Allocution de Lakshmi Puri à l’ Assemblée pour l’action en faveur de l’égalité des sexes (GEAA): Favoriser l’autonomisation économique dans les villes

Date: 02 Sep 2012

Allocution de Lakshmi Puri, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies et Directrice exécutive adjointe d' ONU Femmes à l' Assemblée pour l'action en faveur de l'égalité des sexes (GEAA)« Favoriser l'autonomisation économique dans les villes ». Le dimanche 2 septembre 2012.

[Verifier à l' ecoute]

Mesdames et Messieurs,

Chers amis et chers collègues,

Bonjour.

Je tiens à remercier ONU-Habitat, la Commission Huairou, tous les partenaires ici présents, mes sœurs et mes frères qui œuvrent de concert pour la promotion de l'égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes en vue de l'instauration d'un avenir urbain plus durable.

Notre partenariat avec ONU-Habitat est solide et nous réalisons de grands progrès en matière d'intégration d'une démarche tenant compte des sexospécificités dans le programme du développement urbain.

Les organisations de défense des droits des femmes et la société civile dans son ensemble, qui ont inspiré la création d'ONU Femmes, continuent d'être nos amies, nos visionnaires et nos guides.

Je me félicite du choix pour thème de la présente assemblée de « l'action en faveur de l'autonomisation économique dans les villes ». ONU Femmes a placé l'autonomisation économique des femmes au rang de ses priorités et elle se prépare avec grand intérêt à partager ses expériences dans ce domaine.

L'égalité des sexes, l'autonomisation des femmes et l'avenir urbain sont indissociablement liés, non seulement parce que les femmes affluent en nombres toujours plus grands vers la ville, mais aussi parce que la ville leur présente de nombreuses possibilités de réalisation de soi.

Cependant, il est fréquent que ces rêves ne se réalisent pas. Plus de la moitié de la population du globe appartient à l'espèce « homo urbanus », où les femmes et les filles comptent pour plus de la moitié, dont un fort pourcentage vit dans les taudis urbains. Elles sont des millions qui luttent au quotidien dans le secteur informel au moyen de stratégies de survie et qui ne disposent souvent pas des biens les plus élémentaires qui leur permettrait de vivre dans la dignité. En tant que citadines, les femmes voient s'accroître leur sujétion aux activités génératrices de revenus et à une économie monétisée, plus qu'en milieu rural.

Nombre d'entre elles cherchent à se procurer des revenus de base au moyen de microentreprises à domicile, de travaux domestiques, de colportage et de récupération d'ordures. Des données recueillies en Afrique du Sud indiquent que 66 pour cent des femmes vendeuses de rue sont l'unique soutien de famille de leur ménage.

La propriété foncière et le logement sont des questions qui occupent une place cruciale dans l'autonomisation économique des femmes. Faute d'accès à la terre et à d'autres biens, l'accès des femmes aux services financiers reste, lui aussi, limité. Les entrepreneurs et les vendeurs de rue se servent souvent du domicile familial comme point central d'exploitation de leur entreprise, et les problèmes de logement ou la résidence dans les taudis ont donc de graves incidences sur la capacité des femmes à exercer ces activités.

La crise économique a touché particulièrement durement les femmes dont les revenus, les avoirs et les marges bénéficiaires sont limités lorsque celles-ci voient, par exemple, augmenter le coût des biens et services publics tels que l'électricité, le gaz et les transports.

Dans ces conditions, comment pouvons-nous concevoir des villes où les femmes peuvent prospérer économiquement ?

Nous disposons déjà de nombreux exemples de municipalités qui ont pris des mesures pour favoriser l'établissement de villes conviviales pour les femmes. L'un de ces exemples est celui de Séoul, en République de Corée, qui a mis en place un processus de certification de lieux de travail conviviaux pour les femmes.

Les autorités procèdent à des audits d'évaluation de la sécurité des femmes, qui repèrent les espaces dangereux et proposent des solutions, qui sont parfois très simples. C'est ainsi que Séoul a créé des toilettes, des rues et des parcs de stationnement conviviaux pour les femmes.

ONU Femmes a élaboré, en collaboration avec ONU-Habitat, une Initiative des villes sûres. Nous nous employons, avec des responsables municipaux du Caire, de New Delhi, de Kigali, de Quito et de Port Moresby, en vue de rendre ces villes plus sûres pour les femmes et les filles.

L'une des caractéristiques clés de ces initiatives est leur approche intégrée et globale de la planification et de la budgétisation urbaines, ainsi que la création de partenariats entre de multiples acteurs, notamment les pouvoirs publics, les femmes au niveau de base, les jeunes, le secteur privé, les organismes des Nations Unies, etc. Les femmes et les filles agissent en tant qu'acteurs clés de l'économie urbaine et il s'agit de leur apporter des appuis pour promouvoir la prospérité et la durabilité des villes.

ONU Femmes ne se contente pas d'accorder une place importante à la création de normes et de règles robustes dans le domaine de l'égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes. Nous nous attachons également à faire en sorte que ces normes et ces règles soient intégrées dans la législation et la réglementation municipales, et dans les pratiques. Nous avons entrepris l'élaboration d'un cadre pour l'autonomisation économique des femmes à l'échelle de l'ensemble du système des Nations Unies dans ce domaine vital. ONU-Habitat et le Programme mondial de développement urbain seront des partenaires essentiels dans cet effort.

ONU Femmes promeut les droits économiques des femmes, leur accès aux biens de production, leurs opportunités économiques et leur participation active aux processus décisionnels dans ces domaines.

ONU Femmes est également en train de mettre en place une plate-forme en ligne, la « Passerelle de connaissances sur l'autonomisation économique des femmes », avec des communautés de pratique consacrées à toute une gamme de questions d'autonomisation économique. Ici encore, nous espérons que l'autonomisation économique des femmes dans les villes figurera en bonne place sur ce site Web.

Il faudra par ailleurs lancer d'autres initiatives analogues pour assurer le développement de villes durables de par le monde.

Les villes et les établissements humains durables étaient l'un des principaux domaines thématiques de la Conférence Rio+20. L'un des points clés pour l'autonomisation économique des femmes figurant dans le document issu de la conférence intitulée « L'avenir que nous voulons » est la reconnaissance du fait que la planification urbaine bénéficie de l'implication de multiples parties prenantes ainsi que d'une pleine exploitation des informations et des données désagrégées par sexe.

Les autorités municipales jouent un rôle important dans la définition de la vision de la durabilité, depuis les plans d'urbanisme jusqu'à la revitalisation des vieilles villes et des vieux quartiers. Ces activités comportent, par exemple, une amélioration de l'accès à l'énergie, aux transports, aux espaces verts urbains, aux espaces sûrs, à l'eau potable propre et à l'assainissement, une amélioration aussi de la qualité de l'air, de l'aménagement urbain, de la réfection des taudis, un renforcement de la protection sociale et l'expansion de l'offre de services de garde pour les enfants.

Tous ces éléments sont d'une importance vitale pour la promotion de l'autonomisation économique des femmes. Il existe aussi d'autres éléments clés, notamment la sensibilisation du public, l'accroissement de la participation des citadins dans toute leur diversité aux processus décisionnels, et l'adoption de politiques favorables aux services de logements et aux services sociaux inclusifs, ainsi qu'à l'instauration d'un cadre de vie sûr et sain pour les femmes et pour tous.

Dans ces conditions, quelles sont les prochaines étapes de Rio+20 ?

Rio+20 a reconnu l'importance et l'utilité d'un ensemble d'objectifs de développement durable ainsi que la nécessité d'y accorder notre attention et de prendre en compte les trois dimensions du développement (économiques, sociales et environnementales) de manière équilibrée et cohérente, et de veiller à son intégration dans le programme de développement de l'après-2015.

ONU Femmes préconise l'adoption d'un objectif de développement durable distinct pour l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, ainsi que de cibles et d'indicateurs sensibles aux sexospécificités dans tous les autres objectifs. Au nombre des objectifs de développement durable suggérés figurent les villes durables et les établissements humains durables. Il est essentiel que ces objectifs tiennent compte des sexospécificités et qu'ils contribuent à la promotion de l'autonomisation économique des femmes.

Un apport essentiel au programme de l'après-2015 et aux ODD consisterait en la formulation de cibles concrètes et d'indicateurs pour mesurer l'autonomisation de femmes en milieu urbain. Les enquêtes sur les budgets-temps peuvent nous permettre de mieux appréhender comment les femmes emploient leur temps à des tches domestiques et non rémunérées, à quelles distances elles se trouvent de sources d'eau propre et d'énergie et des services essentiels, et combien de temps elles consacrent au travail rémunéré.

J'aimerais à présent vous inviter à vous rendre sur le site Internet d' ONU Femmes pour y consulter notre publication phare pour Rio+20 : L'avenir que les femmes veulent : vision du développement durable pour tous. Ce rapport met en exergue certaines des questions clés relatives à l'égalité des sexes et à l'autonomisation des femmes dans le contexte des villes durables.

Envisageons, tous ensemble, l'avenir urbain que veulent les femmes et les filles, et examinons les mesures efficaces qui peuvent être prises pour en assurer l'avènement. Nous pourrons nous reporter aux efforts déjà faits dans certaines villes ainsi qu'aux débats que nous aurons aujourd'hui et au cours du Forum urbain mondial pour nous inspirer à l'action.

Je vous remercie.