Mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles : quelques faits et chiffres

Une pandémie aux formes variées

  • D’après les données nationales disponibles en fonction des pays, jusqu’à 70 pour cent des femmes sont confrontées à la violence physique ou sexuelle au cours de leur existence. La plupart du temps, la violence apparaît dans le cadre de relations intimes et de nombreuses femmes désignant leur conjoint ou partenaire comme étant l’auteur des violences perpétrées [1].
  • On estime que près de la moitié des femmes assassinées en 2012 l’ont été par leur partenaire intime ou par un membre de leur famille [2].
  • La plupart du temps, la violence envers les femmes est gardée sous silence. Par exemple, une étude basée sur des entretiens avec 42 000 femmes des 28 États membres de l’Union européenne a révélé que seulement 14 pour cent des femmes signalaient à la police le fait de violence le plus grave commis par un(e) partenaire intime et 13 pour cent le fait de violence le plus grave commis par une autre personne [3].
  • À l’échelle mondiale, plus de 700 millions de femmes actuellement en vie se sont mariées alors qu’elles étaient encore enfants (avant l’âge de 18 ans). Parmi celles-ci, plus d’une sur trois s’est mariée avant son 15e anniversaire — ce qui représente environ 250 millions de femmes. Les enfants mariées n’ont souvent pas la possibilité de négocier des rapports sexuels protégés, ce qui les rend vulnérables aux infections sexuellement transmissibles, dont le VIH/sida, ainsi qu’à la maternité précoce. Le manque de maturité physique qui empêche les filles de mettre au monde leurs enfants fait courir des risques tant à ces mères qu’à leurs bébés. En outre, une fille pauvre est 2,5 fois plus susceptible de se marier pendant son enfance qu’une fille issue du quintile le plus riche de la population [4].
  • Dans tous les pays pour lesquels des données sont disponibles, les responsables de violence physique les plus souvent cités par les femmes mariées ou qui l’ont été sont leurs partenaires actuels ou passés [5].
  • Environ 120 millions de filles dans le monde (soit un peu plus d’1 sur 10) ont déjà été forcées à avoir des relations sexuelles ou à s’adonner à d’autres actes de nature sexuelle à un moment donné dans leur vie [6].
  • Dans les 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient où ces pratiques néfastes sont les plus courantes, plus de 133 millions de filles et de femmes ont subi l’une ou l’autre forme de mutilations génitales féminines (MGF). En plus de l’extrême souffrance physique et psychologique qu’elles endurent, les filles qui subissent des MGF risquent des saignements prolongés, une infection (notamment par le VIH/sida), la stérilité, des complications au cours de la grossesse et la mort [7].
  • Des millions de femmes et de filles, victimes de la traite des êtres humains, se retrouvent prises au piège de l’esclavage moderne. À l’échelle mondiale, les femmes et les filles représentent 55 pour cent des victimes du travail forcé, estimées à 20,9 millions dans le monde, et 98 pour cent des victimes d’exploitation sexuelle, estimées à 4,5 millions [8].
  • Dans les pays de l’Union européenne, entre 40 et 50 pour cent des femmes subissent des avances sexuelles ou des contacts physiques indésirés ou d’autres formes de harcèlement sexuel au travail [9].
  • Aux États-Unis, dans les écoles publiques, 83 pour cent des filles de la 8e à la 11e année (de 12 à 16 ans) ont déjà été victimes de l’une ou l’autre forme de harcèlement sexuel [10].

D’autres formes de vulnérabilité

  • Les femmes vivant dans des zones urbaines sont deux fois plus susceptibles que les hommes de subir des violences, surtout dans les pays en voie de développement [11].
  • À New Delhi, selon une étude réalisée en 2010, 66 pour cent des femmes disent avoir été victimes de harcèlement sexuel entre deux et cinq fois au cours de l’année écoulée [12].
  • Des recherches réalisées dans différents pays ont fait état de liens entre le VIH/sida et la violence physique et/ou sexuelle, celle-ci étant aussi bien un facteur de risque pour la contamination par le VIH/sida qu’une conséquence potentielle du diagnostic de séropositivité [13]. Une dizaine d’années de recherches basées sur des enquêtes transversales dans des pays africains dont le Rwanda, la Tanzanie et l’Afrique du Sud, et plus récemment en Inde, ont systématiquement montré que les femmes qui avaient été victimes de violence domestique risquaient davantage d’être contaminées par le VIH/sida [14].
  • Aux États-Unis, chez les femmes de plus de 20 ans, 11,8 pour cent des nouvelles infections par le VIH décelées au cours de l'année écoulée étaient attribuées à des violences exercées par un partenaire intime [15].

Le coût élevé de la violence

  • Les coûts annuels attribués à la violence conjugale ont été calculés et estimés à 5,8 milliards de dollars aux États-Unis en 2003 [16] et à 22,9 milliards de livres sterling en Angleterre et au Pays de Galles en 2004 [17].
  • Une étude réalisée en Australie en 2009 a estimé le coût de la violence envers les femmes et les enfants à 13,6 milliards de dollars australiens par an [18].
  • Une estimation récente du coût de la violence domestique envers les femmes au niveau des ménages pour l’économie du Viet Nam suggère que les dépenses directes et les revenus perdus représentent près de 1,4 pour cent du PIB de ce pays. Toutefois, la perte globale de productivité est estimée à 1,8 pour cent du PIB [19].

Notes

[1] Organisation Mondiale de la Santé, Estimations globales et régionales de la violence à l’égard des femmes. http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/85239/1/9789241564625_eng.pdf, p. 2. Voir la compilation des données complètes dans le rapport d'ONU Femmes, 2012 : Données sur la prévalence de la violence contre les femmes : études par pays.

[2] Étude mondiale sur l’homicide de l’ONUDC : 2013 http://www.unodc.org/documents/gsh/pdfs/2014_GLOBAL_HOMICIDE_BOOK_web.pdf

[3] Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, Violence à l’égard des femmes : une enquête à l’échelle de l’UE, 2014, Avant-propos, p. 3, http://fra.europa.eu/sites/default/files/fra-2014-vaw-survey-at-a-glance_fr_0.pdf

[4] Ending Child Marriage: Progress and Prospects (« Abolir le mariage des enfants : progrès accomplis et perspectives d’avenir »), http://www.unicef.org/media/files/Child_Marriage_Report_7_17_LR..pdf

[5] UNICEF, Hidden in Plain Sight: A Statistical Analysis of Violence against Children (« Cachée sous nos yeux : une analyse statistique de la violence envers les enfants »), http://www.unicef.org/publications/files/Hidden_in_plain_sight_statistical_analysis_Summary_FR_2_Sept_2014.pdf

[6] UNICEF, Hidden in Plain Sight: A Statistical Analysis of Violence against Children (« Cachée sous nos yeux : une analyse statistique de la violence envers les enfants »),  http://www.unicef.org/publications/files/Hidden_in_plain_sight_statistical_analysis_Summary_FR_2_Sept_2014.pdf

[7] UNICEF, Female Genital Mutilation/Cutting: What might the future hold (« Mutilations génitales féminines/excision : que pourrait nous réserver l’avenir ? »), http://www.unicef.org/media/files/FGM-C_Report_7_15_Final_LR.pdf

[8] Chiffre calculé selon des données de la période de référence des années 2002-2011. Organisation Internationale du Travail, 2012. « ILO Global Estimate of Forced Labour : Results and Methodology », p. 14. Genève.

[9] Direction Générale Emploi, Relations Industrielles et Affaires Sociales, 1998, « Harcèlement sexuel au travail dans l’Union européenne », p. iii, Bruxelles, Commission européenne. Cité par l’Assemblée générale des Nations Unies, 2006, « Étude approfondie de toutes les formes de violence à l’égard des femmes : rapport du Secrétaire général », A/61/122/Add.1, p. 42, New York.

[10] Sur la base d’une étude représentative au niveau national réalisée auprès d’élèves, filles et garçons, de la 8e à la 11e année. American Association of University Women (Association américaine des femmes universitaires), 2001, « Hostile Hallways: Bullying, Teasing, and Sexual Harassment in School » (« Des couloirs hostiles : l’intimidation, les moqueries et le harcèlement sexuel à l’école »), p. 4, Washington. Cité par l’Assemblée générale des Nations Unies, 2006, « Étude approfondie de toutes les formes de violence à l’égard des femmes : rapport du Secrétaire général », A/61/122/Add.1, p. 42, New York.

[11] F. Vanderschueren, 2000, « The Prevention of Urban Crime » (« La prévention de la délinquance urbaine »). Document présenté au Sommet Africités 2000, Windhoek, Namibie. Cité par l’ONU-HABITAT, 2006, State of the World’s Cities 2006/2007 (L’état des villes dans le monde 2006/2007), p. 144, Nairobi.

[12] JAGORI et ONU Femmes (2010).  Rapport sur l’étude de référence. Disponible en anglais à l’adresse : http://jagori.org/wp-content/uploads/2011/03/Baseline-Survey_layout_for-Print_12_03_2011.pdf.

[13] Organisation mondiale de la santé et ONUSIDA, 16 Ideas for addressing violence against women in the context of the HIV epidemic (« 16 idées pour lutter contre la violence envers les femmes dans le contexte de l’épidémie de VIH/sida »), http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/95156/1/9789241506533_eng.pdf, p. 1

[14] Rachel K. Jewkes et Robert Morell, « Gender and sexuality: emerging perspectives from the heterosexual epidemic in South Africa and implications for HIV risk and prevention » (« Genre et sexualité : perspectives émergeant de l’épidémie chez les hétérosexuels en Afrique du Sud et conséquences pour le risque de VIH/sida et la prévention de celui-ci »), J Int AIDS Soc. 2010 ; 13 : 6.

[15] Basé sur une étude représentative au niveau national. J. Sareen, J. Pagura et B. Grant, 2009, « Is Intimate Partner Violence Associated with HIV Infection among Women in the United States? » (« Existe-t-il un lien entre la violence exercée par un partenaire intime et l'infection des femmes par le VIH aux États-Unis ? ») General Hospital Psychiatry (Psychiatrie clinique générale), 31(3), p. 277, Manitoba.

[16] Ce chiffre comprend les coûts directs des soins de santé et les pertes indirectes de productivité liés à la violence exercée par un partenaire intime, sur la base des estimations annuelles de 1995. National Center for Injury Prevention and Control (Centre national de prévention et de contrôle des blessures), 2003, Costs of Intimate Partner Violence Against Women in the United States (Les coûts de la violence conjugale envers les femmes aux États-Unis), p. 2, Atlanta, Centers for Disease Control and Prevention (Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies). Cité par l’Assemblée générale des Nations Unies, 2006, « Étude approfondie de toutes les formes de violence à l’égard des femmes : rapport du Secrétaire général », A/61/122/Add.1, p. 137, New York.

[17] Ce chiffre inclut les dépenses directes et indirectes exposées par les personnes, les employeurs et l’État en raison de violences. S. Walby, 2004, The Costs of Domestic Violence (Les coûts de la violence domestique), p. 12, Leeds, Service de la condition féminine et de l’égalité et Université de Leeds.

[18] Données calculées pour les violences exercées ou non par un partenaire intime, basées sur les taux de prévalence estimés pour 2007-2008, y compris, entre autres, les coûts personnels et publics directs et indirects liés à la souffrance, à la santé ainsi qu’aux dépenses juridiques et liées à l’emploi. The National Council to Reduce Violence against Women and their Children (Conseil national chargé de la réduction de la violence à l’égard des femmes et de leurs enfants), 2009, p. 4, Canberra, Commonwealth d’Australie.

[19] ONU Femmes Viet Nam, Estimating the cost of domestic violence against women in Viet Nam (« Estimation du coût de la violence domestique envers les femmes au Viet Nam »), décembre 2012.