Les femmes du Guatemala apportent le changement en cherchant des solutions pour mettre fin au harcèlement sexuel dans les espaces publics

Date : jeudi 15 novembre 2018

Guatemala City. Photo: UN Women/Ryan Brown
Guatemala City. Crédits photo : ONU Femmes/Ryan Brown

Alors à peine âgée de onze ans, Berta Antonieta Bustamante se rendait à l’école à pied lorsqu’un homme est passé derrière elle et l’a touchée de façon inappropriée. « Je n’ai rien pu faire », se souvient-elle.  « Celles d’entre nous qui ne peuvent pas parler ne sont même pas en mesure de protester. » Berta Antonieta Bustamante est sourde et muette. 

Aujourd’hui, Mme Bustamante a 43 ans, mais le harcèlement sexuel à l’encontre des femmes et des filles est toujours une pratique courante dans les rues de Guatemala et dans les autres espaces publics. Le risque est particulièrement élevé dans les transports publics : « Certains hommes s’approchent et se frottent contre vous lorsque le bus est bondé », explique-t-elle. 

Alba Morena Fernandez, 56, resident of Zone 5, Guatemala City, poses in front of the mural residents painted as part of a larger initiative to engage women and their community in reclaiming streets, parks and public spaces, as part of the Safe City programme. Photo: UN Women/Ryan Brown
Alba Morena le résidente de la zone 5 de Guatemala City, posent devant les murales qu’elles ont peintes dans le cadre d’une initiative plus vaste visant à faire participer les femmes et leurs communautés individuelles dans la récupération de rues, de parcs et d’espaces publics, comme prévu dans le programme « Villes sûres ». Photo: ONU Femmes/Ryan Brown

Dans une étude de base menée en 2017 dans le cadre du programme « Des villes sûres et des espaces publics sûrs » lancé au Guatemala avec le soutien de l’agence espagnole pour la coopération internationale, toutes les femmes interrogées dans sept zones de la ville de Guatemala ont déclaré avoir subi une forme de harcèlement sexuel au cours de leur vie sur les routes publiques. Pour au moins 44 pour cent d’entre elles, ce harcèlement est même vécu au quotidien. Guatemala est l’une des 35 villes qui participent à l’initiative mondiale « Des villes sûres et des espaces publics sûrs » menée par l’ONU. 

Mme Bustamante est l’une des femmes qui ont été interrogées. Cette étude a permis d’identifier au sein de ces sept zones les lieux où les femmes et les filles se sentent le moins en sécurité. Parmi celles-ci figurent les transports publics, les impasses, les passerelles, les parcs, les espaces ouverts et les arrêts de bus. Cinquante pour cent des femmes interrogées ont déclaré se sentir en insécurité lorsqu’elles marchent seules le jour, tandis que 42 pour cent éprouvent le même sentiment d’insécurité dans les centres d’éducation et de santé. Quelque 34 pour cent des participantes ont par ailleurs reconnu ne pas se sentir en sécurité lorsqu’elles se trouvent près d’agents de sécurité. 

Qualifiée d’« innovante et unique » par Adriana Quiñones, représentante d’ONU Femmes au Guatemala, cette étude offre un diagnostic multidimensionnel qui aide à appréhender la portée du problème et son impact sur la vie quotidienne des femmes et des filles. En outre, elle favorise l’inscription du harcèlement sexuel dans les espaces publics au sein des programmes publics nationaux et municipaux. 

  • <p>Guatemala City. Crédits photos : ONU Femmes/Ryan Brown</p>
  • <p> 	« Il y a cinq ans, un homme a tente de saisir ma fille dans l’une de ces rues. Il lui a coupé le visage avec un scalpel, » raconte Maria Fernanda Hernandez, résidente et leader communautaire de la zone 18. « J’ai commencé à travailler pour cette communauté pour la rendre plus sûre.  »  </p>
  • <p>Dans le cadre de la campagne annuelle « 16 jours d’activisme contre la violence faite aux femmes » de 2017, ONU Femmes au Guatemala a pris l’initiative d’encourager la peinture de muraux pleins de vie dans les zones 5, 6, 7 et 18 de la ville, où le programme « Villes sûres » allait être mené.
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  • <p>Martha Lidia Aleman et Maria del Rosario Hernandez, des résidentes de la zone 5 de Guatemala City, posent devant les murales qu’elles ont peintes dans le cadre d’une initiative plus vaste visant à faire participer les femmes et leurs communautés individuelles dans la récupération de rues, de parcs et d’espaces publics.
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  • <p>Les femmes du groupe de quartier s’initient à des activités sportives tonifiantes. Crédits photo : ONU Femmes/Ryan Brown </p>
  • <p> Ana Maria Pivaral Hernandez a 60 ans et vit dans la zone 7 de Guatemala City. Dans le cadre du programme « Villes sûres », elle a participé à la peinture des murs.
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  • <p>Un mural peint par les femmes de la zone 18, l’un des quartiers les plus violents de Guatemala City.   </p>
  • <p>« Je n’avais jamais peint avant... mais quand j’ai entendu parler de la peinture de muraux, j’ai commencé à peindre », a dit Clara Luz Gaitan, qui vit dans la zone 18 de Guatemala City.   </p>

Parmi les recommandations formulées dans cette étude figurent l’investissement dans la création d’espaces publics sûrs, l’amélioration de la spécialisation et de la qualité des services, en particulier pour les victimes de la violence sexuelle, et le renforcement de la participation des femmes aux commissions locales et à l’aménagement urbain, afin qu’il soit possible de s’assurer que les besoins de toutes les femmes et les filles soient pris en compte. 

Pendant la phase de conception du programme « Des villes sûres » qui a suivi cette étude, plus de 250 femmes et filles de la ville ainsi que des organisations de la société civile ont participé à des ateliers visant à identifier des moyens concrets d’améliorer l’expérience et le sentiment de sécurité des femmes et des filles dans les espaces publics. Ainsi, dans les secteurs où les femmes ont préconisé l’éclairage adéquat des rues pour renforcer la visibilité des femmes et de tous les autres usagers de ces espaces et réduire le risque d’actes de violence, la municipalité étudie l’installation d’un éclairage public. La municipalité va également examiner la possibilité de construire davantage de toilettes publiques pour les femmes dans les parcs et les marchés, tout en prévoyant de consulter directement les femmes pour concevoir l’aménagement de ces espaces. 

Le programme « Des villes sûres » du Guatemala a également entraîné l’adoption de nombreuses mesures politiques originales qui contribueront à l’amélioration de la sécurité publique, comme l’étoffement des services essentiels offerts aux femmes et aux filles dans cinq centres municipaux. Le premier Plan politique et municipal pour le développement intégral et durable des femmes 2018-2027 a été préparé et devrait être adopté cette année. Il existera donc dorénavant des moyens et des systèmes permettant d’inclure les femmes dans la conception des plans et des projets urbains.

Parmi d’autres initiatives figurent un diplôme sur l’égalité entre les sexes destiné à être attribué à 50 responsables municipaux, ainsi que la mise au point d’un outil en ligne pour suivre, cartographier et diffuser les cas de violence dans les espaces publics, en partenariat avec l’observatoire national contre le harcèlement dans la rue. 

ONU Femmes travaille également avec des institutions nationales, telles que le vice-ministère de la Prévention du crime et de la Violence, pour s’assurer que les besoins des femmes sont pris en compte dans les plans et les mesures de sécurité. Ce vice-ministère organise par exemple des marches de quartier au cours desquelles les femmes peuvent repérer les zones dangereuses afin d’identifier les risques sécuritaires. 

Axel Manuel Romero García, Vice-Minister of Violence Prevention and Crime at the Safe Cities and Safe Public Spaces Global Leaders' Forum in Canada. Photo: UN Women/Mariana Mellado
Axel Manuel Romero García, le vice-ministre de la Prévention du crime et de la violence. Photo: ONU Femmes/Mariana Mellado

« Nous travaillons en partenariat avec ONU Femmes pour améliorer la protection des femmes et la prévention de la violence à leur encontre », explique Axel Manuel Romero García, le vice-ministre de la Prévention du crime et de la violence. « L’outil de coordination nationale de la prévention contre la violence domestique contre les femmes, un mécanisme de coordination des actions gouvernementales et non gouvernementales, est le premier projet sur lequel nous avons concentré nos efforts. En 2018, un nouveau Plan national pour la prévention et l’éradication de la violence à l’encontre des femmes a par ailleurs été élaboré avec le soutien technique d’ONU Femmes. Ce processus permet de renforcer la collaboration entre les différentes institutions. » 

Les efforts actuels, appuyés par ONU Femmes, visent à réformer le Code pénal du Guatemala pour y inscrire le harcèlement sexuel comme délit en vertu de la loi. 

Forts de ces progrès, le Guatemala fait désormais partie de l’Initiative Spotlight, menée par l’Union européenne et les Nations Unies pour éliminer la violence et les pratiques néfastes perpétrées à l’encontre des femmes et des filles dans plus de 13 pays du monde. En 2019, par le biais de cette initiative, ONU Femmes continuera de soutenir des mesures dans le cadre du programme « Des villes sûres » de la ville de Guatemala et lancera des initiatives pour protéger les femmes contre le harcèlement sexuel dans deux nouvelles municipalités, celles de Cobán et de Chinaultla. 

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