l'Assemblée générale sur la participation politique des femmes, adoptée par consensus par les États membres des Nations Unies. La résolution appelle tous les pays à accroître le nombre de femmes à tous les niveaux de la prise de décisions politiques, ce qui est essentiel pour parvenir à l'égalité, au développement durable, à la paix et à la démocratie.

Si les femmes constituent aujourd'hui la moitié de la population, elles demeurent toutefois sous-représentées aux postes de direction. Elles ne représentent que 20 pour cent des parlementaires au niveau mondial, et seulement 13,4 pour cent des parlementaires ici au Japon.

ONU Femmes appuie fermement l'adoption de mesures temporaires spéciales telles que les quotas pour parvenir à une représentation d'au moins 30 pour cent de femmes au sein des parlements, conformément aux accords internationaux. Pour rendre les sociétés durables sur les plans économique, environnemental et social, il faut que davantage de femmes travaillent aux côtés des hommes aux postes de direction.

Les femmes doivent également jouir de possibilités économiques égales. Quand celles-ci se voient donner l'occasion de participer pleinement à l'économie, le redressement économique s'en trouve accéléré et la croissance économique apparaît plus forte et plus durable.

Il est temps d'éliminer les obstacles qui entravent les femmes et les économies. À l'heure actuelle, le salaire des femmes représente entre 70 et 90 pour cent de celui des hommes dans la plupart des pays, et les Japonaises ne gagnent qu'environ deux-tiers du revenu des hommes.

On estime en outre que plus de 60 pour cent des femmes employées au Japon quittent leur emploi après la naissance de leur premier enfant. La perte de tant de travailleuses constitue un frein à la croissance et à la productivité.

Les femmes pourront pleinement jouer leur rôle au niveau économique si l'ont favorise l'égalité des salaires à travail égal, l'égalité des chances ainsi que des politiques visant à concilier la vie familiale et les responsabilités professionnelles en facilitant par exemple la garde des enfants. Je salue à cet égard l'action du mouvement progressiste des « hommes iku » - des hommes ou époux qui contribuent activement à élever leurs enfants.

L'augmentation de la participation des femmes au marché du travail pourrait libérer un immense potentiel économique pour l'économie japonaise. Près de 3,4 millions de femmes désireuses de travailler sont exclues de la main-d'œuvre. Si elles pouvaient y accéder, le PIB du Japon augmenterait, selon les estimations, de 1,5 pour cent.

Les politiques visant à accroître l'emploi des femmes sont facteur d'espoir pour l'avenir, et apparaissent comme particulièrement importantes compte tenu du vieillissement démographique du Japon. Les femmes gées entre 80 et 89 ans devant devenir le groupe d'ge le plus important au Japon d'ici à 2060, les politiques visant à appuyer les travailleuses et le plein emploi aideront à financer les retraites et la sécurité sociale, permettant ainsi aux personnes gées de vivre dans la dignité.

Les études montrent une corrélation entre l'égalité des sexes et les résultats économiques.

Je félicite les entreprises japonaises, dont 150 ont déjà signé les Principes d'autonomisation des femmes visant à promouvoir les femmes et l'égalité sur le lieu de travail. J'émets l'espoir que les initiatives du secteur privé, telles que celle prise par le Keizai Doyukai de l'Association japonaise des cadres d'entreprises consistant à fixer un objectif de 30 pour cent de femmes aux postes de responsabilité, seront reproduites par d'autres. J'espère également que davantage de dirigeants du secteur privé ici au Japon signeront les Principes d'autonomisation des femmes.

La nuit dernière, j'ai eu l'honneur de participer à un événement au cours duquel la Tour de Tokyo a été illuminée en violet pour attirer l'attention sur la fin de la violence à l'égard des femmes et des filles. La violence est un phénomène universel et touche tous les pays. Ici au Japon, on estime qu'une femme mariée sur trois a été victime d'une forme quelconque de violence physique ou sexuelle au cours de son existence.

ONU Femmes travaille avec les pays du monde entier à prévenir et à mettre fin à la violence à l'égard des femmes. Je félicite le Japon pour sa politique nationale en matière d'égalité des sexes, qui comporte des mesures sur la violence à l'égard des femmes, ainsi qu'en faveur d'une législation spécifique de lutte contre la violence domestique, le harcèlement sexuel, la violence sexuelle et la traite des êtres humains. Je salue également ce pays pour d'autres initiatives, telles que celles déployées en vue d'assurer les services appropriés aux femmes et de former la police, le personnel judiciaire et les agents de l'immigration à traiter avec efficacité les cas des femmes victimes de violences, afin qu'elles puissent obtenir justice.

Je félicite le Japon pour le rôle qu'il a joué en matière de promotion de la paix et de la sécurité, et pour assurer que les femmes jouent pleinement leur rôle à cet égard. Je le remercie également de ses contributions financières et de l'aide spéciale qu'il a accordée dans le cadre des efforts de reconstruction déployés suite aux catastrophes naturelles ou aux conflits survenus par exemple en Haïti et en Afghanistan. J'adresse ma reconnaissance à la population et au gouvernement japonais pour leur engagement en faveur de la paix, de la justice et de l'égalité. Merci. Et je suis impatiente de répondre à vos questions.