« J’ai appris à respecter les femmes » - Les chauffeurs de tuk-tuk unissent leurs efforts pour rendre les rues du Caire plus sûres pour les femmes

Date : jeudi 8 février 2018

Un travailleur du projet relatif au programme « Cairo Safe City » (Faire du Caire une ville sûre sans violences à l’égard des femmes et des filles) parle avec des chauffeurs de tuk-tuk au Caire, en Égypte. Photo : ONU Femmes/Arascope
Un travailleur du projet relatif au programme « Cairo Safe City » (Faire du Caire une ville sûre sans violences à l’égard des femmes et des filles) parle avec des chauffeurs de tuk-tuk au Caire, en Égypte. Photo : ONU Femmes/Arascope

Pour Mohamed Nemr, conducteur de tuk-tuk (taxi à trois roues) âgé de vingt-quatre ans, originaire des bidonvilles de Mansheyet Nasser dans la partie occidentale du Caire, en Égypte, les rues appartiennent aux hommes et la place des femmes est à la maison. Jusqu’à récemment, il ne pensait pas que les femmes et les filles avaient le droit d’accéder aux espaces publics sans craindre le harcèlement sexuel.

Tuk tuk driver Mohamed Nemr, volunteers to engage other young drivers in the Safe Cities anti-harassment campaign. Photo: UN Women/Mona Soliman
Mohamed Nemr, chauffeur de tuk-tuk, se porte volontaire pour impliquer d’autres jeunes conducteurs dans la campagne anti-harcèlement en faveur des « Villes plus sûres ». Photo : ONU Femmes/Mona Soliman

L’aîné d’une famille de cinq enfants, Nemr possède l’un des trois millions de taxis à trois roues en Égypte, connu localement sous le nom de « tuk-tuk ». Mode de transport populaire pour beaucoup, ils assurent plus de cinq millions de trajets quotidiens. Après le divorce de ses parents, Nemr est devenu le chef de la maison alors qu’il avait à peine dix-sept ans. Un tel rôle incarnait son souhait de subvenir aux besoins de sa famille, et lui offrait la possibilité d’acquérir certains privilèges et droits. Par exemple, il exerçait une autorité complète sur ses sœurs. « J’insistais pour que mes demandes soient satisfaites immédiatement, et au cas où elles ne répondaient pas, je criais et je me chamaillais, ce qui a fini par ruiner la relation que j’entretenais avec elles », se souvient-il.

Faits rapides à propos de « Villes plus sûres dans le monde »

  • Le programme en faveur des « Villes plus sûres » a souligné l’importance d’un transport public sûr pour lutter contre le harcèlement sexuel dans 27 pays du monde. À Quito, en Équateur, 43 des 44 arrêts de trolleybus de la ville ont été réaménagés avec de nouveaux critères de sécurité, notamment avec la construction de couloirs de verre transparents qui servent de zones d’attente sécurisées.
  • À Quezon City (aux Philippines), une loi fixant des peines pour le harcèlement sexuel dans les espaces publics a été adoptée en 2015 et 16 municipalités de la région métropolitaine de Manille ont adopté une loi similaire.
  • Les associations de femmes commerçantes à Port Moresby, en Papouasie-Nouvelle-Guinée travaillent à identifier les risques et à trouver des moyens de les réduire. Le marché de Gerehu à Port Moresby dispose maintenant de nouveaux postes de police et une formation pour la police et les gardes de sécurité sur la prévention, et la réponse à la violence contre les femmes est assurée.
  • À Sakai, au Japon, le programme a formé des membres de la communauté à la prévention de la violence et a permis d’améliorer l’éclairage dans les rues et d’augmenter le nombre de caméras de vidéo-surveillance à travers la ville.
  • Dans la ville de Guatemala (au Guatemala), le programme en faveur des « Villes plus sûres » a joué un rôle déterminant dans la mise en œuvre d’importantes lois telles que la Loi contre le féminicide (le meurtre de femmes) et d’autres formes de violence contre les femmes et la Loi contre la violence sexuelle, l’exploitation et la traite des êtres humains.

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En novembre 2010, ONU Femmes a lancé un programme de prévention de la violence à l’encontre des femmes et des filles au Caire (Cairo Safe City free of Violence against Women and Girls Programme), dans le but de prévenir le harcèlement sexuel et d’autres formes de violence sexuelle contre les femmes dans les lieux publics. Mansheyat Nasser et deux autres quartiers - Ezbet El Haggana et Embaba - ont été sélectionnés pour la mise en œuvre du programme, et les transports en commun, y compris les tuk-tuks, ont été identifiés comme des espaces publics où les femmes et les filles subissent quotidiennement du harcèlement sexuel. L’année dernière, le programme a impliqué de jeunes conducteurs de tuk-tuks comme Nemr à travers des ateliers de sport, des jeux interactifs et des ateliers de thérapie artistique. Après avoir été sensibilisés sur le harcèlement sexuel et formés pour prévenir et répondre de manière appropriée, ces jeunes hommes ont sensibilisé leurs pairs et les membres de la communauté en les conscientisant au problème.

Après avoir assisté à diverses formations sur l’expression de soi, comme le théâtre, le chant, la peinture et la sculpture, les points de vue de Nemr sur les femmes ont changé et sa relation avec sa famille s’est améliorée. « J’ai réalisé que j’étais la cause du problème », dit-il. « C’était moi qui ne savais pas comment traiter les autres. Les séances d’entraînement m’ont appris à exprimer mes sentiments et maintenant je peux gérer mes frustrations et mes tendances à la violence de manière plus positive ».

Aujourd’hui, Nemr est fier de son nouveau rôle de défenseur des droits des femmes. Il dit : « Je fais du bénévolat dans une campagne contre le harcèlement qui consiste à informer les autres conducteurs de tuk-tuks et les membres de la communauté que chaque femme a le droit de marcher dans la rue sans être harcelée. Nos messages incluent le droit des femmes de choisir comment elles s’habillent sans que personne ne s’invite dans leur espace personnel. Nous distribuons également des autocollants avec le message suivant : « Mon Tuk-Tuk est sûr » à l’abri de harcèlement sexuel.

Il a également rejoint un groupe de théâtre interactif qui se déplace à travers l’Égypte, dans le cadre du programme « Cairo Safe City » (Faire du Caire une ville plus sûre) qui aborde tout un éventail de problèmes liés au harcèlement sexuel et à d’autres formes de violence contre les femmes et évoque entre autres leurs droits à hériter d’une propriété et à l’éducation. « Par l’art, j’ai appris, compris et ressenti que les femmes avaient les mêmes droits que moi. J’ai appris à les respecter ».

« La personnalité de Nemr a changé au fil de son implication dans le programme ; maintenant il entretient de meilleures relations avec les autres et un plus grand respect des femmes. Certaines d’entre elles prennent même son numéro de téléphone et l’appellent pour leurs déplacements en tuk-tuk parce qu’elles ont déjà bénéficié avec lui d’un trajet en toute sécurité jusqu’à leur destination et il les a traitées avec respect », a déclaré Ahmed Nakabassi, assistant du programme d’ONU Femmes en Égypte.

Les volontaires apposent un signe sur un tuk-tuk avec le message : Mon tuk-tuk est sûr ; pas de harcèlement sexuel et pas de drogue. Photo : CARE/Salma Salim
Les volontaires apposent un signe sur un tuk-tuk avec le message : Mon tuk-tuk est sûr ; pas de harcèlement sexuel et pas de drogue. Photo : CARE/Salma Salim

« Ma relation avec ma famille s’est également améliorée », a ajouté Nemr. « Maintenant, je leur parle sans violence ni agitation. Je me comprends maintenant mieux et j’ai une vie plus résolue ».

Nemr est l’un des 230 volontaires participant au programme en Égypte. « Cairo Safe City » est l’un des programmes de villes clés du programme « Villes sûres et espaces publics sûrs pour les femmes et les filles » d’ONU Femmes avec CARE International en Égypte en tant que partenaire d’exécution et l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID), l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), le gouvernement des Pays-Bas et l’Union européenne (UE) comme soutiens.