En matière de consentement, il n’y a pas de « frontières floues ».

Date : lundi 18 novembre 2019

consentement: Il n'y a pas de lignes floues

« Elles n’ont pas dit non »... « Nous étions saouls »... « Avec le type de vêtement qu’elle portait, elle l’a cherché »... « Tu dois être plus ferme ».

Nous avons tous déjà entendu ces propos. Les gens les utilisent pour tenter de brouiller les lignes autour du consentement sexuel, de blâmer les victimes et d’excuser les auteurs des crimes qu’ils ont commis.

Bien que ceux qui utilisent ces propos puissent avoir une compréhension floue du consentement, sa définition est parfaitement claire. En matière de consentement, il n’y a pas de « frontières floues ».

Voici ce que nous entendons par consentement :

À quoi ressemble le consentement ?

Enthousiaste

Le consentement exige de l’enthousiasme. Plutôt que d’éviter un « non », recherchez un « oui » dynamique.

Si votre partenaire accepte mais semble inquiet ou incertain, il ne consent pas.

« Non » ou « Je ne sais pas » et le silence ne constituent pas un consentement.

Donné librement

Le consentement doit être donné sans pression. Il n’est pas acceptable de tromper, contraindre ou menacer quelqu’un pour qu’il dise oui. On ne peut pas donner son consentement si on est inconscient ou dans un état mental altéré, par exemple si on est saoul ou sous l’emprise de la drogue.

Informé

On ne peut consentir à quelque chose qu’en toute connaissance de cause. Par exemple, si un partenaire dit qu’il va utiliser un moyen de protection pendant un rapport sexuel mais qu’il ne le fait pas, il ne s’agit pas d’un rapport sexuel consensuel.

Le consentement ne peut être libre et entier si toutes les parties concernées ne sont pas majeures. Par conséquent, le mariage des enfants est un acte non consensuel.

« Se marier si jeune est la chose la plus difficile qu’une fille puisse vivre. Quand vous forcez une fille à se marier, vous donnez à un homme le droit de la violer chaque jour », a déclaré Jaha Dukureh, Ambassadrice régionale d’ONU Femmes pour l’Afrique.

Elle-même survivante de mutilations génitales féminines (MGF) et d’un mariage forcé à 15 ans, Jaha Dukureh sait à quel point des pratiques néfastes et non consensuelles privent les jeunes filles de leur santé et de leur autonomie. Lire son interview.

Non c'est non

Spécifique

Le consentement peut-être spécifique. Vous avez le droit de consentir à une chose et pas à une autre. Vous pouvez consentir à embrasser ou à toucher un jour et pas le lendemain. Ce que vous acceptez dépend de vous, et il est permis de changer.

Réversible

Le consentement peut être retiré. Vous pouvez changer d’avis à tout moment. Et le consentement est important, même chez les couples qui ont déjà eu des relations sexuelles.

La plupart des agressions sexuelles ne sont pas commises par des inconnus dans des ruelles sombres. Souvent, une agression sexuelle est perpétrée par une personne connue de la victime ou même par un partenaire amoureux.

Certaines études menées à l’échelle nationale font apparaître que jusqu’à 70 pour cent des femmes ont été victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime. Éliminer la violence à l’égard des femmes, cela signifie obtenir le consentement dans toutes les situations, même dans le mariage et les relations à long terme.

Pourquoi le consentement est-il important ?

Chaque personne a ses propres limites, et chacun mérite de se faire respecter.

Le consentement vise à créer un espace favorable à des relations sexuelles sans danger. 

Plus important encore, le consentement compte parce que son absence peut être synonyme de violence domestique, de viol ou d’agression sexuelle – des crimes punissables par la loi.

Dina Smailova est une militante des droits des femmes au Kazakhstan. À l’âge de 20 ans, elle a été violée par un groupe d’élèves de sa classe. Lorsque sa famille l’a appris, Dina a été envoyée vivre en banlieue, parce que cela avait jeté la honte sur eux.

La stigmatisation entourant le viol et l’attitude consistant à blâmer les victimes ont des conséquences tangibles et néfastes pour les victimes. Dina Smailova se souvient : « Pendant 25 ans, mon viol est resté un secret. Pendant vingt-cinq ans, j’ai tremblé, en silence, à chaque fois que j’entendais parler d’un viol. J’ai perdu contact avec les membres de ma famille et mes amis proches, et j’en ai voulu à ma mère de m’avoir tourné le dos. »

Après des années de suivi psychologique, Dina Smailova a publiquement parlé de son viol sur Facebook et a reçu des milliers de réponses de femmes ayant également été harcelées, violées et battues.

Forte de cette solidarité retrouvée, Dina Smailova a lancé le mouvement NeMolchi au Kazakhstan, ce qui signifie « Ne gardez pas le silence ». Depuis, elle a conseillé, guidé et soutenu 200 femmes victimes et a joué un rôle déterminant en aidant à gagner en justice sept affaires de violence sexuelle en 2017.

Dina Smailova. Photo: Almat Mukhamedjanov
Dina Smailova. Photo: Almat Mukhamedjanov

L’histoire de Dina Smailova vient montrer à quel point il est important de se battre pour la justice lorsque le principe du consentement est bafoué. Il est essentiel de traîner les responsables devant la justice pour montrer que le consentement n’est pas négociable.

Comment créer une culture du consentement enthousiaste ?

Pour créer une culture du consentement, nous devons tous modifier consciemment notre façon de nous comporter avec les autres.

Dès le plus jeune âge, les enfants doivent apprendre l’importance du consentement. C’est une partie intégrante d’une éducation complète à la sexualité visant à éduquer les gens sur leurs droits.

Pour supprimer les tabous entourant le consentement, une approche consiste à créer des espaces interactifs et sécurisés pour discuter du sujet.

En 2015, la jeune militante thaïlandaise Wipaphan Wongsawang a lancé un projet intitulé Thaiconsent, qui offre aux hommes et aux femmes des espaces de discussion sur la façon de gérer les relations sexuelles. La campagne a appelé les gens à faire la distinction entre « relation sexuelle consensuelle » et « relation sexuelle non désirée » et a ouvert la voie à de véritables discussions entre des milliers de personnes.

Nana Wipaphan Wongsawang. Photo: Prachaya Phetvisit
Nana Wipaphan Wongsawang. Photo: Prachaya Phetvisit

Wipaphan Wongsawang a démarré le projet après qu’un ami ait tenté de la violer. Elle a appris par la suite que jusqu’à dix de ses amies avaient été victimes d’un viol commis par quelqu’un de leur entourage. « J’ai trouvé cela inacceptable. A cette époque, le terme « culture du viol » existait dans la société thaïlandaise, mais l’idée que le viol puisse avoir lieu sans blessures corporelles et appels à l’aide, et laisser des séquelles émotionnelles et psychologiques, n’était pas comprise », explique-t-elle.

Wipaphan Wongsawang reconnaît que nous devons nous unir pour lutter contre l’idée qu’il existe des frontières floues entre ce qui est consensuel et ce qui ne l’est pas. « Ce n’est que lorsque tous les Thaïlandais se sentiront capables de dire « oui » ou « non » à une relation sexuelle, et que la frontière entre « oui » et « non » sera clairement respectée que notre travail sera terminé », précise-t-elle.

Ce qu'elle veut dire quand elle dit "non" -- Non.

Pour sensibiliser au consentement, un autre aspect important consiste à faire participer les hommes et les garçons à des discussions sur ce que signifie la masculinité. Pour éradiquer la culture du viol, nous devons examiner les masculinités violentes et redéfinir ce que signifie être un homme en appliquant des principes féministes.

Au Malawi, les hommes et les garçons se retrouvent pour des discussions comme chez le barbier (Barbershop conversations) – des rencontres où les hommes discutent des stéréotypes de genre, du consentement et de la violence. À l’aide de discussions en petits groupes, de récits et de théâtre, ils approfondissent ces sujets et permettent aux hommes de devenir des agents de changement.

En novembre 2018, près de 100 personnes, notamment des chefs, des responsables religieux et des membres de la société civile, se sont rencontrés pour une conversation « barbershop » à Mangochi. Lors de cette rencontre, le révérend Moses Chimphepho, commissaire du district de Mangochi, a souligné la capacité de ces initiatives à transformer des individus et des communautés entières : « Si un homme se rend chez le barbier, il a l’air différent quand il en sort, puissions-nous donc sortir différents de ces interactions. »