Tout ce que vous devez savoir sur la promotion de l’égalité salariale

Date : lundi 14 septembre 2020

Credit: Veronica Grech

Les travailleurs du monde entier attendent avec impatience le jour du versement de leur salaire. Recevoir son salaire peut apporter un sentiment de soulagement, de satisfaction ou de joie, mais cela peut aussi représenter une injustice, une expression d’inégalités persistantes entre les hommes et les femmes sur le lieu de travail.

À l’échelle mondiale, l’écart de rémunération entre les sexes se situe à 16 pour cent, ce qui signifie que les travailleuses gagnent en moyenne 84 pour cent de ce que gagnent les hommes. Pour les femmes de couleur, les migrantes ou les femmes ayant des enfants, la différence est encore plus prononcée.

Ces écarts de rémunération s’additionnent et ont des conséquences négatives réelles et quotidiennes pour les femmes et leurs familles. Les effets négatifs sont encore exacerbés par les crises. On estime que les effets généralisés de la COVID-19 pourraient pousser 96 millions de personnes vers l’extrême pauvreté d’ici 2021, portant à 435 millions le nombre total de femmes et de filles vivant avec 1,90 dollar par jour.

À l’occasion de la première Journée internationale de l’égalité salariale, le 18 septembre, examinez plus attentivement l’écart salarial entre les sexes et ce qui peut être fait pour le combler.

Qu’entend-on par salaire égal pour un travail de valeur égale ?

L’égalité de rémunération signifie que tous les travailleurs ont le droit de recevoir une rémunération égale pour un travail de valeur égale. Bien que le concept reflète un principe assez évident, il s’est avéré difficile de déterminer ce qu’implique l’égalité salariale et la manière dont elle est appliquée dans la pratique.

Un « travail de valeur égale » peut signifier un emploi identique ou semblable, mais également un emploi qui n’est pas le même, mais qui est de valeur égale. Cette distinction est importante parce que même si le travail des femmes et des hommes peut englober différents types de qualifications, compétences, responsabilités ou conditions de travail, il peut cependant être de valeur égale, et par conséquent mériter un salaire égal.

Chidi King, directrice du Département de l’égalité de la Confédération syndicale internationale et membre de l’initiative « Champions de l’égalité salariale » d’ONU Femmes et de l’OIT, indique à titre d’exemple qu’un emploi dans le secteur de la construction, dominé par les hommes, peut avoir une valeur objective identique ou similaire à un emploi dans le secteur de la garde d’enfants dominé par les femmes. Et pourtant, le travail de garde d’enfants est susceptible d’être moins bien payé.

En juillet dernier, la Nouvelle-Zélande a adopté un projet d’amendement à la loi sur l’égalité salariale, même si la loi existante garantissait déjà que les femmes et les hommes seraient rémunérés à parts égales pour le même travail. La nouvelle loi garantit que les femmes et les hommes seront rémunérés de façon égale pour un travail différent mais de valeur égale, y compris dans les industries où les femmes sont traditionnellement sous-payées.

La notion de « rémunération » ne se limite pas à un salaire de base ; il s’agit de tous les éléments de la rémunération. En plus des salaires, les formes de rémunération incluent les heures supplémentaires, les primes, les indemnités de déplacement, les actions de l’entreprise, l’assurance et d’autres avantages. Comme un salaire de base ne constitue souvent qu’une petite partie de la rémunération totale d’un travailleur, il est donc important d’intégrer toutes les formes de paie dans l’équation.

Pourquoi l’écart salarial entre les sexes persiste-t-il ?

L’écart salarial entre les sexes est enraciné dans les inégalités systémiques. Les femmes, en particulier les migrantes, sont surreprésentées dans l’économie informelle dans le monde entier. Regardez autour de vous : les vendeurs de rue, les employés de maison, les employés de café et les agriculteurs de subsistance sont souvent des femmes. Elles occupent des emplois informels qui échappent souvent aux domaines du droit du travail, les piégeant dans des environnements de travail peu rémunérateurs et dangereux, sans avantages sociaux. Ces mauvaises conditions pour les travailleuses perpétuent l’écart salarial entre les sexes.

En plus de la surreprésentation dans les emplois précaires et informels, les femmes accomplissent trois fois plus de tâches familiales et domestiques que les hommes, à l’échelle mondiale. Ceci comprend les tâches ménagères comme la cuisine, le nettoyage, l’approvisionnement en bois de chauffe et en eau, ainsi que la prise en charge des enfants et des personnes âgées. Bien que les tâches familiales constituent l’ossature de la prospérité des familles, des communautés et des économies, elles demeurent sous-évaluées et peu reconnues. Essayez de calculer votre charge de travail quotidienne avec le calculateur de tâches familiales non rémunérées d’ONU Femmes.

La pénalité de maternité est un autre facteur de disparité salariale. En moyenne, les mères qui travaillent sont moins bien payées que les autres et la disparité augmente à mesure que le nombre d’enfants augmente. Le fait que les mères reçoivent des salaires plus bas peut être lié à un temps de travail réduit ou à l’emploi dans des activités permettant de mieux concilier vie professionnelle et vie familiale mais qui ont tendance à être moins rémunératrices, aux décisions d’embauche et de promotion qui pénalisent la carrière des mères, ainsi qu’à l’absence de programmes visant à soutenir le retour à l’emploi des femmes qui ont quitté le marché du travail.

Les effets durables des rôles restrictifs et traditionnels masculins et féminins sont également responsables de la création et du maintien des inégalités salariales. Les stéréotypes sexistes éloignent les femmes des professions traditionnellement dominées par les hommes et les poussent vers un travail axé sur les soins qui est souvent considéré comme « non qualifié » ou « peu qualifié », et donc moins bien rémunéré.

Par ailleurs, les pratiques d’embauche et les décisions de promotion discriminatoires qui empêchent les femmes d’exercer des fonctions de direction et d’occuper des postes bien rémunérés maintiennent l’écart salarial entre les sexes. « Il ne s’agit pas seulement d’écart salarial, il est aussi question de l’écart des opportunités, et la simple aspiration à être considérée comme égale est un défi à relever », déclare Abby Wambach, figure emblématique du sport, double médaillée d’or des Jeux olympiques et championne de la Coupe du monde féminine de la FIFA. Après avoir pris sa retraite du football, Abby Wambach s’est rendu compte qu’elle avait marqué plus de buts que tout autre homme, mais qu’elle avait été beaucoup moins bien payée. « Si vous pensez que vous êtes traitée injustement, n’attendez pas, de crainte de faire des vagues : faites des vagues », affirme-t-elle.

Pourquoi l’égalité salariale est-elle une question urgente à présent ?

L’égalité salariale est importante parce qu’il s’agit d’une injustice flagrante et que des millions de femmes et de familles vivent dans la pauvreté et le manque d’opportunités.

Que faut-il faire ? 

À mesure que les gouvernements élaborent des politiques visant à faire face aux retombées de la crise mondiale provoquée par la COVID-19, il est urgent que nous mettions les travailleuses sur un pied d’égalité avec les hommes. Les femmes constituent la majorité des travailleurs de première ligne de la pandémie. Elles fournissent des services de santé et de soins essentiels et sont donc exposées à une multitude de risques et de stress supplémentaires. En outre, 305 millions d’emplois à temps plein ont été perdus depuis le début de la pandémie et, contrairement à de nombreuses crises économiques antérieures durant lesquelles les pertes d’emplois ont souvent été les plus importantes dans les industries dominées par les hommes, cette crise touche de plein fouet le travail des femmes au moins autant que celui des hommes, si ce n’est pas encore plus.

Alors que de plus en plus de femmes font face à des difficultés économiques en raison de la COVID-19, la lutte pour l’égalité salariale revêt un nouveau caractère d’urgence, car les personnes qui gagnent le moins sont les plus touchées par les disparités de revenu. Aux États-Unis, les femmes noires ne gagnent que 62 cents, les femmes autochtones 57 cents et les femmes hispaniques 54 cents pour chaque dollar que les hommes blancs gagnent. Lorsque le budget est serré, l’insuffisance des salaires peut empêcher les femmes et les familles de faire bouillir la marmite, de se procurer un logement sûr et d’avoir accès aux soins médicaux et à l’éducation indispensables, et ces conséquences peuvent perpétuer des cycles de pauvreté d’une génération à l’autre.

Que révèlent les données sur l’égalité salariale dans le monde ?

L’inégalité salariale est un problème tenace et universel. Malgré des progrès significatifs dans l’éducation des femmes et des taux plus élevés de participation des femmes au marché du travail dans de nombreux pays, la réduction de l’écart de rémunération entre les sexes a été trop lente. À ce rythme, il faudra 257 ans pour atteindre la parité économique.

Le salaire moyen des travailleuses est généralement inférieur à celui des hommes dans tous les pays et pour tous les niveaux d’éducation et groupes d’âge. Les femmes travaillant dans les industries dominées par les hommes gagnent peut-être davantage que celles qui sont employées dans des industries dominées par les femmes, mais l’écart salarial entre les sexes persiste dans tous les secteurs.

Bien que les estimations de l’écart salarial entre les sexes puissent varier considérablement d’une région à l’autre et même à l’intérieur d’un même pays, les pays à revenu plus élevé ont tendance à afficher des niveaux d’inégalité salariale inférieurs à ceux des pays à revenu faible ou intermédiaire. Toutefois, les estimations de l’écart de rémunération entre les sexes sous-estiment l’ampleur réelle de la question, en particulier dans les pays en développement, en raison du manque d’informations sur les économies informelles, qui sont composées de façon disproportionnée de travailleuses. Le tableau complet est donc probablement pire que ce que les données disponibles nous indiquent.

Cliquez ici pour explorer les données de l’Organisation internationale du Travail sur l’écart de rémunération entre les sexes.

Quelle est la prochaine étape ? Des mesures pour promouvoir l’égalité salariale

Le comblement de l’écart de rémunération entre les sexes exige un ensemble de mesures favorisant un travail décent pour tous. Cela comprend des mesures qui favorisent la formalisation de l’économie informelle, qui placent les travailleurs informels sous l’égide d’une protection légale et efficace et qui leur permettent de mieux défendre leurs intérêts.

Chidi King, experte des questions d’égalité salariale, affirme que « l’un des moyens les plus efficaces et les plus rapides de réduire les écarts salariaux entre les sexes consiste à offrir des salaires minimums suffisants (ou salaires planchers) et une protection sociale universelle ». Comme les femmes sont surreprésentées dans les emplois peu rémunérés, des salaires minimums suffisants et des protections sociales leur seraient nettement plus profitables.

Chidi King affirme également que l’adoption généralisée de lois proactives sur l’équité salariale, qui obligent les employeurs à examiner régulièrement les pratiques de rémunération, à évaluer les écarts salariaux entre les sexes et à prendre des mesures pour les éliminer, contribuerait à combler l’écart. La transparence des critères et des décisions en matière de rémunération au sein des entreprises pourrait également contribuer à la prévention des préjugés sexistes.

Garantir aux travailleurs le droit de se syndiquer et de négocier des conventions collectives est un élément de solution important. Il est d’importance cruciale que les femmes participent aux structures de direction des employeurs et des syndicats, en élaborant une législation instaurant des cadres juridiques complets favorisant l’égalité des sexes sur le lieu de travail.