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Briser le cycle de violence et du VIH au Libéria

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Date: 23 July 2012

Educatrice qui œuvre à instruire sur la violence et le VIH/ sida, Agnes Wesseh transforme sa communauté. « Les membres de ma communauté me considèrent comme un modèle et font appel à moi pour régler leurs différends.» Source: ONU Femmes / Phil Borges

« Durant la guerre, j'ai été violée par trois hommes. Je vis avec deux stigmates: le viol et le VIH/Sida ». Dans sa déclaration, Benetta décrit la situation à laquelle sont confrontées des milliers de femmes au Libéria. Ce qui rend Benetta différente, c'est sa détermination à briser le mur du silence sur ces thèmes difficiles.

« La plupart des femmes ne révéleront pas leur séropositivité car elles se verront reprocher d'amener le VIH/sida dans leurs maisons et leurs partenaires les abandonneront », a-t-elle expliqué. « Lorsque les gens savent que vous avez le VIH/sida, ils disent que vous êtes une prostituée et que c'est ainsi que vous avez contracté le virus », a-t-elle ajouté.

Dans le cadre du projet « d'Action Aid Liberia » qui dénonce la violence et le VIH/sida, Benetta ajoute sa voix pour faire face aux stigmates et aux violations des droits des femmes au Libéria. Soutenu par le Fonds d'affectation spéciale de l'ONU pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes, ce projet est mis en œuvre dans les régions du sud-est du Libéria. Ces pandémies y sont répandues, exacerbées par la pauvreté, les systèmes législatifs traditionnels discriminatoires, la faible connaissance des lois en matière de protection et ce qui constitue une forme de violence contre les femmes.

Créer un lien

Le viol et d'autres formes de violence ont été utilisés de manière très répandue comme armes de guerre durant les 15 années de guerre civile au Libéria. Intégrée au sein des normes traditionnelles et des comportements acquis durant la guerre, la violence continue à jeter une ombre au détriment des vies des femmes et des filles.

Alors que le Libéria a établi des législations contre ces crimes, y compris « la Loi sur le viol de 2006 et « la Loi sur les successions de 2005 », les structures de pouvoir patriarcales et traditionnelles limitent leur mise en œuvre, particulièrement dans les régions isolées du Grand Gedeh et de River Gee, dans le sud-est du Libéria. Une étude conjointe réalisée en 2012 sur les femmes rurales et les objectifs du millénaire pour le développement a montré que les femmes qui résident dans des régions excentrées dans le monde, et qui sont victimes de violences, sont moins susceptibles d'accéder aux services, même s'ils existent.

La violence constitue l'un des moteurs du VIH/sida, en particulier chez les jeunes femmes : celles qui sont gées entre 15 et 24 ans ont trois fois plus de chances d'être séropositives que les hommes du même ge. La connaissance de ce lien essentiel est toutefois limitée.

Au moyen d'une approche holistique visant à garantir l'accès à la justice et à des services destinés aux femmes affectées par la violence et le VIH/sida et à prévenir la violence, Action Aid aide les dirigeants traditionnels, les personnes œuvrant à l'application des lois et le personnel de santé à répondre aux besoins des survivantes. Ce projet a contribué à la création d'un local sûr à Zwedru, dans la région de Grand Gedeh et a permis de mobiliser aussi les dirigeantes et les groupes locaux pour dénoncer la violence.

« Dans le passé, quand les hommes battaient leurs femmes ou leurs enfants, les familles ne le signalaient pas », se souvient Angeline Baryou, infirmière dans une clinique locale à River Gee. « Mais suite à la formation dispensée par Action Aid pour le personnel de santé, la police et les dirigeants, la violence a diminué, grce au travail de sensibilisation que nous exerçons auprès de la communauté ».

Les représentants du gouvernement tiennent compte de ces résultats encourageants. « ActionAid a été d'une aide essentielle pour assurer que les cas de violence basée sur le genre soient pris en charge », estime le procureur de Grand Gedeh, J. Adolphus Karnuah. « Plus de personnes sont informées sur les viols et la violence contre les femmes. »

Les communautés: agents du changement

Par le biais d' Action Aid Liberia, plus de femmes peuvent revendiquer leurs droits; et plus d'hommes optent pour l'égalité. source: ONU Femmes / Brenna Britton

Pour insuffler le changement au niveau de la communauté, Action Aid utilise une méthode participative particulière intitulée « Societies Tackling AIDS through Rights » (STAR). STAR engage les populations et les communautés touchées par le VIH/sida à répondre à la pandémie à travers une réflexion, une analyse, une planification et une action commune. A l'appui de cette méthode, « Action Aid » a formé 40 jeunes femmes et hommes issus de six communautés pour animer des groupes STAR permettant d'atteindre plus de 700 membres de ces communautés, en particulier les jeunes.

De-etta Jolo, animatrice d'un groupe STAR à Grand Gedeh, témoigne : « Le nombre de viols était élevé dans notre communauté, mais les cas n'étaient généralement pas signalés ». Les pratiques traditionnelles pour la résolution des conflits, comme par exemple tuer une chèvre pour que l'ensemble de la communauté puisse faire la fête pour la paix, sont souvent néfastes aux droits des femmes. Mais les choses sont en train de changer. « Depuis l'intervention d'ActionAid par le biais de STAR et d'autres formations, les cas de viol sont signalés à l'appui de preuves permettant de traduire les auteurs de ces actes en justice », a affirmé De-etta.

Une autre animatrice du groupe STAR, Agnes Wesseh, gée de 26 ans et mère de quatre enfants, a elle aussi vécu une histoire poignante. « Dans le passé, je n'étais pas libre chez moi. Je servais d'esclave et mon mari me traitait comme il voulait », explique-t-elle. « Puis, Action Aid a mené une formation sur le droit des femmes dans ma communauté. A la suite de celle-ci, nous avons expliqué à nos partenaires ce que nous avons appris et progressivement, ils ont réalisé qu'ils ne nous traitaient pas justement. Mon mari a lui aussi par la suite participé à un atelier et son attitude a changé. Maintenant, il réalise que nous avons des droits égaux. Il ne contrôle plus tout notre argent et il ne me bat plus.»

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