Tournant historique en Tunisie : 47 pour cent de femmes élues au sein des gouvernements locaux

Date : lundi 27 août 2018

Ichrak Rhouma a participé au projet d’Académie politique. Le 6 mai 2018, elle a été élue au conseil municipal de Sidi Hassine, à Tunis. Photo : Aswat Nissa
Ichrak Rhouma a participé au projet d’Académie politique. Le 6 mai 2018, elle a été élue au conseil municipal de Sidi Hassine, à Tunis. Photo : Aswat Nissa

Sept ans après la révolution de 2011 et quatre ans après l’adoption de la Constitution, 47 pour cent des sièges au sein des conseils municipaux sont désormais occupés par des femmes à l’issue des élections de mai 2018 en Tunisie. L’augmentation spectaculaire du nombre de femmes est à mettre au compte du code électoral adopté en 2016, qui repose sur le principe de parité et d’alternance entre hommes et femmes sur les listes électorales pour tous les scrutins.

En mai, Ichrak Rhouma a été élue au Conseil municipal de Sidi Hassine à Tunis, la capitale. Avant son élection, elle avait participé à l’Académie politique des femmes, un projet commun mené par ONU Femmes et l’organisation tunisienne de défense des droits de la femme Aswat Nissa (« Voix de femmes »). L’académie a offert aux femmes candidates une formation sur la gouvernance locale, sur les missions et les rôles des conseils municipaux, et sur les relations avec les médias. Pour Ichrak Rhouma, l’académie politique des femmes « nous a permis d’approfondir nos connaissances en matière de droits de la femme en général, mais également de découvrir de nouveaux concepts tels que la budgétisation tenant compte du genre ».

Outre l’académie, le projet a effectué des travaux de recherche sur les attentes des femmes par rapport aux activités des conseils municipaux dans cinq régions du pays. Les résultats de l’étude ont été pris en compte dans les campagnes électorales des candidats et ont influencé la planification du développement régional.

Préalablement aux élections de 2018 en Tunisie, ONU Femmes et ses partenaires de la société civile ont organisé des séances de renforcement des capacités et ont soutenu la révision du manuel d’observation des élections dans une perspective de genre. ONU Femmes a également proposé des activités de renforcement des capacités à 75 observateurs électoraux, qui ont été formés à l’importance de la participation des femmes aux élections et à l’observation des questions liées au genre aux différentes étapes des scrutins.

ONU Femmes a par ailleurs soutenu la Ligue des électrices tunisiennes (LET) dans l’organisation de campagnes de sensibilisation afin de renforcer la participation des électrices, en particulier dans les régions de Sousse, de Bizerte et de Nabeul, qui avaient enregistré les taux de participation les plus faibles lors des élections de 2012.

« L’objectif était de stimuler une démocratie participative et une culture politique parmi les femmes et les jeunes. Nos campagnes de sensibilisation ont formé et mobilisé de jeunes hommes et femmes qui ont fait du porte-à-porte pour expliquer l’importance de la participation des femmes à la vie politique », explique Nejma Ben Kheher, chargée de projet à la LET.

Et d’ajouter : « maintenant que nous avons ce grand nombre de femmes élues aux conseils municipaux et régionaux, nous espérons pouvoir continuer à les soutenir grâce à des formations ciblées, par exemple sur l’accès à l’information ou la budgétisation sensible au genre afin de les aider à remplir leur mission avec succès ».

Pour Leila Rhiwi, représentante d’ONU Femmes au Maghreb, « l’augmentation de la représentation des femmes au sein des conseils municipaux offre l’opportunité d’influencer les politiques territoriales en Tunisie. ONU Femmes continuera à soutenir les conseils dans la prise en compte des préoccupations liées au genre dans leurs plans de développement municipaux de manière à encourager la bonne gouvernance et le leadership féminin. »

La Tunisie est l’un des rares pays du monde à avoir posé et mis en œuvre le principe d’une représentation égale des hommes et des femmes entre les listes électorales (parité horizontale - des femmes doivent figurer en tête de la moitié des listes électorales), ainsi qu’au sein des listes (parité verticale - alternance hommes-femmes sur toute la liste) dans son code électoral. Si la parité a été obtenue pour les listes municipales, d’après la Haute autorité pour des élections indépendantes, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour renforcer la parité horizontale, car les femmes ne représentaient que 29,6 pour cent des têtes de liste.

La Tunisie organisera des élections présidentielles et parlementaires en 2019.