Aider les travailleuses à migrer en toute sécurité

Date: 18 Dec 2012

« Je n'arrivais pas à finir la nourriture qui restait après que toute la famille ait mangé dans la même grande assiette, alors j'ai survécu en mangeant du pain et en buvant du thé noir pendant 15 jours » se souvient Maya Gurung, une travailleuse migrante népalaise, en décrivant son premier travail en tant que travailleuse domestique au Koweït.

Maya n'a jamais eu l'intention de partir de chez elle. Elle était heureuse de travailler dans une garderie de son village de Chundevi, à Katmandou, au Népal. Elle s'est toutefois retrouvée contrainte de rechercher un emploi mieux rémunéré à l'étranger, afin de rembourser les dettes de son mari. Elle se rappelle de la détresse qui fut la sienne lorsqu'elle a dû laisser derrière elle sa fille de 17 mois, son fils de 5 ans et son mari.

Au niveau mondial, on estime qu'il existe entre 53 et 100 millions de travailleurs domestiques. Beaucoup sont pauvres et travaillent dans le but de transférer des fonds à leurs familles.[ii] Selon la Banque mondiale, le montant de l'argent envoyé dans leurs pays d'origine par les migrants est trois fois plus important que celui de l'aide publique au développement. On estime par ailleurs que les transferts de fonds envoyés vers les pays en développement ont atteint 372 milliards de dollars en 2011.[ii]

Selon ONU Femmes, il existe environ 40 000 travailleurs migrants népalais habitant dans le seul Koweït, dont 80 pour cent de femmes.[iii]

Lorsque Maya est arrivée au Koweït, ses passeports et ses autres documents ont été confisqués par son employeur. Elle travaillait quasi-quotidiennement de 5 heures du matin jusqu'à plus de minuit, sans droit à aucune pause. Elle n'était payée que 10 ou 15 dinars - soit une petite partie seulement des 35 dinars qu'on lui avait promis avant qu'elle ne migre - somme qu'elle consacrait en grande partie à téléphoner à ses enfants.

« J'en avais assez, j'étais démunie et je ne pouvais retourner chez moi sans passeport ni papier. J'étais complètement désespérée » raconte Maya, qui s'est finalement résolue à quitter son emploi, se retrouvant dans la rue, sans argent ni papiers d'identité.

Cette situation est typique de celle de nombreuses femmes népalaises qui quittent leur pays sans recevoir les informations nécessaires, à la recherche de meilleures perspectives économiques, explique Manju Gurung, membre fondateur de Pourakhi, une organisation non gouvernementale destinée aux travailleuses migrantes népalaises. Beaucoup de Népalais migrent vers les pays du Golfe. Mme Gurung souligne que les employeurs gardent systématiquement les papiers des travailleurs, restreignent leurs déplacements, et pire encore.

Fondé en 2003, Pourakhi (qui signifie « autonome » en Népalais) travaille à assurer les droits des travailleuses migrantes à toutes les étapes du processus de migration de la main-d'œuvre étrangère, depuis les programmes préalables à l'emploi jusqu'aux programmes d'appui après le retour.

Cette organisation gère un foyer d'urgence à Katmandou, où les femmes qui viennent de revenir dans leur pays d'origine sans la moindre ressource peuvent vivre jusqu'à ce que leur situation se stabilise. En
avril de cette année, Pourakhi a également installé un petit kiosque d'information dans l'aéroport international de Tribhuvan au Népal. Des bénévoles sont présents 24 heures sur 24, pour fournir des informations ou accompagner les travailleuses migrantes de retour dans leur pays jusqu'au foyer. L'organisation a mise en place une ligne téléphonique d'assistance et fournit des conseils psychosociaux pratiques aux travailleurs migrants potentiels et de retour dans leur pays.

« En fonction de leurs besoins, nous devons parfois fournir des services médicaux, des conseils ou un soutien juridique » explique Manju. « Nous disposons également de programmes de réinsertion, et jusqu'à aujourd'hui, nous avons formé plus de 700 femmes à l'entreprenariat ». Elle explique que cette formation a notamment permis à 608 femmes de devenir entrepreneuses, et de gagner comme telles entre 8 000 et 16 000 roupies népalaises par an, ce qui correspond selon elle à un « revenu moyen » au Népal.

Pourakhi gère par ailleurs un Fonds pour l'éducation des enfants, qui appuie les enfants des travailleurs migrants exploités. Et par le biais d'une émission de radio nationale, l'ONG mène également une sensibilisation au moyen d'un programme ciblant les jeunes ruraux.

ONU Femmes a appuyé la création de Pourakhi, qui fait désormais entendre puissamment sa voix au sein des comités gouvernementaux en matière d'emploi à l'étranger. Elle fait actuellement activement pression en faveur des droits des travailleuses migrantes dans leurs propres pays et à l'étranger. ONU Femmes a également lancé un partenariat avec le Comité de coordination népalais Pravashi, qui possède un large réseau parmi les travailleurs migrants népalais habitant dans les pays du Golfe.

Manju estime que Pourakhi a défendu avec succès des politiques, des lois et des mécanismes afin d'assurer la protection des droits des travailleuses migrantes du Népal. « Nous avons un autre défi à relever aujourd'hui : la mise en œuvre efficace de cet Acte sur l'emploi à l'étranger et des règlementations ».

L'Acte sur l'emploi à l'étranger ne met pas seulement fin à la discrimination basée sur le genre, mais adopte également des mesures spéciales en vue de garantir la sécurité et les droits des femmes lorsqu'elles recherchent un emploi à l'étranger.

À son retour au Népal il y a deux ans, Maya a été aidée par Pourakhi. Après avoir fait 14 mois de prison pour avoir vécu sans papiers au Koweït, ses premiers employeurs ayant confisqué son passeport, elle a réussi à se faire expulser au Népal avec l'aide de l'Ambassade népalaise. Elle a alors été contactée par Pourakhi, qui lui a fourni un refuge et une aide parajuridique. Elle a repris pied, et a retrouvé depuis lors un travail au centre de formation de Pourakhi.

« Maintenant que je suis membre de Pourakhi, je vois une lueur d'espoir » raconte Maya. « Aujourd'hui, nous savons que le travail domestique est aussi un vrai travail, et que non seulement il nous aide, nous et nos familles, mais qu'il permet également de développer la nation. Nous revendiquons donc fermement nos droits. »

Liens connexes


[i] http://www.unwomen.org/publications/checklist-to-protect-and-support-domestic-workers/
[ii] http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/TOPICS/0,,contentMDK:21924020~pagePK:5105988~piPK:360975~theSitePK:214971,00.html
[iii]http://www.migration-unifem-apas.org/nepal/UNIFEM_in_Action.html