Pour les réfugiées syriennes en Jordanie, l’autonomisation passe par l’emploi

La Jordanie accueille actuellement 1,3 million de réfugiés, confirmant son leadership humanitaire dans la gestion de la crise des réfugiés syriens. En 2012, ONU Femmes a ouvert sa première Oasis - un centre pour les femmes et les filles réfugiées où elles ont accès à une aide d’urgence et à des services spécialisés dans les cas de violence basée sur le genre dans le camp de réfugiés de Za’atari, au nord de la Jordanie. Au fil du temps, le modèle de l’Oasis a étendu sa portée et son impact pour intégrer des services pluridisciplinaires qui renforcent la résilience et l’autonomisation des femmes. Aujourd’hui, ONU Femmes gère quatre centres Oasis dans deux camps jordaniens, Za’atari et Azraq.

Date : vendredi 10 août 2018

Intesar Hassan, une réfugiée syrienne de 20 ans, s’est formée à la coiffure grâce à un atelier organisé au Centre Oasis pour la résilience et l’autonomisation des femmes et des filles du camp de réfugiés d’Azraq. Photo : ONU Femmes/Lauren Rooney
Intesar Hassan, une réfugiée syrienne de 20 ans, s’est formée à la coiffure grâce à un atelier organisé au Centre Oasis pour la résilience et l’autonomisation des femmes et des filles du camp de réfugiés d’Azraq. Photo : ONU Femmes/Lauren Rooney

En 2015, Intesar Hassan et sa famille ont fui la Syrie peu après la mort de sa mère. Intesar Hassan, son père malade et ses cinq frères et sœurs (dont quatre sont aveugles) se sont installés dans le camp de réfugiés d’Azraq. À tout juste 17 ans, elle a pris la tête du ménage. « Les débuts ont été incroyablement difficiles », se souvient-elle. C’est pourquoi lorsque l’occasion de travailler à l’Oasis d’ONU Femmes s’est présentée, elle n’a pas hésité. « Je savais que cela me permettrait de subvenir aux besoins de ma famille. C’est la meilleure décision que j’ai prise. Aujourd’hui, non seulement je fais vivre ma famille, mais je travaille également dans un secteur qui me passionne : les soins esthétiques. »

Dans le cadre du programme travail contre rémunération d’ONU Femmes, Intesar Hassan est désormais employée en tant qu’esthéticienne qualifiée pour ses services de maquillage, de coiffure et de soins des ongles. « Avant l’Oasis, je n’avais pas la possibilité de faire cela pour d’autres femmes. Maintenant, je contribue quotidiennement à rendre les femmes plus heureuses. L’Oasis m’a donné cette chance, mais elle m’a également aidée à me sentir mieux dans ma tête. »

Au camp de Za’atari, Ghada Um Saleh, âgée de 48 ans, était confrontée à des difficultés similaires à celles d’Intesar Hassan lorsqu’elle est arrivée au camp. Avec cinq enfants à nourrir et un mari en incapacité de travailler, Ghada Um Saleh cherchait désespérément un emploi. Elle s’est inscrite au programme travail contre rémunération du centre et s’est formée à la couture. Elle se souvient avoir eu beaucoup à apprendre à ses débuts à l’Oasis, mais elle s’est perfectionnée au fil du temps. « L’Oasis m’a donné du courage et les compétences pour être une bonne couturière. »

Après avoir développé son talent pendant un an, Ghada Um Saleh a cherché du travail à l’extérieur du camp. Elle disposait des compétences nécessaires pour décrocher un emploi dans l’industrie textile, mais comme beaucoup d’autres femmes, elle ne savait pas comment obtenir un permis de travail. En 2017, seuls 3 pour cent des permis de travail accordés à des réfugiés syriens ont été délivrés à des femmes. Pour remédier à ces disparités entre les sexes, ONU Femmes, en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et l’Organisation internationale du travail (OIT), a commencé à organiser des séances d’information et des salons de l’emploi ciblant spécifiquement les femmes. Ghada Um Saleh travaille désormais pour l’usine de confection Jerash, et, d’après les chiffres de janvier 2018, 11 pour cent des permis de travail ont été délivrés à des femmes.

Une scène du quotidien au Centre Oasis pour la résilience et l’autonomisation des femmes et des filles géré par ONU Femmes au camp de réfugiés de Za’atari en Jordanie. Photo : ONU Femmes/Christopher Herwig

Les témoignages d’Intesar Hassan et de Ghada Um Saleh ne sont que deux exemples des 405 emplois du programme travail contre rémunération offerts chaque jour par ONU Femmes en Jordanie. Outre leur rôle dans l’autonomisation des femmes par l’emploi, les centres Oasis offrent des services de garderie dont bénéficient 400 enfants chaque jour, et ils orientent en moyenne 75 réfugiées par mois vers les services d’accompagnement et de protection. Avec le généreux soutien des gouvernements australien, finlandais, français, islandais, italien, japonais et des comités nationaux d’ONU Femmes, les Oasis viennent en aide à 16 000 réfugiées par an.

« Compte tenu de l’augmentation du nombre de ménages dirigés par des femmes parmi les réfugiés syriens en Jordanie, il est plus que jamais essentiel de veiller à ce que notre réponse collective bénéficie aux femmes et leur permette de s’autonomiser », précise Ziad Sheikh, représentant d’ONU Femmes en Jordanie. « Les Oasis ont été saluées comme un modèle de grande réussite avec des résultats et un impact concrets pour les femmes en termes de génération de revenus et de création d’un environnement favorable à leur propre autonomisation. »

À l’avenir, les Oasis fusionneront leurs services de cours de rattrapage, de développement commercial et de recherche d’emploi afin de donner aux femmes réfugiées les compétences et les connaissances nécessaires pour lancer une petite entreprise ou trouver plus tard un emploi décent.