ONU Femmes - Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes

Entretien avec Carol Underwood, experte sur la réduction de la transmission du VIH/Sida chez les femmes et les filles

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Date: 26 April 2012

Le Docteur Underwood parle de son travail avec les communautés sud-africaines et les liens entre l'autonomisation économique et la prévention contre le VIH/Sida pour les jeunes filles.( Source: Carol Underwood)

ONU Femmes a coparrainé une manifestation parallèle sur la promotion de la prévention du VIH/Sida chez les jeunes, au cours de la Commission de la population et du développement organisée à New York, le 25 avril.

Le Dr. Carol Underwood, experte en matière de santé et de communication, est intervenue à la faveur de cette réunion.

Elle a examiné la nature sexospécifique des risques de VIH, en sa qualité de co-auteur d'un nouveau document « Déterminants structurels de la vulnérabilité des adolescentes au VIH : points de vue des membres de la communauté au Botswana, au Malawi et au Mozambique »

Dans le présent entretien accordé à ONU Femmes, Mme Underwood parle des préoccupations et des propositions des communautés qu'elle a consultées ainsi que des liens qu'elle a établis entre l'autonomisation économique et la prévention du VIH chez les jeunes filles. Annah Sango, une jeune étudiante et militante du Zimbabwe, qui a présenté la manifestation au nom de la Communauté internationale des femmes vivant avec le VIH/sida, a également parlé à ONU Femmes [ suivez l' interview ici ] .

Pourquoi mettez-vous l'accent sur la réduction des risques d'infection au VIH spécifiquement chez les femmes et les filles ?

Les femmes et les filles sont plus vulnérables que les hommes. Cela est particulièrement vrai pour les filles par rapport aux garçons du même groupe d'ge : chez les filles gées entre 15 et 24 ans, le niveau d'infection est d'environ trois fois plus important. Et cela est dû à des raisons à la fois psychologiques et liées aux normes sociales.

A titre d'exemple, quand les adolescentes forment leur identité, elles veulent faire partie de la société dans laquelle elles évoluent et s'y intégrer, ce qui fait que certaines pressions consuméristes les poussent à se procurer certaines « babioles de la modernité », ainsi que je les appelle : des téléphones mobiles ou des vêtements de marques.

A cause de questions structurelles générales, les filles considèrent souvent qu'elles ont peu d'options alternatives que d'avoir des relations avec des hommes (généralement plus gés), qui peuvent leur apporter un plus, au niveau économique.

Cela ne signifie pas que les autres groupes ne sont pas à risques. La manière dont la virilité est définie, par exemple, peut faire peser des risques au niveau des garçons et des hommes. Dans certaines situations, ils sont supposés avoir de multiples relations en même temps.

Votre travail avec des groupes de discussions du Bostwana, du Malawi et du Mozambique a-t-il abouti à des résultats ou révélé des comportements inattendus ?

A ma grande surprise, la plupart des participants n'ont pas reproché aux filles d'avoir des relations sexuelles contre des faveurs quelconques. Ils ont mis en exergue les conditions économiques des communautés, et souligné en substance : « Vous voyez bien, elles n'ont pas beaucoup d'autres choix ». Ils ont accepté la notion de relations sexuelles de survie dans les endroits où les filles ont besoin de s'alimenter ou de payer pour aller à l'école, ou pour faire face à la pression sociale.

Nous avons mis à jour une préoccupation par rapport à l'exploitation économique des filles. Certains adultes et adolescents nous ont indiqué que, parfois, leurs parents disaient simplement à leurs filles de « rapporter le dîner à la maison » - y compris, dans certains cas, à des pré-adolescentes. Cela contraint les filles à se livrer au sexe marchand.

Sur quelles questions les groupes de discussion ont-ils émis des préoccupations particulières ?

Beaucoup de discussions ont eu lieu sur la violence, les relations sexuelles sous contraintes et le viol, en relation avec la consommation d'alcool et la fréquentation des bars par les filles. Dans les trois pays où nous avons travaillé, par exemple, les jeunes gés de moins de 18 ans ont interdiction de se procurer de l'alcool. Pourtant, les lois étant rarement appliquées, les jeunes femmes se retrouvent souvent dans ou à proximité des bars, et les représentants des communautés ont souligné que cela constituait un risque pour ces dernières.

Les membres des communautés ont indiqué que les hommes deviennent plus agressifs en situation d'ébriété, et que les filles se protègent moins elles-mêmes. Cela constitue des facteurs de risques au niveau de la transmission du VIH. Le viol a semblé constituer une menace courante aux yeux de nombreuses adolescentes.

A quoi les participants ont-ils le plus souvent appelé ?

Ils ont appelé à assurer davantage d'opportunités économiques aux filles ainsi qu'à leurs familles. Ils ont parlé de la formation professionnelle - pour les entreprises de taille réduite - et d'assurer qu'elle est accessible au niveau de la communauté.

Nombre de participants ont fait part du besoin de contrôler les activités récréatives des filles et des garçons, ainsi que d'améliorer la communication entre les adultes et les enfants, les adultes se trouvant désarmés face à certaines des nouvelles questions générées par le monde moderne. Ils ont estimé qu'ils devaient s'impliquer davantage pour discuter avec les jeunes sur les risques d'infection au VIH, pour contrôler les lieux qu'ils fréquentent, et pour leur donner le bon exemple. En effet, lorsque les jeunes savent ce que leurs parents pensent de certaines questions, ils tiennent compte de leur avis.

Qu'espérez-vous apporter au groupe sur la Promotion de la prévention du VIH chez les jeunes, et de quelle autre manière faites-vous progresser vos recherches ?

Nous sommes tous d'avis que le comportement individuel est un facteur important, mais j'estime que nous mettons un accent trop important sur cela, sans prendre en considération les structures qui limitent les capacités individuelles d'action.

Nous perdons des occasions de prendre des mesures proactives. Je pense que nous devons soutenir les interventions structurelles. Celles-ci comprennent des politiques qui peuvent permettre de protéger les filles, de faire appliquer les lois, d'élargir l'accès aux opportunités économiques et d'éliminer les frais d'inscription scolaire pour aider les filles à continuer à aller à l'école. J'espère que le fait de démontrer la corrélation entre les interventions structurelles et la réduction du risque de transmission du VIH amènera les décideurs politiques à changer leurs politiques afin que ces dernières appuient et protègent davantage les adolescentes, et leurs communautés en général.