Remarques de Michelle Bachelet lors de la réception du Sommet sur les femmes et l’économie de l’APEC

Date : jeudi 15 septembre 2011

Discours prononcé par la Directrice exécutive d'ONU Femmes, Michelle Bachelet, lors de la réception du Sommet sur les femmes et l'économie de l'Association de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), organisée à San Francisco, le 15 septembre 2011.

[Vérifier à l'écoute.]

Bonne soirée et merci, Tina, pour cette sympathique présentation. C'est formidable de me trouver ici parmi vous pour ce Sommet sur les femmes et l'économie de l'APEC.

J'ai toujours dit qu'il n'y a pas de limite à ce que les femmes peuvent accomplir lorsqu'elles sont déterminées à atteindre un objectif. Et je souhaiterais féliciter les 42 femmes innovatrices qui sont honorées ici ce soir pour tout ce qu'elles font et tout ce qu'elles ont accompli.

Voilà maintenant neuf mois que je me trouve à la tête d'ONU Femmes, et je peux vous dire que partout où je me rends, je constate beaucoup d'enthousiasme par rapport aux femmes et à la contribution que celles-ci peuvent apporter à l'économie mais aussi à la paix et à la démocratie.

Mes amis, nous sommes dans le siècle de l'autonomisation des femmes et de l'égalité des sexes.

Promouvoir la pleine participation et l'engagement des femmes n'est pas seulement une chose juste à faire : c'est aussi économiquement rationnel.

Cela est confirmé par le Rapport sur l'écart entre les sexes du Forum économique mondial. Ce document montre que, selon les études réalisées dans 134 pays, il existe une corrélation positive entre une plus grande égalité des sexes et un PNB par habitant supérieur.

Cela est confirmé par la Banque mondiale. Ses études montrent qu'une plus grande participation des femmes à la main-d'œuvre et que l'augmentation de leur revenu génèrent une plus grande croissance économique et ont des effets multiplicateurs sur la société dans son ensemble, améliorant la santé et l'éducation.

Cela est confirmé par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Le fait d'assurer aux femmes l'égalité de l'accès à la propriété foncière et à d'autres intrants agricoles permettrait de stimuler la productivité de 20 à 30%, et de réduire le nombre de personnes vivant avec la faim de plus de 100 millions.

Et cela est confirmé par les consultants en gestion McKinsey & Company, qui ont conclu que les sociétés comptant trois femmes ou davantage au sein de leur conseil d'administration avaient des résultats supérieurs de 53% à celles n'en comptant aucune.

Les preuves que cela paie d'investir dans les filles et les femmes sont donc de plus en plus probantes. Nous savons également que le fait de ne pas effectuer ces investissements cruciaux entraîne de grosses pertes.

Selon les Nations Unies, la région de l'Asie et du Pacifique perd entre 42 et 47 milliards de dollars E.U. chaque année à cause de l'accès limité des femmes aux opportunités d'emploi. Et ce n'est pas tout. La région perd une somme supplémentaire de 16 à 30 milliards de dollars E.U. chaque année à cause de l'écart entre les sexes existant dans l'éducation. Le besoin de s'attaquer à ces écarts et de libérer le plein potentiel des filles et des femmes apparaît donc nettement.

Et c'est le point essentiel que je voudrais soulever aujourd'hui.

Il est temps d'éliminer les désavantages et les inégalités auxquelles sont confrontées les filles et les femmes et de libérer leur énergie, leur créativité et leur talent. Je suis ravie de constater que les économies de l'APEC et vous tous prenez des mesures concrètes pour permettre la pleine réalisation du potentiel des femmes. Il convient pour ce faire d'améliorer l'accès des femmes à la finance, à l'éducation, à la formation, à l'emploi, à la technologie et à la santé. Il convient également d'améliorer leur accès au capital et aux marchés. Et il convient enfin de renforcer le leadership des femmes dans les secteurs public et privé.

Les femmes étant représentées de manière disproportionnée dans les travaux informels et précaires, il faut leur garantir une protection sociale appropriée. Cela est particulièrement important pour les femmes migrantes, pour les femmes qui travaillent dans les zones de traitement des exportations et pour les agricultrices.

En Asie de l'Est et du Sud-Est, la part des femmes dans la main-d'œuvre agricole est de près de 50%, mais l'égalité s'arrête là. Il faut assurer aux femmes un accès égal aux droits et aux titres de propriété foncière, au crédit, aux emprunts et autres ressources. Cela est crucial tant pour la sécurité alimentaire que pour la croissance économique.

En cette période de crises, nous ne pouvons plus nous permettre de gaspiller le potentiel de la moitié de la population de la planète. Il est crucial d'assurer l'accès universel aux services sociaux ainsi que l'égalité des chances pour faire face aux crises financières et alimentaires et pour restaurer la confiance publique.

Permettez-moi de vous dire ceci. Ainsi que chaque femme présente ici peut en témoigner, il est extrêmement difficile de concilier vie professionnelle et familiale. Il convient donc d'instituer des politiques et des mesures favorables aux familles au sein des institutions et sur les lieux de travail en vue d'assurer que les hommes comme les femmes puissent pleinement participer à la vie professionnelle et familiale et partager plus équitablement les responsabilités au niveau de l'aide familiale.

Le dernier point que je souhaiterais souligner est que nous devons accorder une attention accrue au travail de soins non rémunéré effectué par les femmes. L'économie des soins est importante, et nous devons rendre celle-ci plus visible et faire en sorte qu'elle soit davantage prise en considération.

Pour terminer, je vous remercie d'avoir reconnu la nécessité de remédier à la marginalisation et à l'exclusion des femmes des activités économiques par des mesures courageuses et délibérées. A ONU Femmes, nous sommes toutes impatientes de travailler avec vous pour faire avancer l'autonomisation économique des femmes, le leadership des femmes et les Principes d'autonomisation des femmes pour le secteur privé. Près de 250 entreprises ont à ce jour signé ces Principes, et j'encourage davantage de dirigeants d'entreprises à le faire.

Ensemble, nous pouvons libérer le plein potentiel des femmes, afin qu'elles puissent contribuer à l'économie de la région Asie-Pacifique.

Je vous remercie de votre attention.

Présentation de Melanne Verveer

J'ai le plaisir de vous présenter maintenant l'Ambassadrice extraordinaire des Etats-Unis pour les questions mondiales des femmes.

L'Ambassadrice Verveer coordonne les questions et activités de politique étrangère liées à la promotion de la femme autour du monde. Elle mobilise un appui concret en faveur des droits des femmes et de leur autonomisation politique et économique par le biais d'initiatives visant à renforcer l'accès des femmes et des filles à l'éducation et aux soins de santé, à lutter contre la violence à l'égard des femmes et des filles, et à assurer que les droits des femmes sont pleinement intégrés, aux côtés des droits de l'homme, dans l'élaboration de la politique étrangère des Etats-Unis.

Avant d'occuper ce poste, l'Ambassadrice Verveer était Présidente et co-PDG de Vital Voices Global Partnership, une organisation internationale non lucrative qu'elle a co-fondée en vue d'investir dans les dirigeantes émergeantes et de renforcer le rôle joué par les femmes pour ce qui est de générer des opportunités économiques, de promouvoir la participation politique et de protéger les droits de l'homme.

Avant de travailler au sein de Vital Choices, l'Ambassadrice Verveer avait été assistante du Président et Chef du personnel de la Première dame sous l'administration Clinton, et avait été assistante en chef de la Première dame de l'époque, Mme Hillary Clinton, au niveau des activités internationales de grande portée qu'elle menait en vue de promouvoir les droits de la femme et de renforcer le développement social, la démocratie et la consolidation de la paix. Elle avait également pris la tête des initiatives visant à établir le Conseil interinstitutions sur les femmes du Président.

L'Ambassadrice Verveer a une licence et une maîtrise de la Georgetown University. Elle est membre du Conseil des relations extérieures, du Groupe de politique extérieure des femmes et de nombreuses autres organisations.