Pourquoi le leadership des femmes ne fait-il pas les gros titres ?

Cinq récits sur le leadership des femmes

Date : lundi 14 septembre 2020

La question n’a jamais été de savoir si les femmes peuvent diriger avec autant de compétence que les hommes. Les femmes ont toujours dirigé, et les femmes dirigeront toujours, surtout lorsque les temps sont difficiles et leurs communautés sont dans le besoin.

La question que nous devons nous poser est la suivante : pourquoi le leadership des femmes est-il invisible ? Pourquoi leur potentiel et leur force sont-ils entravés ?

En pleine pandémie mondiale, nous trouvons des femmes en première ligne, en tant que chefs de gouvernement, législatrices, travailleurs de la santé, leaders communautaires et dans bien d’autres fonctions. Bien que les organisations de femmes et les groupes communautaires assurent une grande partie de la responsabilité de prévention de la propagation du virus et viennent en aide à celles et ceux dont les besoins sont les plus élevés, elles sont continuellement exclues des processus de prise de décisions.

Aujourd’hui, les femmes sont des chefs d’État et de gouvernement dans seulement 21 pays, malgré des dossiers solides démontrant que leur leadership rend le processus décisionnel plus inclusif et la gouvernance plus représentative, même pendant cette pandémie. Les hommes représentent encore 75 pour cent des parlementaires et occupent 73 pour cent des postes de direction. La plupart des négociateurs dans les processus de paix formels sont également des hommes.

Cette année, la Journée internationale de la démocratie vient rappeler que le déverrouillage de la vision, des expériences et du leadership des femmes est essentiel pour le relèvement au mieux de cette pandémie.

Comment les femmes sont en charge du bien-être de toutes et tous, en seulement cinq récits que vous avez peut-être manqués.

1. Démontrer le leadership solide des femmes au cours de la pandémie

Her Excellency Vjosa Osmani is a Doctor of Legal Sciences, former professor and mother of two girls. Photo: Office of the Assembly President
Son Excellence Vjosa Osmani est docteur en sciences juridiques. Elle est une ancienne professeure et mère de deux filles. Photo : Bureau de la présidence de l’Assemblée du Kosovo.
 

De l’Allemagne à la Nouvelle-Zélande et au Danemark jusqu’en Islande, les dirigeantes ont démontré de la clarté, de l’empathie et un sens solide de la communication dans leurs décisions et leurs politiques pendant la pandémie de COVID-19. Vjosa Osmanu, la première femme présidente de l’Assemblée du Kosovo, est parmi les nombreuses dirigeantes les plus appréciées pour leur leadership pendant la crise.

Ancienne professeure et mère de deux filles, Mme Osmanu est une ardente défenseure de la représentation des femmes en politique. « Lorsque les femmes occupent des fonctions de haut niveau sur le plan politique et étatique, elles contribuent à l’adoption de politiques plus équilibrées, plus sensibles à la dimension de genre, plus respectueuses de l’environnement, et plus avant-gardistes », déclare-t-elle.

Pendant la pandémie, les femmes du Kosovo ont été confrontées à des niveaux de vulnérabilité élevés. Comme cela a été le cas dans de nombreux pays, le Kosovo a connu une augmentation des cas de violence domestique depuis l’introduction des mesures de confinement. « Je fais constamment entendre ma voix sur les aspects de la pandémie touchant au genre, en partageant des faits pertinents et de l’information, tout en surveillant de près toutes les mesures prises par le gouvernement », dit-elle.

En œuvrant pour la protection des populations vulnérables aux menaces liées à la crise de COVID-19, elle s’est jointe à la campagne menée au Kosovo par ONU Femmes contre la violence domestique et a collaboré étroitement avec l’UNICEF sur des questions relatives à la santé et au bien-être des familles.

« Un nombre limité de femmes occupent des postes de direction au niveau mondial, et la même situation prévaut au Kosovo. L’on ne peut pas atteindre la productivité sociale alors que des personnes sont marginalisées et doivent faire face à de la discrimination et à des barrières sexistes », dit-elle, ajoutant que tant les hommes que les femmes doivent contribuer aux efforts visant à placer davantage de femmes à des postes de responsabilité.

Lire l’interview complète ici.

2. Lutte en première ligne contre l’insécurité alimentaire

Women at Peace Village in Jetis, Central Java. Women’s groups' members have been taking central roles as community volunteers in stepping up to stop the spread of COVID-19. Photo courtesy of Wahid Foundation.
Femmes dans le village de la paix (Peace Village) de Jetis, au centre de Java. Les membres des groupes de femmes ont joué un rôle crucial en tant que bénévoles de la communauté dans le renforcement des mesures prises pour freiner la propagation de la COVID-19. Photo avec l’aimable autorisation de la Wahid Foundation.

Les principes démocratiques sont un élément central du projet GUYUB, une initiative qui apporte un soutien essentiel aux femmes en Indonésie pendant la crise de la COVID-19. « Guyub » en indonésien signifie « s’entendre » ou « vivre ensemble ». C’est une philosophie qui met les communautés en relation entre elles, même si les mesures de distanciation et de confinement ont perturbé la vie en société.

Mis en œuvre conjointement par ONU Femmes et par le PNUD, le projet a procédé récemment à la distribution de produits alimentaires et d’hygiène à des familles dans dix villages de la paix à travers l’île de Java. Une fois arrivés dans les villages, les produits emballés ont été distribués par une équipe de travail dirigée par des femmes, en partenariat avec l’ONG indonésienne Wahid Foundation.

« Les restrictions sociales à grande échelle qui ont été imposées dans notre ville ont créé un défi pour nous.., pour acheter, préparer et distribuer des produits alimentaires et des kits d’hygiène emballés », a expliqué Siti Yulaikha, membre du groupe de travail de Sidomulyo, à Batu, dans l’est de Java. Mais les dirigeantes ont utilisé un site qui avait servi auparavant comme comptoir de dépannage alimentaire et, bien que les déplacements étaient limités, elles ont réussi à distribuer les colis aux membres de la communauté les plus démunis.

« Les résidents sont reconnaissants pour les colis de nourriture, car de nombreuses épiceries et marchés sont fermés. Elles ont également utilisé les kits d’hygiène, les désinfectants et le savon non seulement chez elles, mais aussi dans des endroits publics, tel que le poste de sécurité du village », indique Yulaikha.

Pour protéger la santé dans leurs villages, les membres du groupe de travail ont également rempli d’autres rôles importants en matière de prévention du virus, en désinfectant les espaces publics, en produisant et distribuant des masques, et en sensibilisant les populations aux protocoles sur la santé. Elles ont également mis en place un centre pour la collecte de données sur le coronavirus, le suivi des contacts et les contrôles de santé.

Leur adaptation souple aux circonstances difficiles ne s’arrête pas là ; lorsque de nombreuses femmes ont constaté que leurs revenus diminuaient en raison de la fermeture des marchés et de la perte d’occasions de réaliser des affaires, elles se sont rappelé les enseignements tirés de formations préalables à l’entrepreneuriat et ont créé un groupe WhatsApp pour servir de marché en ligne.

« Les propriétaires d’étals de produits alimentaires ont utilisé WhatsApp pour prendre des commandes de nourriture à emporter ou à livrer à domicile. Ces efforts les ont aidées à obtenir des revenus soutenus et d’importance vitale pendant la pandémie », déclare Yulaikha.

3. Efforts de prévention du virus menés en Libye

Women peacebuilders are using their mobile phones to support COVID-19 response efforts in Libya. Photos: Courtesy of Libyan Women’s Network for Peacebuilding.
En Libye, les appareils mobiles sont devenus essentiels pour aider les médiatrices de la paix à poursuivre leur travail en faveur d’un cessez-le-feu et pour donner suite à des cas de menaces de violence contre les femmes. Photo : Avec la permission du Réseau des femmes libyennes pour la paix.

En avance sur une grande partie du monde du travail, les 36 femmes du Réseau des femmes libyennes pour la paix étaient habituées à se mettre en rapport les unes avec les autres par téléphone et par ordinateur bien avant la pandémie. Séparées par les divisions dans leurs pays, les dirigeantes venant de différents milieux sur le plan social, générationnel et géographique sont en communication entre elles sur WhatsApp et Zoom depuis juillet 2019 pour discuter de stratégies en faveur de la consolidation de la paix.

« Nous sommes convaincues que nous devons être une Libye unie », déclare un membre du réseau, qui a été mis sur pied avec le soutien d’ONU Femmes. Ses membres sont des militantes possédant une grande expérience ; chacune d’elles est connectée à son propre réseau régional de militantes œuvrant pour aider leur communauté. Lorsque la menace de la pandémie a été connue, les femmes ont rapidement adapté leur militantisme en ligne pour réagir à la situation.

Elles ont fait passer sur les radios nationales et locales des informations vitales sur le virus et sur sa propagation, elles ont fourni des produits de nettoyage et de désinfection aux foyers à faible revenu, et elles ont diffusé les numéros des lignes d’assistance par téléphone servant dans les cas de violence basée sur le genre. Elles se sont associées à d’autres organisations pour distribuer des masques et des gants dans les prisons et les centres de détention, et elles ont lancé un appel pour la libération des prisonniers dont la peine est brève ou pour ceux dont la peine est près de se terminer, surtout en faveur de celles et ceux qui sont âgés ou malades.

Vu que le réseau de femmes s’étend sur tout le pays, celles-ci ont des connaissances précieuses sur les besoins au niveau des régions, et elles ont joué un rôle déterminant dans la mise en évidence de questions humanitaires spécifiques aux populations du pays.

Malgré leur rôle vital dans la gestion des conflits et dans l’établissement de la paix au sein des familles et des communautés, les femmes libyennes sont rarement autorisées à se joindre à des sphères de décision et de négociation dominées par les hommes. Luttant contre plusieurs défis à la fois – les menaces contre le coronavirus et la marginalisation des femmes dans les processus de paix – ces dirigeantes continuent de pousser à l’instauration d’une Libye plus sûre, en meilleure santé et plus pacifique.

« Les femmes libyennes sont en première ligne dans la réaction aux problèmes, de la COVID-19 jusqu’aux conséquences horribles d’un conflit qui a divisé leur pays et a infligé des souffrances inimaginables à leurs communautés », déclare Begoña Lasagabaster, représentante d’ONU Femmes en Libye. « Il est grand temps qu’elles aient leur place légitime dans les pourparlers de paix et leur mot à dire sur l’avenir de la Libye. »

4. Éliminer les obstacles aux services de santé et à l’information pour les communautés autochtones

Waleska López Canú.  Photo Courtesy Waleska López Canú
Waleska López Canú.  Photo Courtesy Waleska López Canú

La doctoresse Waleska López Canú, qui est la directrice médicale de Wuqu’ Kawoq (Maya Health Alliance - Alliance médicale de la Maya), est fière d’être une Maya Kaqchikel. Son identité autochtone révèle en grande partie le travail qu’elle effectue pour le compte de la Maya Health Alliance, qui fournit des services médicaux dans les communautés les plus pauvres du Guatemala.

Depuis l’apparition de la pandémie, Mme López coordonne les traitements par télémédecine contre la malnutrition aiguë et chronique, la santé sexuelle et procréative et les maladies complexes et chroniques, afin que les patients puissent continuer à recevoir des soins vitaux, ce en dépit des mesures de confinement. Maya Health Alliance a également distribué de l’aide alimentaire à plus de 900 familles.

Outre la fourniture de traitements et d’assistance, l’organisation cherche à réduire les obstacles aux soins de santé, afin qu’ils soient accessibles à toutes et tous. Dans la lutte en cours contre la COVID-19, Mme López a constaté à quel point la langue peut être un obstacle à la communication sur la prévention du virus dans les communautés autochtones. Pour mieux servir ces groupes marginalisés, la Maya Health Alliance a créé en collaboration avec des institutions associées une série de vidéos, de bandes audio et de programmes radiophoniques adaptés aux contextes rural et autochtone, destinés à être distribués dans sept langues mayas ainsi qu’en espagnol.

Avec Mme López en tant que directrice médicale, la Maya Health Alliance a assumé divers autres rôles d’importance vitale en réponse à la COVID-19 : l’organisation facilite le partage de mesures de prévention entre les professionnels de la santé par le biais d’un groupe WhatsApp constitué de plus de 180 membres venant de plus de 100 organisations communautaires. Elle fournit également des équipements de protection individuelle aux étudiants en dernière année de médecine qui offrent des services dans les régions rurales, ainsi que des évaluations et de la formation en ligne aux professionnels de la santé.

« La crise causée par la pandémie a rendu visible notre dure réalité, qui a traditionnellement été négligée », explique Mme López. « Peu à peu, les femmes autochtones sont en train de prendre conscience de leur véritable rôle dans la famille et dans la société. Nous pouvons contribuer énormément, à partir de notre expérience de la vie et de la connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous voulons, ainsi qu’à travers les connaissances sur les besoins réels de la communauté elle-même. »

Lire plus sur Mme López et d’autres dirigeantes ici, dans un recueil de récits du Groupe de travail interaméricain sur le leadership des femmes. ONU Femmes est membre du groupe de travail, un organisme composé d’institutions interaméricaines et internationales clés qui œuvrent pour promouvoir et soutenir le leadership des femmes aux Amériques et dans les Caraïbes.

5. Prévenir la propagation de la COVID-19 dans les camps de réfugiés en Ouganda

Martha Achok raises awareness on how to prevent the spread of COVID-19 in Uganda. Photo: UN Women /Aidah Nanyonjo
Les médiatrices de la paix du camp de Nyumazi en Ouganda reçoivent des articles d’hygiène pour aider à mettre fin à la propagation de la COVID-19. Photo : ONU Femmes/Aidah Nanyonjo

Dans le camp de Bidibidi pour les réfugiés et les personnes déplacées du district de Yumbe en Ouganda, Joyce Maka attend à un point d’eau. Cette mère de trois enfants est une réfugiée du Soudan, arrivée en Ouganda lorsque son mari a été tué par des rebelles. Elle est l’une des 12 médiatrices de la paix dans la zone B du camp qui mènent maintenant la lutte contre la COVID-19.

Maka attend au point de distribution d’eau car, malgré les mesures de confinement, les personnes (généralement les femmes et les filles) doivent encore venir à cet endroit pour s’approvisionner en eau, faisant de lui un point stratégique pour la transmission d’informations vitales. Depuis l’apparition de la pandémie, la diffusion d’informations sur le virus a été difficile, vu que la plupart des réfugiés sont confinés chez eux.

« Nous les encourageons à rester à au moins deux mètres les unes des autres ; nous les incitons également à se laver les mains avant et après avoir pompé de l’eau », explique Maka. Dans leur rôle en tant que médiatrices, Maka et d’autres femmes agissent comme arbitres pour régler des litiges communautaires, y compris les questions de violence domestique, de mariages précoces et de droits fonciers. Cependant, lorsque la pandémie a frappé, les médiatrices sont passées à la prise de mesures de prévention de la COVID-19.

Les femmes ont appris l’importance du lavage des mains, de la distanciation physique, du port de masques, des tests et de la mise en quarantaine, et elles communiquent ces informations à toute la communauté, par le biais de morceaux de musique qu’elles ont composés, avec des paroles dans le dialecte local.

Gagner la confiance et la coopération de la communauté est un élément clé pour prévenir la propagation de la COVID-19. Il est donc important que les informations sur la santé proviennent de membres de confiance de la communauté, telles que les médiatrices. Leur leadership et leur engagement en faveur du bien-être de toutes et tous n’ont jamais été aussi cruciaux. Lire plus