Les femmes s'attaquent à l'augmentation du nombre de mariages d'enfants dans les zones rurales du Mozambique affectées par la sécheresse

Date : mercredi 8 novembre 2017

Guelsa Chivodze est retournée à l'école à l'âge de 30 ans après avoir été mariée à 17 ans. Photo : ONU Femmes / Josina Nhantumbo
Guelsa Chivodze est retournée à l'école à l'âge de 30 ans après avoir été mariée à 17 ans. Photo : ONU Femmes / Josina Nhantumbo

Plus de 2 millions de personnes à travers le Mozambique, en particulier dans les régions du sud et du centre, sont touchées par une grave sécheresse depuis 2015. La crise prolongée a épuisé les réserves alimentaires des ménages, perturbé leurs vies et leurs moyens de subsistance. Pour les femmes et les filles mozambicaines, principales responsables de l'approvisionnement en nourriture et en eau de leurs familles, la sécheresse a également alourdi leur charge de travail et accru le nombre des mariages précoces, avec pour conséquences des années d’ enfance perdues, une éducation absente et un accès improbable aux opportunités..

« Mon souhait est de pouvoir influencer les autres filles afin qu'elles n'abandonnent pas l'école », explique Guelsa Chivodze, mariée à 17 ans. Pendant des années, elle s'est occupée du ménage et a été victime de violences physiques et d’exploitation financière.

« Mon mari m'a interdit d'aller à l'école du soir parce qu'il pensait que j'allais y rencontrer des petits-amis... Après tout ce que j'ai traversé dans ma vie, j'ai pris l'initiative de devenir une activiste dans ma communauté et de sensibiliser les autres filles à la nécessité d'aller à l'école et de se défendre contre le mariage des enfants et la violence basée sur le genre » , ajoute Guelsa Chivodze.

Guelsa a eu la possibilité d'un nouveau départ après que son mari a été reconnu coupable d'infractions criminelles. Aujourd'hui, à 30 ans, elle est retournée à l'école. Elle étudie à l'école secondaire de Guiljá dans le village de Chinhacanine dans la province de Gaza, dans le sud du Mozambique, où ONU Femmes a soutenu des initiatives qui ont mobilisé les étudiants, les enseignants et les associations de parents pour mettre fin à la violence contre les femmes. Elle aspire à devenir infirmière et à aider les victimes de violences basées sur le genre.

Le frère aîné de Guelsa Chivodze, Helónio Chivoze, la soutient ainsi que ses fils et l'encourage à terminer ses études. Photo : ONU Femmes / Josina Nhantumbo

Le grand frère de Guelsa, Helónio Chivoze, est son héros. Il soutient financièrement Guelsa et ses deux garçons et l'encourage à terminer ses études et à devenir autonome. « Mon rêve est de faire en sorte que Guelsa devienne professionnellement autonome et qu'elle puisse arrêter de chercher un mari pour subvenir aux besoins de sa famille », explique-t-il. Mais avec la sécheresse, il est difficile de faire face à toutes les dépenses : « Avant, en 2015, j'élevais du bétail. Mais depuis la sécheresse, il ne me reste plus que 37 têtes de bétail et j'ai perdu 12 hectares de cultures », explique-t-il.

Dans un contexte où les mariages précoces et forcés étaient déjà répandus, la sécheresse prolongée et les difficultés économiques qui l'accompagnent ont poussé plus de parents à donner leurs filles en mariage très jeunes pour avoir une bouche à nourrir de moins. Au Mozambique, 48 % des filles sont mariées avant l'âge de 18 ans et 14 % sont mariées avant l'âge de 15 ans.

La vie de Glória Mabunda a été impactée de la même manière. Victime de violences issue du village de Chinhacainine, dans le district de Guijá de la province de Gaza, au Mozambique (région du sud du pays), elle a été contrainte de quitter l'école en septième année parce qu'elle était enceinte.

« Dans ma communauté, les hommes laissent rarement leurs femmes aller à l'école par crainte que cela favorise l'autonomisation des femmes et des changements dans les relations de pouvoir », a déclaré Glória Mabunda, qui cherche maintenant à encourager l'autonomie des filles et des jeunes femmes dans sa communauté.

« Quand ils épousent une jeune femme, c'est une vie de privation et de pauvreté abjecte [qui attend la fille/femme] dès le début du mariage. La violence physique et financière est l'étape suivante », ajoute-t-elle.

« Il est essentiel que nous comprenions les relations entre les effets du changement climatique et la persistance des violences contre les femmes, y compris à travers des pratiques socioculturelles néfastes comme le mariage des enfants. Intégrer ces questions de genre dans notre réponse aux catastrophes et dans l'aide humanitaire, c'est bien faire notre travail », souligne Ondina da Barca Vieira, Spécialiste du Programme ONU Femmes au Mozambique.

Glória Mabunda et Guelsa Chivodze figurent parmi les rares femmes qui ont eu une deuxième chance d'étudier et d'avoir de nouvelles opportunités après des mariages précoces.

À l'âge de 34 ans, Glória Mabunda a finalement divorcé de son mari parce qu'il lui interdisait de terminer ses études. Elle a repris l'exploitation avicole de sa mère en 2016, après avoir suivi une formation soutenue par ONU Femmes, dispensée par l'Institut mozambicain de recherche agraire, qui enseignait les techniques de gestion de l'aviculture aux femmes dans les zones rurales. « Je veux développer mon entreprise avicole, être un modèle et aider d'autres jeunes femmes et filles de ma communauté à s'autonomiser », dit-elle.

Glória Mabunda a été forcée de quitter l'école lorsqu'elle est tombée enceinte. Maintenant, à l'âge de 34 ans, après avoir divorcé de son mari, elle prend une deuxième chance d'obtenir une éducation. Photo : ONU Femmes / Bonaventura Veja

En 2014, avec le soutien du gouvernement belge, ONU Femmes a mis en œuvre le projet « Renforcer le rôle des femmes dans la production agricole et la gestion des ressources naturelles » pour lutter contre le changement climatique et améliorer la sécurité alimentaire au Mozambique. Le projet visait à renforcer l'autonomie des femmes, ainsi que des hommes, dans les zones rurales, mais, en offrant des formations et des avantages agricoles aux femmes, il remettait en cause les stéréotypes sexistes omniprésents qui privaient les femmes d'opportunités égales.

Comme l'explique Inês Zitha, agent communautaire de santé animale basée à Djavanhane, dans le district de Guijá, province de Gaza, les femmes n'étaient pas censées travailler avec le bétail, c'était perçu comme un travail d'homme. Dans une région où le bétail est l'un des atouts les plus précieux, c'est un travail important.

« Ils disaient que les femmes ne devraient pas entrer dans les étables... que si une femme entrait dans une étable pendant son cycle menstruel, cela réduirait la productivité du bétail. Après avoir suivi les formations et les sessions de sensibilisation soutenues par ONU Femmes, j'ai compris qu'il s'agissait d'un problème de relations de pouvoir », explique Inês Zitha.

Grâce aux revenus de son entreprise, Zitha peut maintenant payer les frais de scolarité de sa fille, et elle a commencé à construire sa propre maison pour remplacer celle détruite par un cyclone. Elle fait partie des 200 femmes des zones rurales de la province du sud de Gaza qui ont directement bénéficié du projet.

En trois ans, le projet a permis à un plus grand nombre de femmes d'obtenir des droits fonciers, de faire enregistrer leurs entreprises et d'obtenir des permis d'exploitation. En tant que femmes autonomes et économiquement résilientes, elles donnent de meilleurs exemples aux filles et aux femmes dans leurs communautés et prouvent que le mariage précoce n'est pas la seule issue.