Au Viet Nam, une nouvelle étude révèle que la violence domestique coûte 1,78 pour cent du PIB

Date: 25 Feb 2013

« Il me dépouillait de tous les dongs que je gagnais. « Combien as-tu gagné aujourd’hui ? Donne-moi tout ou je te bas à mort » avait-il pour habitude de menacer » se souvient DTN [i], une rescapée vietnamienne de la violence domestique âgée de 44 ans. « Si j’avais par exemple 500.000 VND [dongs vietnamiens], je mentais en répondant : « J’ai seulement 300 000 VND. Je vais te les donner. Tu devras acheter du riz pour les enfants et tu devras t’abstenir de les battre. Si tu les bas, je ne te donnerai pas d’argent », disait-elle à son mari.

Estimating the costDTN est l’une des plus de 1 000 femmes qui ont été interrogées dans le cadre d’une étude des coûts sans précédent publiée par ONU Femmes Viet Nam en décembre 2012. Celle-ci évalue l’énorme impact économique, psychologique et social de la violence basée sur le genre sur les victimes, leurs foyers et leurs communautés, ainsi que sur le pays dans son ensemble.

L’étude, intitulée « Estimation du coût de la violence domestique envers les femmes au Viet Nam », conclut que les dépenses directes et les revenus perdus s’élevaient à près de 1,41 pour cent du Produit intérieur brut (PIB) du Viet Nam en 2010. Elle estime en outre que les femmes victimes de la violence gagnent 35 pour cent de moins que les femmes qui n’en sont pas victimes, ce qui représente une autre charge importante pour l’économie nationale.

La perte globale de productivité qui en résulte est estimée à 1,78 pour cent du PIB.

Figurent au nombre des coûts directs entraînés par les incidents de violence entre partenaires intimes les dépenses pour accéder aux soins médicaux (physiques et mentaux), à l’hébergement, à la médiation, aux services de conseils juridiques et autres, à l’appui judiciaire, ainsi que pour remplacer les biens.

Il existe également des coûts indirects tels que les pertes de revenus dues au travail manqué, la perte de travail reproductif, les conséquences sur la santé des enfants et les résultats scolaires ainsi que les journées d’écoles manquées.

« J’ai décidé de divorcer, car je ne pouvais plus supporter davantage de violence à la maison… J’ai dû prendre une dizaine de jours de congés pour aller devant les tribunaux et voir un avocat. Je gagne environ entre 70.000 et 100.000 VND par jour (de 3 à 5 dollars E.U.), » explique ATL*, une rescapée de la violence domestique âgée de 38 ans. « J’ai versé au secrétaire du tribunal 1 million de VND (50 dollars E.U.) et à l’avocat 6 millions de VND (300 dollars E.U.). Je suis allée rencontrer l’avocat environ 10 fois en mototaxi. A chaque fois, cela m’a coûté 60.000 VND (2,5 dollars E.U.). J’ai aussi perdu plusieurs centaines de milliers de dongs en communications téléphoniques avec l’avocat. »

Un certain nombre de pays – tels que l’Australie, le Brésil, le Chili, le Maroc, le Nicaragua, l’Ouganda et le Royaume-Uni – ont récemment mené à bien des recherches ou des études de coûts, qui montrent que de très importantes parties de leurs ressources ont été consacrées à répondre à la violence domestique, ce qui entraîne une réduction de la productivité, une augmentation de l’absentéisme et une baisse des revenus.

Certaines de ces études ont également mis en lumière les graves conséquences que la violence domestique a sur le bien-être et la santé des victimes, de leurs enfants et de leurs amis et familles, montrant que la relation intime entre un homme et une femme est en fait une question publique aux larges conséquences.

« L’incident le plus brutal dont j’ai été victime s’est produit quand j’ai donné naissance à ma deuxième fille. Il m’a dit que je ne pouvais donner naissance qu’à des canards (filles). Alors que je venais de rentrer de la rizière, il m’a demandé de lui donner de l’argent pour aller boire. J’ai répondu que je n’avais pas assez d’argent pour cela. Il m’a attrapé les cheveux et m’a battue avec un marteau. J’ai senti ma colonne vertébrale se ramollir, je n’arrivais pas à m’enfuir. Je ne pouvais plus respirer. J’ai cru mourir » se souvient DTX, 46 ans, qui est toujours mariée.

Ces recherches mettent en évidence la nécessité urgente de lutter contre la violence domestique de manière globale. Elle a été transmise au gouvernement et aux autres parties prenantes pertinentes qui se mobilisent actuellement en faveur de la mise en place d’une réponse multisectorielle coordonnée en vue d’assurer un meilleur traitement, et, au final, une meilleure prévention, des cas de violence domestique.


[i]Les noms des personnes mentionnées dans cet article ont été changés en vue de protéger leur identité. Leurs témoignages font partie de ceux qui ont été recueillis auprès de rescapées de la violence domestique par le biais d’une enquête réalisée au Viet Nam en mai 2012 : « Estimation du coût de la violence domestique envers les femmes au Viet Nam », ONU Viet Nam, 2012.>