Discours prononcé par John Hendra Cérémonie de lancement Marangu Gate, Mont Kilimandjaro

Date : 07 March 2012

Discours prononcé par John Hendra - Cérémonie de lancement Marangu Gate, Mont Kilimandjaro 5 mars 2012.

[Vérifier à l'écoute.]

Regardez les photos.

Votre Excellence Président Kikwete;
Monsieur le Secrétaire exécutif de la Communauté de l'Afrique de l'Est,
Monsieur le Secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la Région des Grands lacs,
Honorable ministre du Développement de la communauté, du Genre et de l'Enfance,
Distingués représentants des Etats membres d'Afrique et de l'Union africaine,
Distingués membres du corps diplomatique,
Mesdames et Messieurs le Coordonnateur résident des Nations Unies et membres de l'équipe de pays des Nations Unies,
Honorables membres du parlement,
Honorables ministres,
Alpinistes,
Chers amis et collègues,

C'est un véritable privilège et un immense plaisir personnel de participer à cet important événement.

Pour commencer, je souhaiterais remercier chaleureusement Son Excellence le Président
Kikwete ainsi que le gouvernement et le peuple tanzaniens d'accueillir cet événement historique. Je souhaiterais transmettre à tout le monde les chaleureuses salutations de Madame Bachelet, Secrétaire générale adjointe et Directrice exécutive d'ONU Femmes, qui aurait tant voulu se trouver ici aujourd'hui mais a dû rester à New York pour participer à la Commission de la condition de la femme (CSW).

Votre Excellence, cette manifestation est de bon augure pour de multiples raisons.

En premier lieu, parce qu'elle met au premier plan une question qui constitue l'un des défis les plus cruciaux de notre temps au niveau des droits de l'homme : le droit des femmes et des filles à vivre sans violence.
En deuxième lieu, car elle démontre une fois de plus le pouvoir de l'action collective. Cela apparaît de manière évidente non seulement à travers le niveau de participation d'aujourd'hui - avec notamment la présence de ces exaltants alpinistes venus du monde entier mais aussi par le biais de l'action collective entre les Nations Unies, les gouvernements nationaux et les partenaires de la société civile qui ont rendu la présente manifestation possible.

Et en troisième lieu, parce que le fait d'escalader le Mont Kilimandjaro pour s'élever contre la violence sexiste constitue un message et une action forts et sans ambiguïté permettant de souligner que le silence n'est plus une option.

Votre présence, Excellence, est symbolique de l'engagement politique au plus haut niveau qui est nécessaire pour lutter contre la violence à l'égard des femmes et des filles sur le Continent. Et notre présence ici aujourd'hui est également une preuve de ce que nous pouvons réaliser en travaillant ensemble, non seulement UNis dans l'action, mais aussi avec les Etats membres et nos partenaires nationaux.

Enfin, à titre personnel, c'est formidable d'être de retour en Tanzanie, où j'ai eu le privilège d'exercer les fonctions de Coordonnateur résident des Nations Unies de 2002 à 2006. Il est en effet approprié d'organiser la manifestation de ce jour dans ce pays exceptionnel aux superbes sites naturels comme le Kilimandjaro, fort des principes qui sont si chers à tous les Tanzaniens : la paix et la stabilité ; la justice et la solidarité ; et le respect des droits de l'homme, de la tolérance et de l'équité.

C'est dans l'esprit de ces principes, et notamment du droit fondamental universel des femmes et des filles de vivre sans violence, qu'en 2008, le Secrétaire général des Nations Unies a lancé la campagne Tous UNiS pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles. Les gouvernements et les peuples africains ont signé de manière écrasante en faveur de la Campagne Dites NON Le Président Kikwete being figure parmi les tous premiers dirigeants africains à signer en faveur de cette Campagne, en compagnie de l'ensemble de son cabinet.

Ce fut dans le même esprit que les Chefs d'Etats et de Gouvernements africains ont répondu à l'appel à l'action à s'unir comme Continent pour intensifier les initiatives visant à mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles en janvier 2012, avec l'inclusion de Tous UNiS en Afrique.

En conséquence de quoi, cette escalade est le point d'orgue de tous ces efforts. Elle est importante non seulement pour l'Afrique mais aussi pour tous les autres pays, la violence à l'égard des femmes et des filles étant un problème universel auxquels sont confrontés tous les gouvernements et les sociétés autour du monde. Il comporte de nombreuses facettes, il est présent sous de multiples formes et il touche des personnes différentes à des degrés divers. Le point commun, toutefois, est qu'il constitue une violation flagrante des droits de l'homme et n'a pas sa place au sein de nos foyers, de nos communautés ou de la société dans son ensemble.

La violence à l'égard des femmes et des filles est répandue dans toute l'Afrique. Dans la région sub-saharienne, entre 13% et 45% des femmes sont victimes d'agressions de la part de leurs partenaires intimes au cours de leur existence. Des études récentes réalisées dans la région montrent que jusqu'à 47% des filles inscrites à l'école primaire ou secondaire déclarent avoir été victimes d'abus ou de harcèlement sexuels de la part d'hommes enseignants ou camarades de classe, et plus de 3 millions de filles africaines sont exposées aux risques de mutilations génitales féminines. Les preuves concernant les effets des conflits et la manière dont le viol est utilisé en tant qu'arme de guerre abondent.

Ces statistiques doivent nous pousser à agir. Et elles doivent rester gravées dans notre conscience sociale afin que nous passions à l'action à cet égard.

En effet, de nombreux problèmes se présentent à nous, notamment l'accès aux services cruciaux. Même dans les pays les plus solides, les services tels que les refuges, les soins de santé et soins consécutifs à un viol, et l'aide juridique et sociale ne sont pas aisément disponibles ou accessibles - notamment pour celles qui sont exclues et sont « difficiles à atteindre » - tels que les femmes migrantes, les femmes souffrant d'un handicap, les femmes vivant avec le VIH/sida ou celles résidant dans des zones éloignées ou rurales.

Pour contribuer à renforcer la sensibilisation sur ces problèmes, la Directrice exécutive d'ONU Femmes, Michelle Bachelet, a annoncé à la fin de l'an dernier « 16 mesures pour mettre un terme à la violence à l'égard des femmes ». Parmi celles-ci, figure une campagne mondiale ambitieuse mais cruciale visant à promouvoir au cours de la prochaine décennie l'accès universel aux services pour toutes les femmes et filles rescapées d'actes de violence. Dans les situations de violence et d'oppression, les femmes doivent pouvoir avoir un lieu où se tourner pour leur sécurité et protection, pour bénéficier des soins de santé, et pour avoir accès à la justice.

Malheureusement, la violence à l'égard des femmes constitue l'une des violations des droits de l'homme les plus répandues, et pourtant l'une des moins poursuivies. L'impunité demeure la norme plutôt que l'exception.

La violence contre les femmes et les filles est un lourd fardeau pour tous. Elle a des coûts et des conséquences dévastateurs sur les vies de ceux qui sont touchés mais aussi pour les sociétés et les économies dans leur ensemble. De telles violences se traduisent chaque année par la ponction de millions de dollars de salaires et de productivités perdus, ainsi que de frais supplémentaires de santé, de conseil, de police et de justice, sur des budgets publics déjà mis à rude épreuve.

Sous les auspices de l'Union africaine et des diverses Communautés économiques régionales, les gouvernements africains mettent désormais en place des législations importantes pour mettre fin à la violence sexiste, élaborer des politiques et plans d'action et renforcer la mobilisation sociale.

Le fait que les Chefs d'Etats de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs aient récemment adopté une Déclaration forte accompagnée d'actions spécifiques pour mettre fin à la violence sexuelle dans la région est encourageant. Cette déclaration historique promet, entre autres, d'instituer des tribunaux spéciaux pour juger les auteurs de violences sexuelles et sexistes et pour appuyer une augmentation des allocations budgétaires en faveur de la fourniture de services spéciaux à l'intention des victimes de la violence sexuelle et sexiste (SGBV). Les responsables de haut niveau des organes de sécurité de 12 pays sont en outre en train de mettre en œuvre la Déclaration de Kigali de 2010 sur l'éradication de la violence à l'égard des femmes et des filles.

Nous devons tous faire plus - bien plus - pour mettre fin à la violence. Ainsi que le Secrétaire général Ban Ki-moon l'a récemment indiqué : « Notre défi est d'assurer que le message de « tolérance zéro » est entendu de partout. Pour ce faire, nous devons obtenir l'engagement de toute la société, et notamment des jeunes ». Cela est au cœur de la campagne « Tous UNiS en Afrique », destinée à sensibiliser et à promouvoir des actions concrètes de la part de chaque citoyen, de chaque communauté, et des gouvernements de toute l'Afrique en vue d'assurer la sécurité des femmes et des filles au sein de leurs foyers, de leurs communautés et de leurs lieux de travail. La Campagne repose sur les trois importants piliers suivants :

• Prévenir la violence à l'égard des femmes et des filles, car l'Afrique peut le faire;
• Promouvoir la justice et mettre fin à l'impunité, car l'Afrique s'y intéresse; et
• Fournir des services aux rescapées, car l'Afrique doit le faire !

Non seulement les pays africains doivent continuer d'intégrer ces piliers dans les lois, institutions et cadres de programmation, mais ces piliers doivent également résonner dans les esprits et les cœurs de tous.

Les plus de 75 alpinistes engagés venus de 36 pays africains et d'autres pays autour du monde commençant leur escalade aujourd'hui font justement cela : mettre un visage concret sur cette question cruciale. Je souhaiterais me joindre à d'autres pour souhaiter à chacun d'entre vous une ascension des plus réussies de ce magnifique Mont Kilimandjaro. Vous faites tous une contribution remarquable et unique à la Campagne, et illustrez de manière tangible l'engagement, et le niveau de créativité et d'innovation requis par chacun d'entre nous pour contribuer à mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles.

Je souhaiterais également exprimer notre sincère appréciation à tous ceux qui ont travaillé de manière si acharnée pour assurer le succès de cette manifestation : le ministère du Développement de la communauté, le Genre et l'Enfance et le ministère des Affaires étrangères ; l'Union africaine et en particulier la Division des femmes ; mes collègues de l'UNCT sous la direction du Coordonnateur résident des Nations Unies pour la coordination et l'appui technique ; l'Initiative du Kilimandjaro pour l'implication active et les orientations techniques apportées tout au long du processus de planification ; et tous les partenaires appuyant les manifestations parallèles qui ont été organisées en même temps que l'escalade tant ici qu'à Arusha.

Enfin, j'ai également appris que divers pays, y compris le Burundi, le Cameroun, l'Ethiopie, l'Afrique du Sud et le Kenya, organisent des escalades ou des randonnées de solidarité. Je veux leur adresser tous mes vœux.

Je n'ai pour ma part aucun doute de l'importance, et de la portée géographique, de l'escalade d'aujourd'hui « Escalader le Kilimandjaro pour contribuer à changer la manière de voir les choses ».

Ainsi que l'a dit ici aujourd'hui, Mme Rosie Tebogo Motene, une actrice et présentatrice de télévision sud-africaine, je cite : « Notre force intérieure peut être comparée à une bougie qui se consume. Lorsque cette bougie s'éteint, il n'y a plus de lumière. Notre force et notre essence s'en trouvent diminuées. Les abus provoquent la même chose. Ne laissez jamais personne éteindre votre bougie. Ne laissez jamais un auteur d'abus vous diminuer ».

De plus, comme l'a dit un jour Mwalimu (Julius K Nyerere, premier Président de la Tanzanie), je cite :

« Nous, peuple de Tanganyika, souhaiterions allumer une bougie et la placer au sommet du Kilimandjaro, qui brillerait ainsi au-delà de nos frontières, donnant de l'espoir là où il y a du désespoir, de l'amour là où il y a de la haine, et la dignité là où régnait auparavant l'humiliation ».

S'il existe de nombreux défis, avec la détermination telle que celle démontrée par nos alpinistes, avec la forte volonté et engagement politiques illustrés par le Président Kikwete et avec des partenariats efficaces tel que ceux noués avec tant de personnes aujourd'hui, ensemble, nous pouvons mettre fin à la violence à l'égard des femmes.

Nous avons tous la responsabilité de garder la bougie allumée dans la vie des femmes et des filles - tant au sommet du Mont Kilimandjaro qu'autour du monde.

Merci de votre attention.