Au Tadjikistan, les femmes rurales acquièrent des compétences et leur indépendance grâce aux groupes d’entraide

Date : 10 April 2013

« Je gagne de l’argent et cela me rend heureuse », dit Anjira Ashurova, une femme de 46 ans, qui vit dans le petit village de Shahraki Somoniyon, dans la province de Sughd, au nord du Tadjikistan. « Je le dépense pour mes besoins essentiels et ceux de mes enfants. Je me sens forte. J’ai acquis de nouvelles compétences et je les mets à profit dans la vie de tous les jours. J’aime mon travail et la chose la plus importante c’est que j’aime travailler au sein d’une équipe. Nous nous appuyons mutuellement ».

Anjira Ashurova se tient dans le jardin de sa maison. Crédit photo : Association des Femmes et de la Société
Anjira Ashurova se tient dans le jardin de sa maison. Photo : Association des Femmes et de la Société

Anjira avait 38 ans lorsqu’elle est partie avec ses trois enfants et a divorcé d’un mari violent. Mariée dès la fin de sa scolarité, elle s’était arrêtée au secondaire. Sa vie de femme mariée se résumait aux travaux ménagers et aux soins qu’elle apportait à ses jeunes enfants.

« Je veux que ma fille puisse faire des études. Elle veut être médecin. Ses frères et moi-même feront donc tout ce qui est en notre pouvoir pour lui permettre de réaliser son rêve », explique-t-elle.

Anjira a maintenant une maison où elle vit avec sa fille. Deux de ses fils sont des travailleurs migrants en Russie, où ils gagnent de l’argent pour aider leur famille, tout comme le fait Anjira grâce à sa petite entreprise.

En novembre 2010, lors d’une réunion entre les femmes du village et les activistes de la jamoat (autorité communautaire locale), Anjira et cinq autres femmes se sont mises à discuter de leur intérêt commun : l’artisanat. Elles ont alors décidé de créer un groupe, qu’elles ont appelé “Umed” (cela veut dire « espoir »). Elles ont commencé à se réunir pour tricoter des écharpes, des pulls et des chaussettes, coudre des kurpa et des kurpacha traditionnels (des couvre-lits et des matelas) et broder des foulards pour les hommes et les femmes chefs. Elles ont rapidement cherché d’autres voies pour développer leurs activités.

Anjira Ashurova (au milieu) et d’autres membres appartenant aux groupes d’entraide travaillent ensemble dans le cadre de leur groupe dans le district d’Isfara district, dans la province de Sughd, au Tadjikistan. Crédit photo : Association des femmes et de la Société
Anjira Ashurova (au milieu) et d’autres membres appartenant aux groupes d’entraide travaillent ensemble dans le cadre de leur groupe dans le district d’Isfara district, dans la province de Sughd, au Tadjikistan. Photo : Association des femmes et de la Société

Aujourd’hui, Anjira est l’une des bénéficiaires du Programme de migration régionale d’Asie centrale au Tadjikistan, qui est actuellement mis en œuvre par ONU Femmes conjointement avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et la Banque mondiale. Ce programme s’emploie à autonomiser et mobiliser les familles de travailleurs migrants en vue d’améliorer leurs perspectives économiques et leurs moyens de subsistance.

Ce projet aide les Groupes d’entraide ruraux à avoir accès aux micro-crédits, il dispense une formation aux membres pour qu’ils créent leur propres commerces et appuie des initiatives économiques conjointes.

Anjira dit qu’avant de se lancer dans ce projet, elle ignorait comment gérer une entreprise. Elle ne connaissait pour ainsi dire pas ses droits et ne savait pas vers qui se tourner pour demander de l’aide. En sa qualité de membre du Groupe d’entraide, elle a participé à des ateliers spécialisés consacrés à la gestion de sa propre entreprise. Elle a acquis des connaissances sur la planification commerciale, l’utilisation efficace des fonds envoyés au pays et la manière de gérer le budget du ménage et d’utiliser efficacement l’argent disponible.

Avec l’appui du Programme des migrations, Anjira et son groupe ont pu bénéficier d’un prêt sans intérêt de la part de l’Agence de la protection sociale, de l’emploi et des migrations. Ils l’ont utilisé pour acheter des matières premières leur permettant de coudre et de tricoter des articles, qu’elles ont depuis réussi à écouler sur le marché local de leur communauté.

À ce jour, le Programme des migrations a aidé 1 966 familles vivant dans la province de Sughd en établissant des partenariats avec les groupes d’entraide qui mènent différentes activités telles que l’agriculture, l’élevage, le traitement du lait, l’élevage de lapins, le traitement des fruits secs, le tricot, le tissage des tapis, la confection de vêtements, le commerce, le broyage des graines, et d’autres activités.

Ces activités ont amélioré les revenus des ménages, l’indépendance économique, et promu les activités de réseautage social entre les familles de migrants. Les femmes forment des groupes en fonction de leurs intérêts communs, s’appuyant mutuellement, acquérant de nouveaux savoirs et compétences, participant activement à la vie sociale et prenant leurs propres décisions.

« Ce projet a amélioré la vie de nombreuses familles de migrants et contribue à donner du travail à un grand nombre de femmes vivant dans des zones rurales, » fait observer Yodgorova Rahbar, Chef du Département des femmes et des affaires familiales, organe exécutif local de la province de Sughd Oblast, où le programme régional joue un rôle actif. « Nous pensons que la création de petites entreprises est une étape fondamentale du développement des zones rurales du Tadjikistan. »

Des membres du groupe d’entraide acquièrent des nouvelles connaissances sur les technologies d’économie d’énergie. Crédit photo : Association des femmes et de la société
Des membres du groupe d’entraide acquièrent des nouvelles connaissances sur les technologies d’économie d’énergie. Photo : Association des femmes et de la société

Anjira et son groupe ont également acquis des connaissances concernant les technologies permettant d’économiser de l’énergie, les méthodes utilisées pour faire sécher les fruits et les manières d’utiliser des panneaux solaires dans leurs maisons.

Anjira gère aujourd’hui avec succès sa petite entreprise et veut aller plus loin encore. Elle veut créer un petit atelier disposant d’un équipement moderne afin de développer son entreprise et faire participer davantage de femmes qui pourront ainsi subvenir à leurs besoins par leurs propres moyens et envisager ainsi des avenirs de manière plus viable.

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