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Article explicatif

Cinq exemples d’activisme en faveur de la justice menstruelle en Turquie

22 mai 2025
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Ilayda Eskiter-Schoğlu (à gauche) et des collègues de We Need To Talk livrent des produits menstruels à des femmes et des jeunes filles en Turquie. Photo: Mustafa Çavuş.

Five ways activists are fighting for menstrual justice in Turkey

Fighting stigma, poverty, and silence: Turkish activists push for menstrual justice and change.

Ilayda Eskiter-Schoğlu est une avocate turque spécialisée dans la défense des droits humains, qui milite pour la justice menstruelle. Son activisme a débuté au lendemain d’un grave tremblement de terre, lorsqu’elle a constaté que les mesures d’intervention d’urgence occultaient les besoins en matière de menstruation. Depuis lors, elle s’est efforcée de mettre fin à la précarité menstruelle, de lutter contre la stigmatisation et l’invisibilité de la menstruation et de promouvoir une éducation à la santé menstruelle. Voici 5 leçons importantes tirées de sa lutte progressiste en Turquie.

« Après avoir mis tout ce que l’on peut imaginer (dans les trousses de secours), nous nous sommes rendu compte que nous avions complètement oublié les produits menstruels : des tampons, des serviettes hygiéniques ou des sous-vêtements propres. »

1. Lorsque des catastrophes surviennent, les besoins en matière de menstruation sont négligés

L’activisme de Mme Eskiter-Schoğlu est né d’un tremblement de terre dévastateur survenu à Van, sa ville natale en Turquie orientale, en 2011. Tandis qu’elle s’empressait de remplir des cartons d’aide, les femmes présentes dans la salle, se sont soudainement aperçues qu’elles avaient oublié d’y inclure des produits menstruels. Ce moment a révélé une tendance à faire abstraction des menstruations, même par les personnes qui sont réglées. 

 

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a detail view of menstrual hygiene products
Emballage de produits menstruels destinés aux femmes et aux jeunes filles en Turquie. Photo: Mustafa Çavuş.
Emballage de produits menstruels destinés aux femmes et aux jeunes filles en Turquie. Photo: Mustafa Çavuş.

« L’absurdité de l’invisibilité de cette réalité, même dans une salle pleine de femmes et d’adolescentes, m’a poussée à réfléchir davantage à la précarité menstruelle, à la stigmatisation de la menstruation et à la raison pour laquelle les règles sont considérées comme un tabou dans notre culture. » 

Les femmes et les filles sont les plus touchées lors des urgences humanitaires. Dans les zones de crise, les produits menstruels deviennent souvent impossibles à trouver ou à acheter, ce qui oblige de nombreuses femmes et filles à recourir à des alternatives insalubres, comme des chiffons, des feuilles ou des journaux. Ces solutions de fortune sont inconfortables et peuvent entraîner de graves risques pour la santé, tels que des infections urinaires, des candidoses et des vaginoses bactériennes. Le manque d’eau propre, d’intimité et d’installations sanitaires ne fait qu’aggraver la situation, faisant des menstruations un calvaire mensuel pour des millions de femmes dans le monde. Cette négligence prive les femmes et les filles de leur dignité et met en danger leur santé, une situation que personne ne devrait avoir à endurer.

La stigmatisation des règles, les lacunes en matière d’éducation et la précarité menstruelle touchent des millions de personnes dans le monde.

Apprenez-en davantage et agissez

« Les gens nous disent que notre travail est immoral et honteux. »  

 

2. La stigmatisation est le principal obstacle à la dignité et à l’accès aux produits nécessaires

En tant que cofondatrice d’une ONG féministe dirigée par des jeunes, le plus grand obstacle à surmonter pour Mme Eskiter-Schoğlu et son équipe a été la stigmatisation du cycle féminin. La menstruation est encore considérée comme honteuse et immorale dans certaines communautés.  

« Il n’est pas facile de parler de cycle biologique, de santé sexuelle et reproductive, et encore moins de menstruation, en Turquie. »    

Le nom de son organisation, We Need To Talk [Il faut qu’on parle], aborde ce problème de front en ménageant un espace propice à des conversations honnêtes. L’équipe de Mme Eskiter-Schoğlu s’efforce de démanteler la honte et le silence qui entourent la menstruation afin de créer des environnements sûrs et ouverts dans lesquels les règles sont perçues comme un processus naturel et sain. Dans une société où le simple fait de prononcer les mots « menstruation » ou « règles » peut être controversé, son travail est à la fois radical et essentiel.  

« Pour chaque femme réglée soumise à des cycles menstruels, cette question (la justice menstruelle) relève des droits humains. » 

« Les écoles devraient être des lieux sûrs où l’on peut apprendre à connaître son corps. » 

 

3. Importance de l’éducation menstruelle

En Turquie, l’éducation complète à la sexualité ne fait pas partie du programme scolaire. En conséquence, de nombreuses enfants vivent leurs premières règles sans bénéficier d’informations précises ou de soutien. 

Mme Eskiter-Schoğlu estime que les écoles devraient être équipées pour enseigner à tous les enfants, et pas seulement aux filles, la santé sexuelle et reproductive. Pour les personnes menstruées, cette approche renforce la confiance en soi et la dignité. Pour les personnes non menstruées, notamment les garçons, elle favorise l’empathie et le respect mutuel. Pour tout le monde, elle élimine la stigmatisation et normalise la menstruation en tant que processus naturel et sain.

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Portrait d'Ilayda Eskiter-Schoğlu
Portrait d'Ilayda Eskiter-Schoğlu réalisé lors du Forum des jeunes de la CSW69 en mars 2025.Photo : ONU Femmes/Ryan Brown.
Portrait d'Ilayda Eskiter-Schoğlu réalisé lors du Forum des jeunes de la CSW69 en mars 2025.Photo : ONU Femmes/Ryan Brown.

« La précarité menstruelle n’est pas seulement une question d’inaccessibilité des produits ; elle concerne aussi l’inaccessibilité des connaissances sur les règles. » 

Cependant, seulement 39 % des écoles dans le monde proposent une éducation à la santé menstruelle, privant ainsi des millions de jeunes des informations dont ils ont besoin. Une étude récente aux États-Unis a révélé que plus de 75 % des étudiants disent qu’ils en apprennent plus sur la biologie des grenouilles que sur le corps de la femme, et 90 % pensent que les écoles devraient normaliser le phénomène menstruel.  

« Parce qu’ils (les hommes et les garçons) n’ont pas été sensibilisés aux cycles menstruels... leur ignorance et leur manque de soutien sont l’une des principales causes de la précarité et de la stigmatisation menstruelles aujourd’hui. » 

« Nous avons réduit la TVA sur les produits menstruels de 18 à 10 %. » 

 

 

4. Pour mettre fin à la précarité menstruelle, il faut commencer par reconnaître les produits menstruels comme des produits de première nécessité

Après des années de sensibilisation populaire, Mme Eskiter-Schoğlu et d’autres activistes en Turquie ont réussi un coup de force : une réduction de la taxe sur la valeur ajoutée appliquée aux produits menstruels. 

« Dans un contexte politique très difficile, nous avons réussi à ouvrir une brèche et à convaincre le gouvernement de reconnaître que les produits mensuels sont des biens de première nécessité. » 

Bien que la taxe n’ait pas entièrement disparu, ce changement de politique a marqué une étape décisive dans la reconnaissance de l’essentialité des produits d’hygiène menstruelle pour les femmes et les filles. La taxe a d’abord été abaissée à 8 % avant de remonter à 10 % en raison de la crise du coût de la vie. Pourtant, Mme Eskiter-Schoğlu et son équipe considèrent qu’il s’agit d’une avancée durement gagnée. 

« Les gouvernements ne peuvent pas taxer ces produits comme des produits de luxe. » 

Cette victoire politique atteste de ce qu’une pression populaire soutenue peut accomplir, même dans des contextes politiques difficiles où les progrès peuvent être lents et contestés.

« La rage et la joie féministes qui m’animent me permettent de continuer. » 

5. La solidarité alimente le changement

« La solidarité est le moteur de mon activisme », explique Mme Eskiter-Schoğlu en citant un chant féministe turc : « La solidarité nous rend fortes ; la solidarité nous maintient en vie. » Qu’il s’agisse d’une manifestation, d’une salle de conférence des Nations Unies ou d’un moment de deuil, Mme Eskiter-Schoğlu puise sa force dans le mouvement féministe mondial. 

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Ilayda Eskiter-Schoglu (à gauche) et des collègues de We Need To Talk livrent des produits menstruels à des femmes et des jeunes filles en Turquie. Photo : Konuşmamız Gerek Derneği.
Ilayda Eskiter-Schoglu (à gauche) et des collègues de We Need To Talk livrent des produits menstruels à des femmes et des jeunes filles en Turquie. Photo: Mustafa Çavuş.
Ilayda Eskiter-Schoglu (à gauche) et des collègues de We Need To Talk livrent des produits menstruels à des femmes et des jeunes filles en Turquie. Photo: Mustafa Çavuş.

Elle a également hérité de la sagesse de sa grand-mère, mariée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant et qui a élevé et éduqué 7 enfants. 

« Elle avait l’habitude de dire que les gens jettent des pierres à l’arbre qui donne le plus de fruits. Cela signifie que notre mouvement porte ses fruits. Il génère des ressources et des opportunités pour les femmes et les filles. » 

Pour Mme Eskiter-Schoğlu, les réactions hostiles à la justice menstruelle ne sont pas un signe d’échec, mais la preuve que son travail est porteur, visible et nécessaire. 

« Le fait qu’il y ait des réactions négatives n’enlève rien à la valeur de notre mouvement ni à son potentiel. Profitez de la richesse de ce mouvement et faites confiance à la solidarité des autres féministes. »

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