Prenez cinq minutes : « Aborder les problèmes d’égalité des sexes et de protection dans le cadre de l’action humanitaire sauve des vies, et la planification et la budgétisation doivent en tenir compte »

Date : mercredi 14 août 2019

Nimrata Khuman. Photo: ONU Femmes/Trisha Toangwera

Le Vanuatu est l’un des pays au monde les plus exposés aux catastrophes naturelles. Rien qu’au cours des 12 derniers mois, le pays a fait face à de multiples éruptions volcaniques, tremblements de terre, cyclones et tsunamis. La plus grande situation d’urgence humanitaire a été engendrée par des éruptions volcaniques sur l’île d’Ambae, qui ont entraîné l’évacuation de plus de 8 000 personnes. Certaines communautés déplacées se sont réinstallées dans les îles de Santo et d’Efate, mais la question de propriété foncière donne lieu à des litiges. Le Vanuatu a également le taux le plus bas de femmes au parlement et aux postes ministériels dans le monde, et les taux de violence sexiste sont élevés. Pris ensemble, ces problèmes augmentent les risques pour les femmes et les filles en période d’urgence humanitaire et de relance.

ONU Femmes a employé Nimarta Khuman en tant que conseillère en genre et protection en août 2018, dans le cadre du programme « Australia Assists », géré par RedR Australia. Son rôle consiste à aider le Département des affaires féminines et du groupe de la promotion de la femme et de la protection des femmes du gouvernement de Vanuatu à traiter les problèmes liés à l’égalité des sexes et à la protection liés à la crise d’Ambae et à d’autres catastrophes naturelles. Dans une récente entrevue avec ONU Femmes, Nim explique ce que signifie l’intégration du genre et de la protection dans l’action humanitaire et pourquoi c’est important.

Qu’entend-on par « Genre et protection dans l’action humanitaire » ?

Lorsque nous parlons de genre et de protection dans l’action humanitaire, nous devons nous demander si nous avons répondu aux différents besoins des femmes, des filles, des hommes et des garçons dans notre réponse humanitaire, car il n’existe pas d’approche « formule unique » qui fonctionne. Chacun des contextes dans lesquels une catastrophe s’est produite est unique, et les femmes et les filles peuvent être soumises à des risques, des vulnérabilités et des capacités uniques. D’autres facteurs peuvent contribuer à leur marginalisation et à leur vulnérabilité, tels que le handicap, l’âge, l’orientation sexuelle, le revenu et la localité.

Le ministère des Affaires féminines dirige le groupe de travail sur le genre et la protection au Vanuatu, en partenariat avec CARE et Save the Children. Le groupe s’emploie à promouvoir la voix et le leadership des femmes, à prévenir et à combattre la violence basée sur le genre et à veiller à ce que la protection des enfants et l’inclusion des personnes en situation de handicap dans toute intervention humanitaire soient conçues et mises en œuvre pour la population touchée. Lors de l’intervention humanitaire qui a suivi la catastrophe d’Ambae, par exemple, des voies d’aiguillage vers des services de protection de la jeunesse et de protection de l’enfance ont été élaborées et les partenaires du pôle Genre et Protection ont sensibilisé les communautés à la prévention de la violence et à l’accessibilité de l’aide. Les partenaires ont également élaboré et diffusé des informations sur les droits des communautés lors de leur évacuation et de leur réinstallation, organisé une formation sur le leadership à l’intention des femmes participant aux interventions humanitaires, fourni des services de soutien psychosocial et des espaces conviviaux pour les enfants, afin de les aider à faire face aux conséquences de la catastrophe.

Comment avez-vous intégré les thèmes genre et protection dans l’intervention humanitaire au Vanuatu ?

Le groupe thématique genre et protection veille à la protection et au respect des droits des personnes et leur permet d’avoir accès aux services de tous les secteurs en toute sécurité et dans la dignité. Il faut donc évaluer les besoins, faire connaître les préoccupations et sensibiliser les communautés et les prestataires de services (comme les agences impliquées dans la distribution de nourriture, les refuges, l’éducation, l’eau, l’assainissement et l’hygiène). Ces actions appellent également à un plaidoyer auprès des autres ministères pour l’inclusion des questions de genre et de protection dans leur intervention. Pendant l’état d’urgence d’Ambae, un groupe sectoriel sur le genre et la protection et la santé a été créé pour fournir des services intersectoriels aux personnes en situation de handicap. Le groupe Genre et Protection a travaillé avec le groupe WASH pour sensibiliser sur des questions telles que la sécurité, l’éclairage et l’intimité des installations de toilettes et de douches. Lors des interventions d’Ambae et d’Ambrym, les partenaires ont également intégré des informations sur l’égalité des sexes et la gestion de l’hygiène menstruelle lors de leurs échanges avec les communautés.

Nous avons également attiré l’attention sur le manque d’accès à la terre et aux revenus des communautés déplacées, à l’exposition à la violence et aux retards dans l’éducation des enfants lorsque nous plaidions auprès du gouvernement. Nous en sommes maintenant à la phase de reconstruction d’Ambae et nous travaillons avec le Cabinet du Premier ministre pour veiller à ce que tous les secteurs incluent des actions et des budgets pertinents pour le genre et la protection dans les programmes relevant du plan de relance d’Ambae et des îles touchées.

Quel a été le rôle des femmes dans les diverses crises au Vanuatu au cours de la dernière année ?

Les femmes sont un élément vital de l’intervention humanitaire, et les situations d’urgence ayant cours offrent une occasion d’accroître leur participation et leur leadership dans l’action humanitaire. Au ministère des Affaires féminines, par exemple, sept des dix membres du personnel qui ont participé à la direction des interventions dans différentes provinces sont des femmes. Le Bureau national de gestion des catastrophes et les ONG ont impliqué des cadres féminins dans la coordination et l’intervention en situation d’urgence. Le Centre de femmes du Vanuatu a également été très actif dans les efforts de prévention de la violence basée sur le genre en situation de crise et a apporté son soutien aux services de conseil, de santé, d’assistance juridique et d’accès à la justice pour les victimes de violence.

Au niveau des communautés, les femmes jouent un rôle central dans la préparation aux catastrophes et dans la conception d’activités d’intervention et de résilience qui répondent aux besoins et aux réalités de leurs communautés. Les partenaires du groupe genre et protection mettent en œuvre des programmes impliquant les femmes au sein des comités communautaires concernés par les catastrophes et les changements climatiques et renforçant la voix des femmes dans la prise de décision au niveau local. Mais nous avons besoin de plus de femmes occupant des postes de direction au sein des communautés, du secteur humanitaire et des ministères et départements qui prennent des décisions en matière de politique, de planification et d’allocation de ressources financières.

Quels sont les plus grands défis auxquels vous êtes confrontée dans votre travail au Vanuatu ?

Depuis mon arrivée au Vanuatu il y a un an, il y a eu cinq catastrophes naturelles dues aux éruptions volcaniques à Ambae, aux éruptions volcaniques et au tremblement de terre à Ambrym, à un tsunami affectant Aneityum, au cyclone tropical Oma et, plus récemment, au scarabée rhinocéros du cocotier, qui a le potentiel de détruire les moyens de subsistance de dizaines de milliers de personnes s’il n’est pas traité. Ces catastrophes ont poussé les gens à laisser leurs maisons, leurs terres et leurs emplois. L’intégration au sein de nouvelles communautés n’a pas été un processus facile pour les personnes déplacées. Certaines vivent toujours sous des tentes à Santo et il existe des tensions entre les personnes déplacées et les communautés d’accueil en raison du manque de services et de ressources essentiels sur les sites de réinstallation.

La violence à l’égard des femmes et des enfants, la séparation des familles, la prise en compte inclusive des groupes marginalisés et la possibilité pour les personnes d’accéder aux services de tous les secteurs font partie des principaux problèmes traités par le groupe sectoriel sur le genre et la protection dans les situations d’urgence. Bien que nous ayons pu élaborer des politiques, nous avons besoin de les appliquer au niveau des communautés. Pour ce faire, nous devons être plus conscients du fait que la prise en compte du genre et de la protection dans l’action humanitaire sauve des vies et que la planification et la budgétisation doivent en tenir compte. Davantage d’initiatives sont également nécessaires pour préparer les communautés aux effets des catastrophes naturelles et pour garantir leur soutien pendant les phases de relance.

Quelles approches innovantes ont fonctionné jusqu’à présent ?

L’écoute des communautés et des solutions pilotées par les communautés a été essentielle dans les programmes développés par les partenaires du groupe genre et protection. Au Vanuatu, nous avons des systèmes confessionnels et de chefferie très puissants, et le groupe sectoriel genre et protection travaille avec les deux groupes à la préparation aux catastrophes, aux situations d’urgence et à la relance. Les partenaires ont formé des chefs d’église et des chefs à la protection, à la consolidation de la paix, à la prévention de la violence et aux services d’aiguillage au niveau de la communauté. Les églises sont souvent utilisées comme centres d’évacuation et en phase de relance, le Conseil chrétien de Vanuatu a établi une carte des églises et a évalué l’intégration de la conception dans différentes îles.

Le Centre de femmes du Vanuatu a formé les chefs confessionnels et les chefs à devenir des défenseurs masculins et, parmi les autres partenaires inclus, on compte des chefs locaux à travers leurs activités de sensibilisation veillant à s’assurer que le leadership et la voix des femmes soient pris en compte dans les programmes d’intervention. Le groupe conjoint genre, protection et santé de l’État d’urgence d’Ambae a également été le premier du genre au Vanuatu et a démontré que la collaboration entre différents secteurs et ministères peut accroître l’accès aux services pour les plus vulnérables.

À partir des enseignements tirés des catastrophes récentes, nous travaillerons au cours de la prochaine année au renforcement de la préparation et de l’intervention au niveau local ainsi qu’à l’élaboration de protocoles pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles en situation d’urgence. Nous formerons également les gouvernements, les ONG partenaires et les dirigeants communautaires en genre et protection à l’action humanitaire et à la mise en place de comités sur les questions de genre et de protection dans chacune des six provinces du Vanuatu.