ONU Femmes - Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes

Le rôle des entreprises de réaliser l’égalité des sexes et la durabilité – assurer l’avenir

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Date: 18 June 2012

Déclaration liminaire de la directrice exécutive d'ONU Femmes Michelle Bachelet au Forum sur la durabilité des entreprises de Rio + 20 (CSF) Session de déjeuner des PDG « Les femmes et le développement durable : le rôle des entreprises » Rio de Janeiro, Brésil, le 18 Juin, 2012.

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Je vous remercie. C'est formidable de me trouver ici aujourd'hui avec vous. Merci d'être venus. Je remercie le Réseau brésilien du Pacte mondial des Nations Unies ainsi que le bureau brésilien d'ONU Femmes d'avoir organisé ce déjeuner des PDG. Nous avons mis la priorité exactement là où elle doit être : sur les femmes et le développement durable et le rôle des entreprises.

Je souhaiterais rendre hommage aux dirigeants d'entreprises présents dans cette salle. Je sais que beaucoup d'entre vous travaillent avec ONU Femmes et le Pacte mondial des Nations Unies par le biais de notre partenariat sur les Principes d'autonomisation des femmes - l'égalité est une bonne affaire. Je vous remercie de promouvoir l'égalité au sein des entreprises. C'est la chose à la fois avisée et juste à faire.

Quand on se penche sur les défis et les opportunités de notre monde, un fait paraît irréfutable : les pays et les entreprises garantissant une meilleure égalité des sexes bénéficient de taux de croissance supérieurs et de meilleurs résultats.

L'investissement dans les femmes, dans leur formation et leur leadership, et dans l'égalité des chances, est hautement rentable ; il assure un « dividende du genre » selon l'expression de Deloitte. La Levi Strauss & Company, une des premières entreprises à avoir signé les Principes d'autonomisation des femmes, le présente autrement.

Leurs propos sont les suivants : « Nous établissons des partenariats avec les femmes à travers le monde en vue de forger notre futur: un lieu de travail plus équitable, des familles et des communautés en meilleure santé, et une planète plus durable ».

Aujourd'hui, nous discuterons des intérêts vitaux que revêtent pour la communauté des entreprises les pratiques et les opérations durables ainsi que le rôle joué par les femmes en vue d'assurer le succès de ces pratiques.

En 2008, Pricewaterhouse Coopers a publié son rapport « Qu'est-ce que le succès dans un monde interconnecté ? Autonomiser les femmes pour autonomiser la Planète ».

Le rapport indique qu'« il est essentiel que les femmes soient autonomisées en tant qu'ambassadrices des ressources naturelles et de l'environnement, et comme contributrices au progrès socioéconomique, si l'on veut que la Terre connaisse un développement durable ». Le rapport se poursuit en indiquant que les efforts en matière de durabilité exigent des partenariats dans tous les secteurs, le secteur privé étant un acteur essentiel et un élément important de la solution.

En tant que dirigeants d'entreprises, je sais que vous vous occupez de vos affaires d'aujourd'hui tout en considérant l'avenir. Compte tenu de l'augmentation de la population mondiale, qui va passer de 7 milliards aujourd'hui à près de 9 milliards d'ici à 2040, et de l'accroissement prévu du nombre de consommateurs de la classe moyenne de 3 milliards de personnes au cours des 20 prochaines années, la demande de ressources ne fera que croître de manière exponentielle. D'ici à 2030, on estime que le monde aura besoin d'au moins 50 pourcent de nourriture en plus, de 45 pourcent d'énergie en plus et de 30 pourcent d'eau en plus.

Et l'on se pose la question : quel est la quantité de stress absorbable par nos société et par la Planète, et à quel prix, pour nous et pour les générations à venir ?

Je veux souligner aujourd'hui qu'il est nécessaire d'instaurer un meilleur équilibre entre les femmes et les hommes si l'on veut que notre monde soit mieux équilibré. Le développement durable exige la participation de tous. Il s'édifie sur la base de l'égalité des droits, des chances et de la participation. Nous ne pouvons plus nous permettre de laisser les femmes de côté.

Lorsque les femmes sont autonomisées et peuvent gagner un revenu, elles le réinvestissent dans leurs familles et leurs communautés. Cela permet la diminution de la faim, de la pauvreté et de la malnutrition et l'amélioration des standards de santé, d'éducation et de bien-être. Ce qui est positif pour l'ensemble d'entre nous.

Faisons un tour d'horizon de ce qui est en jeu et de la manière dont les entreprises et les femmes peuvent faire changer les choses.

Nous revenons à la maison le soir et allumons la lumière. Pourtant, une personne sur cinq sur cette planète, soit plus de 1,3 milliard de personnes, n'a toujours pas accès à l'électricité.

Aujourd'hui, les pays ont l'opportunité de faire un bon direct vers les sources d'énergie propre, telles que l'énergie solaire et éolienne. Au Brésil, notre pays-hôte, la part de l'énergie renouvelable dans la production d'électricité s'élève à plus de 80 pourcent. C'est le leadership en action !

L'énergie durable peut améliorer notre avenir et promouvoir des vies meilleures pour les femmes et leurs familles. Voilà pourquoi la société Enel Green Power (EGP) est devenue le premier donateur du secteur privé en faveur du « Barefoot College of India ».

Ce programme permet d'amener en Inde des femmes africaines et d'Amérique latine afin de leur dispenser une formation pratique dans le domaine des panneaux solaires. Une fois de retour chez elles, celles-ci peuvent installer et entretenir des équipements de production d'éclairage solaire pour quelques 60 foyers de leurs communautés. Elles transmettent également leurs connaissances en formant d'autres femmes.

Je suis extrêmement satisfaite qu'ONU Femmes puisse collaborer avec « le Barefoot College of India » en vue d'élargir cette initiative à davantage de femmes, de familles et de communautés.

Partout dans le monde, l'épuisement des ressources naturelles nous concerne tous, mais les femmes, en particulier celles résidant en zones rurales, sont profondément touchées. Elles assument la responsabilité principale de la fourniture des besoins énergétiques de leur foyer, que ce soit l'énergie, la nourriture et l'eau. Elles sont surchargées de travail et sous-rémunérées - quand elles sont payées.

Ces femmes font partie des 2,7 milliards de personnes qui dépendent des feux ouverts et de l'utilisation traditionnelle de la biomasse pour la cuisson. Les femmes et les enfants comptent pour 85 pourcent des deux millions de décès qui surviennent chaque année en raison de la pollution atmosphérique à l'intérieur des maisons due à la combustion de ces carburants. C'est donc une question de vie ou de mort, et un travail adéquat est en train d'être réalisé pour répondre à cette question.

Un des partenariats clés a été noué avec « la Global Alliance for Clean Cookstoves », un partenariat public-privé de Dow Corning et de la Fondation des Nations Unies. Ces derniers travaillent avec d'autres partenaires en vue de sauver des vies, d'améliorer les moyens d'existence, d'autonomiser les femmes et de lutter contre les changements climatiques. Ils le font en créant un marché mondial prospère pour les solutions de cuisson domestique propres et efficaces. Ils ont fixé des objectifs ambitieux, appelant 100 millions de foyers à adopter des cuisinières et des carburants propres et efficaces d'ici à 2020.

Pourtant, mes amis, ces efforts et d'autres comme celui-là doivent être renforcés et multipliés au moins par dix si l'on veut répondre aux besoins actuels. Je demande donc instamment à la communauté des affaires et à chacun d'entre vous d'apporter leur expertise et leurs solutions pour surmonter ce défi. Nous avons besoin de vos innovations, de votre expertise et de votre investissement.

Et il nous faut libérer le potentiel des femmes. Dans les pays en développement, les femmes constituent 43 pourcent de la main-d'œuvre agricole. Et pourtant, malgré le rôle primordial qu'elles jouent pour assurer la sécurité alimentaire, les femmes ne bénéficient pas d'un accès égal aux ressources productives, et cela limite leurs résultats pour leurs tables et leurs marchés. Cela est dommageable non seulement pour les femmes, mais aussi pour l'ensemble d'entre nous !

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture a montré que si les femmes se voyaient assurer le même accès que les hommes aux engrais, aux semences et aux outils, les rendements agricoles nationaux se verraient augmenter de 2,5 à 4 pourcent, et on compterait de 100 à 150 millions de personnes souffrant de la faim en moins dans le monde.

Nous devons donc éliminer les obstacles aux opportunités et à la participation des femmes. Les femmes doivent bénéficier d'un accès égal aux financements et aux nouvelles technologies.

Les entreprises peuvent apporter une contribution de nombreuses manières. Un exemple en est « le Dell Social Innovation Challenge », lancé en 2007. Grce à cette initiative, Dell finance des entrepreneurs sociaux qui promeuvent l'autonomisation des femmes et la durabilité.

Nous devons également promouvoir le leadership des femmes. Il nous faut éliminer le « plafond invisible » et les « tuyaux percés » qui empêchent les femmes de s'élever au sommet. Les entreprises font avancer la question de nombreuses manières différentes. Certaines établissent des objectifs en matière de diversité des genres en vue d'augmenter la représentation des femmes dans les postes de direction et de mettre en place des accords pour l'égalité des salaires. D'autres défendent la représentation égale des femmes au sein des conseils d'administration. D'autres encore investissent dans les activités locales visant à appuyer l'éducation des filles dans la science et la technologie.

En tant que dirigeants d'entreprises, vous savez qu'il est essentiel d'augmenter le réservoir des talents. Voilà pourquoi des entreprises comme Cisco, Alcatel-Lucent, Symantec, Tag Heuer, Microsoft et d'autres s'adressent aux jeunes - filles et garçons - en vue de cultiver leur intérêt pour la science et l'ingénierie.

D'autres proposent des « académies d'établissement de réseaux » en vue d'attirer et de retenir les jeunes femmes. D'autres encore rendent l'organisation du travail plus flexible, de manière à répondre aux besoins des familles.

Mesdames et Messieurs,

Nous tenons l'avenir de nos petits-enfants dans nos mains.

On ne manque pas dans cette salle de bonne volonté, d'esprit novateur ni d'engagement.

Pour construire un avenir durable, nous devons travailler tous ensemble.

Une fois encore, je remercie les entreprises qui ont compris que l'égalité est une bonne affaire.

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