Dans les propos de Mereng Bessela: « Je suis une battante et je fais tout ce que j’ai à faire »

Date : lundi 21 janvier 2019

Mereng Alima Bessela. Photo: ONU Femmes/Ryan Brown

Mereng Alima Bessela est une entrepreneure à succès originaire de Ntui, dans la région centrale du Cameroun. Âgée de 50 ans, elle produit du cacao, une activité traditionnellement assurée par des hommes, et elle possède son propre restaurant ainsi qu’une ferme piscicole. Comme des milliers de femmes de la région, Mme Bessela a un sens aigu des affaires, mais elle a besoin d’accéder à des compétences, aux marchés et à des financements. Un projet d’ONU Femmes financé par la Banque de développement des États de l’Afrique centrale vise à répondre à ces besoins : mis en œuvre dans des communautés dont les membres vivent le long d’une route en construction entre les communes de Batchenga, de Ntui et de Yoko, il offre aux agricultrices et aux femmes entrepreneures une formation en gestion d’entreprise et dans d’autres compétences, ce qui leur facilitera l’accès aux services publics et les préparera aux opportunités de développement de leurs entreprises une fois la construction de la route terminée. Le « Projet Genre et Route » (Gender Road Project) vise à autonomiser au moins 20 000 femmes vivant dans cette zone.

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Mon mari était un coureur de jupons, alors j’ai divorcé. J’ai quatre filles et un garçon et je les envoie tous à l’école. Je suis une battante et je fais tout ce que j’ai à faire. Le plus important est que mes enfants terminent leurs études et trouvent de bons emplois.

Je me suis lancée dans la restauration il y a trois ans, quand j’ai appris que le gouvernement allait construire une route entre Ntui et Yoko. Je savais que le projet routier attirerait plus de gens.

Les affaires sont bonnes ! Je cuisine des plats traditionnels qui sont appréciés de tous.

En 2017, j’ai participé à une formation soutenue par le ministère de la Pêche et de l’Élevage, et cela m’a donné l’idée de créer un bassin de pisciculture. Je suis tombée amoureuse de la pisciculture.

Le matin, quand je vais nourrir les poissons au bassin, c’est mon moment préféré de la journée. Je jette la nourriture pour poissons dans le bassin et les poissons se jettent dessus. Parfois, je suis tellement heureuse que j’en oublie l’heure qu’il est et je reste là à les regarder pendant une heure, en oubliant que je dois commencer à faire la cuisine au restaurant !

J’ai dépensé beaucoup d’argent pour construire mes bassins de pisciculture, mais j’ai fait beaucoup d’erreurs. Par exemple, lors de la conception de tels bassins, s’il y a des souches d’arbres au fond, il faut les enlever, sinon le bassin risque de se vider. C’est pourquoi je dois souvent remettre de l’eau dans le bassin. Les conduites d’évacuation ont aussi été mal construites. Alors quand il pleut beaucoup, la boue obstrue l’évacuation, l’eau peut déborder et les poissons peuvent se retrouver hors de l’eau.

J’ai appris tout cela grâce aux nombreuses sessions de formation que j’ai suivies avec le projet ONU Femmes. J’ai appris à construire le réservoir, à gérer l’élevage et la reproduction du stock de poissons et à le nourrir avec des aliments locaux et naturels, qui sont biologiques et moins coûteux. J’ai acquis des compétences en gestion d’entreprise, ce qui m’a permis de développer mon activité.

Je suis aussi agricultrice. Après mon divorce, j’ai acheté des terres boisées, je les ai fait défricher et j’ai lancé ma propre exploitation de cacaoculture. Mon rêve est de construire ma propre maison lorsque ma cacaoyère commencera à produire. Je pourrai alors fermer ce restaurant, vivre de l’exploitation du cacao et passer le reste de mes jours dans ma propre maison.

Maintenant, la plus grosse difficulté, c’est d’accéder à un financement. J’ai beaucoup d’idées d’activités commerciales, mais pas assez d’argent pour investir. »