Retrouver une nouvelle normalité dans le camp de réfugiés de Za’atari

Date : mardi 20 juin 2017

Hadeel Al-Zoubi, in orange, leading creative activities with Syrian refugee children to commemorate World Refugee Day in 2015 at the UN Women Oasis in the Za’tari refugee camp. Photo: UN Women/Christopher Herwig
Hadeel Al-Zoubi, en orange, menant des activités créatives avec des enfants réfugiés syriens pour commémorer la Journée mondiale des réfugiés en 2015, dans l’Oasis d’ONU Femmes du camp de réfugiés de Za’tari. Photo : ONU Femmes/Marta Garbarino
 

D’origine syrienne et jordanienne, Hadeel Al-Zoubi, 40 ans, est l’adjointe principale de camp d’ONU Femmes dans le camp de réfugiés de Za’atari en Jordanie. Elle a rejoint ONU Femmes en 2013, parce qu’elle ressentait le besoin d’aider les personnes touchées par la crise de réfugiés syrienne.

Le soleil commence à peine à se lever sur la ville d’Amman, il est un peu plus de 6 heures du matin. Hadeel Al-Zoubi, adjointe principale de camp d’ONU Femmes, est déjà en route vers le camp de Za’atari, qui se trouve à plus de 100 kilomètres de la capitale jordanienne. Le camp abrite actuellement près de 80 000 réfugiés venus de Syrie et de pays voisins. Au moins 49 pour cent d’entre eux sont des femmes.

Pour parvenir jusqu’au camp, le trajet éreintant prend deux heures, et l’aller-retour dure donc quatre heures. .

« Ce n’est pas facile d’être sur la route quatre heures par jour », confie Mme Al-Zoubi. « Mais j’aime mon travail, et le temps que je passe dans le camp défile à toute vitesse. Chaque jour, j’apprends quelque chose de nouveau ».

Mme Al-Zoubi est à moitié syrienne, et elle a encore de la famille en Syrie. Son travail dans le camp implique une multitude d’activités pratiques essentielles –planifier les activités de projet, s’assurer que les fournitures sont en place et répondre à tous les besoins prévus et imprévus qui peuvent se présenter. Son téléphone portable sonne souvent, même avant qu’elle soit arrivée au camp. Aujourd’hui, c’est une femme réfugiée qui l’appelle parce qu’elle a besoin d’une autorisation de la police pour sortir du camp pendant une journée. Plus tard ce jour-là, Mme Al-Zoubi l’accompagnera au poste de police pour obtenir les documents requis..

Hadeel Al-Zoubi. Photo: UN Women/Marta Garbarino
Hadeel Al-Zoubi. Photo: UN Women/Marta Garbarino

« J’ai commencé à travailler peu de temps après qu’ONU Femmes ait ouvert les Oasis pour les femmes et les filles – des espaces sûrs destinés aux femmes et aux filles, où elles peuvent bénéficier de services et acquérir de nouvelles compétences. Au départ, il n’y avait ni électricité ni Internet, et les denrées alimentaires et l’eau étaient rares. Les réfugiés souffraient de traumatismes récents, et la plupart d’entre eux avaient perdu des membres de leur famille. Tous les jours, il y avait des troubles dans le camp.

Je me souviens que l’an dernier, je suis arrivée au camp avec du chocolat pour les enfants. J’ai repéré un enfant syrien qui souffrait d’une déficience développementale, assis devant mon bureau. Il avait l’air de se sentir mal. J’ai demandé à sa mère ce qui lui était arrivé… était-il allergique au chocolat que je venais de distribuer ? J’ai découvert que sa médication avait récemment changé. J’ai demandé à voir le médicament, et il s’est avéré que la mère avait mal compris les instructions et qu’elle avait donné une dose trop élevée à son enfant. Je l’ai emmené d’urgence à l’hôpital, et j’ai passé toute la journée avec lui dans le service des soins intensifs. Nous aurions pu le perdre ce jour-là, mais il a survécu.

Je me suis attachée à ces personnes. Je comprends leurs problèmes ; je sais ce qu’elles ressentent…

Nous ne sommes qu’une petite équipe qui a démarré avec trois personnes, mais les personnes de l’ensemble du camp nous connaissent parce que notre porte leur est toujours ouverte. Nous sommes toujours là pour offrir un sourire, quelques mots, et cela encourage les réfugiés à accéder à nos services ».

À son arrivée au camp, Mme Al-Zoubi salue tout le monde. Elle met un point d’honneur à parler avec tous les gardes et les nettoyeurs, dont un grand nombre travaillent de nuit. Eux aussi sont des réfugiés, recrutés dans le cadre du programme de rémunération en échange d’un travail d’ONU Femmes.

« ONU Femmes propose de nombreux services aux femmes réfugiées du camp de Za’atari — un soutien psychologique, des activités de sensibilisation à la violence fondée sur le genre, des cours d’alphabétisation et d’informatique, et des programmes de rémunération en échange d’un travail. Ouverts de 9 h à 15 h, les Oasis offrent des espaces sûrs réservés aux femmes et aux filles, où celles-ci se sentent à l’aise pour accéder à ces services. Ici, elles sont libres de s’exprimer et d’apprendre ».

Hadeel, at right, leads the tailoring project, which is part of the cash-for-work programme, since she has a background in tailoring and fashion design. Photo: UN Women/Christopher Herwig
Hadeel, à droite, dirige le projet de couture, qui fait partie du programme de rémunération en échange d’un travail, car elle dispose d’une expérience de la couture et de la création de mode. Photo : ONU Femmes/Christopher Herwig

Le programme de rémunération en échange d’un travail, qui revêt une importance essentielle, a bénéficié à environ 275 femmes en 2016. Mme Al-Zoubi dirige un projet de couture dans le cadre de ce programme. Aujourd’hui, les femmes confectionnent des trousses pour bébé destinées aux nouvelles mères dans le camp, distribuées par le biais d’un partenariat avec l’UNICEF.

« Le projet de couture permet aux femmes de trouver un petit havre de paix dans un vaste monde insensé. Lorsqu’elles font une pause, elles rient, elles plaisantent, elles dansent même.

L’autonomisation ne consiste pas à dire aux femmes ce dont elles ont besoin. J’aime leur demander ce qu’elles veulent et quels sont leurs besoins… et elles devraient être en mesure de faire des choix. Par exemple, nous avons demandé aux femmes réfugiées ce dont elles avaient besoin dans les trousses pour bébé. Les nouvelles mères ne voulaient pas de salopettes, mais des pyjamas. Alors, nous avons revu la conception des vêtements pour bébé.

Women work as tailors producing baby clothes in the cash-for-work programme in the UN Women-run Oasis in the Za’atari refugee camp. Photo: UN Women/Christopher Herwig
Les femmes travaillent comme couturières, confectionnant des vêtements pour bébé dans le cadre du programme de rémunération en échange d’un travail, dans l’Oasis d’ONU Femmes du camp de réfugiés de Za’atari. Photo : ONU Femmes/Christopher Herwig

La plus grande difficulté à laquelle les femmes du camp sont confrontées aujourd’hui est de trouver du travail. Il n’y a que 6 000 opportunités d’emplois dans le camp, dont 5 000 vont aux hommes. Dans chaque famille, seul un membre peut accéder à une rémunération en échange d’un travail. J’ai perdu six femmes rien que cette année, parce qu’elles préféraient que ce soit leur mari qui travaille. Pour les ménages dirigés par des femmes, l’absence d’opportunités d’emploi empire leur situation ».

En réponse aux besoins de la communauté, ONU Femmes a récemment lancé l’initiative « pépinière d’entreprises » dans le camp de Za’atari. Cette initiative informe les femmes qui ont suivi le programme de rémunération en échange d’un travail des possibilités qui existent hors du camp, et les aide à développer leurs propres microentreprises.

Women walk through the Za'atari camp. Photo: UN Women/Christopher Herwig
Des femmes marchent dans le camp de Za'atari. Photo : ONU Femmes/Christopher Herwig

« Je pense qu’ils [les réfugiés] ont beaucoup changé : au début, ils vivaient au jour le jour, dans l’espoir de rentrer en Syrie. Au fil des ans, ils ont commencé à accepter cette nouvelle réalité. Au début, ils vivaient dans des tentes posées au sol, puis ils se sont installés dans des caravanes ; ils ont créé des fondations en béton pour leurs caravanes. Ils ont commencé à rechercher des opportunités d’emploi et des services.

Une femme me disait l’autre jour : « Avant, nous dormions sous les bombes. Nous allions nous coucher sans savoir si nous nous réveillerions en vie le lendemain. Ici, je dors en sécurité ».


En 2012, ONU Femmes a mis en place deux Oasis pour les femmes dans le camp de réfugiés de Za’atari en Jordanie. La troisième Oasis a été installée en 2016, en partenariat avec le Programme alimentaire mondial. Plusieurs donateurs ont contribué à ce travail, dont les gouvernements des Pays-Bas, de la Corée du Sud, de la Finlande, de l’Islande, de l’Italie et du Japon. Parallèlement au programme de rémunération en échange d’un travail, les Oasis offrent un éventail de services, y compris des formations de sensibilisation à la violence basée sur le genre et des services d’orientation pour les femmes victimes de violence. En outre, les Oasis proposent des cours d’alphabétisation, des formations axées sur les compétences et des services de garde d’enfants. En 2017, ONU Femmes a ouvert une nouvelle Oasis dans le camp de réfugiés d’Azraq, également en Jordanie, qui comprend une initiative de cuisine saine menée en collaboration avec le Programme alimentaire mondial, dont le but est d’améliorer la nutrition pour les écoliers.