Il est crucial d’élargir la participation des femmes à la consolidation de la paix et au redressement pour lutter contre les violations sexistes dans les conflits et pour promouvoir l’égalité

Date: 25 Sep 2012

Remarques de la Directrice exécutive d'ONU Femmes, Michelle Bachelet, lors de l'événement parallèle sur le thème « Prévenir les crimes sexuels et basés sur le genre dans les conflits et assurer la justice pour les rescapées ». New York, le 25 septembre 2012.

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Aujourd'hui, la violence sexuelle est généralisée et largement condamnée. Certains cas ont fait l'objet de poursuites judiciaires. Mais le fait est que le corps des femmes demeure un champ de bataille, et l'impunité est souvent la règle plus que l'exception.

Je remercie chacun des membres de cette audience, distingués panélistes et co-organisateurs, la Mission du Royaume-Uni auprès des Nations Unies, la Campagne internationale pour mettre fin aux viols et aux violences sexuelles en période de conflit, ainsi que le Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit. Merci de vous trouver parmi nous, et de prendre position afin de prévenir les crimes sexuels et sexistes en période de conflit et de rendre justice aux rescapés.

Je félicite Mme Bangura, nouvelle Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, et l'assure de l'engagement continu d'ONU Femmes.

Nous félicitons la Campagne internationale pour mettre fin aux viols et aux violences sexuelles en période de conflit de mener une campagne mondiale de la société civile sur la violence sexuelle en période de conflit. Merci d'être une force unificatrice des ONG autour du monde.

Je félicite M. Hague pour l'engagement pris par le Royaume-Uni d'établir une équipe d'experts sur la violence sexuelle. En l'associant aux efforts déployés par les Nations Unies, nous pouvons faire de grands pas pour identifier davantage de cas et rendre justice.

Avant de présenter nos distingués invités, je souhaiterais faire quelques remarques sur le thème de notre manifestation d'aujourd'hui et sur la manière dont ONU Femmes s'attache à lutter contre les violations à caractère sexiste en période de conflit.

Les femmes continuent d'être victimes de la violence et de l'insécurité pendant et après les conflits. À mes yeux, il existe trois domaines où nous pouvons et devons prendre des mesures urgentes. Il est tout d'abord crucial de ne pas perdre de vue l'éventail plus large de crimes sexistes dont les femmes sont victimes.

Dans les zones de conflits, les femmes sont touchées de manière disproportionnées par la violence sexuelle et sexiste, le déplacement forcé, la destruction des infrastructures civiles et les violations des droits. Et l'héritage de cette violence perdure longtemps après la signature des accords de paix.

L'accès à la justice va au-delà de la simple punition des auteurs. Il exige de garantir des recours et des réparations afin de permettre aux femmes de récupérer leurs pertes, de réduire la pauvreté. Il implique également de promouvoir l'autonomisation des femmes à long terme afin que ces dernières puissent devenir membres de la société à part entière et sur un pied d'égalité.

Il convient pour cela d'élargir la participation des femmes à la consolidation de la paix et au redressement. L'engagement postconflictuel donne aux femmes l'occasion d'assurer que les accords de paix ainsi que les nouvelles lois et constitutions ne renforcent pas le statu quo préexistant et qu'ils promeuvent l'égalité et la justice.

En second lieu, nous devons lutter contre les inégalités entre les sexes dont les femmes sont victimes et qui les rendent plus vulnérables aux crimes sexuels et sexistes pendant et après les conflits.

Dans le cadre de ces efforts, nous devons appuyer les organisations de femmes en vue de promouvoir les droits des femmes, l'autonomisation politique et économique, et la justice transformative.

En troisième lieu, nous devons unir nos efforts en tant que communauté internationale, gouvernements nationaux, société civile et acteurs individuels. ONU Femmes est fière de participer à la Campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en temps de conflit pour prévenir les crimes sexuels et sexistes, de lutter contre ces derniers et d'assurer que la responsabilité de ces actes est clairement établie.

ONU Femmes travaille étroitement avec le Département des opérations de maintien de la paix sur l'élaboration de la toute première formation basée sur des scénarios dans le domaine de la prévention et de la réponse, destinée aux soldats de maintien de la paix. Nous sommes actuellement en train d'expérimenter cette formation dans les principaux pays contributeurs de troupes.

Au début du mois, une première formation a été organisée à La Hague concernant les enquêtes sur les cas de violences sexuelles et sexistes en tant que crimes internationaux. L'initiative, fruit d'une collaboration entre ONU Femmes, l'Initiative d'intervention rapide au service de la justice et « l'Institute for International Criminal Investigations », permettra d'établir une première liste dédiée d'experts rapidement déployables, en vue d'appuyer les enquêtes sur ces crimes et les poursuites judiciaires, par l'intermédiaire de processus internationaux ou nationaux.

Pour résumer, nous devons renforcer le rôle des femmes au niveau de la paix et de la sécurité, améliorer la justice et coopérer à tous les niveaux afin que justice soit rendue.

Nous sommes honorés aujourd'hui de la présence à nos côtés de trois Prix Nobel de la paix, dont deux interviendront en qualité de vice-présidents de la Campagne internationale pour mettre fin au viol et à la violence sexiste en période de conflit. Jody Williams et Leymah Gbowee illustrent le fait que le courage et le militantisme peuvent triompher envers et contre tous, et aboutir à l'adoption d'une interdiction mondiale des mines terrestres, à l'organisation des femmes au niveau local ou à l'arrêt d'une longue guerre civile.

Ils sont rejoints dans le cadre de cette table ronde par le Général Patrick Cammaert, qui a mené à bien de nombreuses missions des Nations Unies et est un défenseur infatigable des femmes et de leurs droits à vivre à l'abri de la violence et de la discrimination.

Je vous remercie de votre participation, et vous félicite du travail que vous réalisez en faveur de l'égalité des sexes, de la justice et de la prévention de toutes les formes de violence sexuelle. Je cède maintenant la parole à Jody Williams.

Merci de votre attention.