Dans les zones rurales de Géorgie, les femmes demandent la création d’écoles maternelles: en voici la raison

Date : jeudi 7 mars 2019

Une classe de maternelle en Géorgie orientale. Photo: Fondation Taso

Public services

Dans les villages reculés de l’ensemble de la Géorgie, l’amélioration des routes et la création d’écoles maternelles sont une priorité pour les femmes, ce qui est tout à fait compréhensible. Le temps que les mères peuvent consacrer chaque jour à un travail rémunéré est limité, du fait qu’elles perdent beaucoup de temps à se déplacer en raison du manque d’infrastructures routières et de services publics essentiels tels que des écoles maternelles, et qu’elles doivent parcourir de longues distances pour bénéficier de services de garde d’enfants à un coût abordable.

« Quand j’élevais mes enfants, je devais les emmener depuis le village de Tsilkani jusqu’à une école maternelle d’un autre village, Tserovani. La route était en mauvais état et, parfois, le bus tombait en panne. Nous devions attendre [le bus] par mauvais temps, et les enfants tombaient malades », se souvient Eka Daudashvili, qui vit dans l’est de la Géorgie.

Il lui fallait au moins une heure, voire plus, pour emmener ses enfants à l’école maternelle chaque matin, avant de se dépêcher d’aller travailler. Elle arrivait souvent en retard, ce qui pour elle était une préoccupation constante. À l’époque, si l’on avait posé la question à Mme Daudashvili, son plus grand souhait aurait été d’avoir une école maternelle dans son propre village, Tsilkani. Mais à l’époque, il n’y en avait pas. Des années plus tard, lorsque la municipalité a enfin construit une école maternelle, celle-ci ne possédait pas d’infrastructures et d’installations adéquates et n’était pas une option fiable pour les mères.

Eka Daudashvili n’était pas la seule à faire face à ces problèmes. Dans le monde, l’absence de services de garde d’enfants et d’écoles de qualité et abordables pénalise souvent les mères lorsqu’elles tentent de trouver le juste équilibre entre leurs responsabilités familiales à la maison et leurs aspirations professionnelles. Cette situation nuit également au développement des jeunes enfants.

Ces neuf dernières années, depuis 2010, ONU Femmes a soutenu les partenaires locaux pour rénover et améliorer 16 écoles maternelles dans les zones rurales de Géorgie. L’an dernier, en partenariat avec l’Association internationale des femmes et le partenaire local TASO Foundation, ONU Femmes a amélioré les services et les installations dans trois écoles maternelles de la région, y compris dans le village de Tsilkani, où vivent un grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Le projet a permis de soutenir la construction d’une nouvelle cuisine et d’une cour où les enfants peuvent jouer, et de fournir des jouets et des instruments de musique pour l’école maternelle de Tsilkani.

Les enfants d’Eka Daudashvili avaient alors atteint l’âge d’aller à l’école, mais elle s’est engagée en tant que directrice de l’école maternelle. Elle-même une enseignante de formation et une personne déplacée à l’intérieur de son propre pays, la possibilité de participer à un effort qui aide les autres mères dans la région en leur permettant d’avoir plus de temps à consacrer à un travail rémunéré l’enthousiasmait. 

« Cette initiative est très importante. Nous souhaiterions améliorer cette situation difficile pour nos sœurs, car nous savons que ce sont les femmes qui sont les plus touchées par ces problèmes », déclare Aleid Douma, vice-présidente de l’Association internationale de femmes.

TRANSFORMER LES VIES

Aujourd’hui, Tamila Ghunashvili fait partie des nombreuses jeunes mères du camp de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays à Tsilkani qui ont bénéficié d’une école maternelle publique à proximité de chez elles. Mère de trois enfants, l’économiste de 37 ans travaille à présent avec la communauté de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, à préparer des documents d’identité pour les personnes déplacées et à leur fournir des informations sur les services publics disponibles.

« Mon lieu de travail et l’école maternelle sont à proximité, à environ 10 minutes de marche », affirme Mme Ghunashvili. Elle peut déposer sa fille cadette de 4 ans, Mariam, à l’école maternelle avant 9 h 30 et se rendre au travail. Cela a complètement transformé son emploi du temps et les possibilités qui s’offrent à elle. Lorsque ses fils étaient plus jeunes, elle avait à peine le temps de travailler, car il n’y avait pas d’école maternelle à proximité.

« J’emmenais mes fils Giorgi et Luka à l’école maternelle de Tserovani quand ils étaient petits. Il y avait bien un service de bus, mais je passais la plus grande partie de mon temps à effectuer le trajet », explique Mme Ghunashvili. « Sans école maternelle [ici], je n’aurais pas pu commencer à travailler, car je n’en aurais pas eu le temps. Mon salaire a permis d’augmenter les revenus de mon ménage. Aujourd’hui, nous pouvons payer une meilleure éducation pour nos enfants... Mes fils suivent des cours de football et ils en sont très contents. Je veux aussi qu’ils prennent des cours d’anglais ».

Créations d’un écolier de Géorgie orientale. Photo: Fondation Taso

« Il y a une corrélation étroite entre la disponibilité de services de garde d’enfants et la capacité des femmes à occuper des emplois rémunérateurs et à assurer leur indépendance économique. Si tous les efforts sont soutenus, y compris au niveau local, pour rendre ces services accessibles, cela profite tant aux femmes, qu’aux enfants, aux familles et aux communautés », confie Erika Kvapilova, représentante d’ONU Femmes en Géorgie.

Selon Mme Ghunashvili, si aujourd’hui les routes de Tsilkani étaient bitumées, cela améliorait encore leur vie. Ses fils aînés, qui ont maintenant 9 et 12 ans, ont chaque jour un long chemin à parcourir à pied jusqu’à l’arrêt de bus pour se rendre à l’école élémentaire. Quand les conditions météorologiques sont mauvaises, l’état des routes s’empire, et Mme Ghunashvili s’inquiète pour la sécurité de ses fils. Elle souhaiterait que la route soit bitumée et qu’il y ait « au moins une école élémentaire à proximité, voire une école secondaire ».