Photoreportage : Aux Philippines, des travailleuses migrantes reconstruisent leur vie et s’entraident

Date : 16 septembre 2016

Ces vingt dernières années, quelque 172 000 femmes ont quitté les Philippines chaque année [1], en moyenne, pour aller chercher un travail décent et un revenu adéquat à l’étranger. Alors que la majorité des hommes qui quittent les Philippines pour travailler à l’étranger sont embauchés dans le secteur de l’industrie, les femmes trouvent, pour la plupart, des emplois domestiques où elles sont très vulnérables aux mauvais traitements et à l’exploitation. Mais lorsque des possibilités de migration sûres sont offertes, elles s’épanouissent et apportent des services et des revenus de valeur.
A global programme by UN Women, “Promoting and Protecting Women Migrant Workers’ Labour and Human Rights”, supported by the European Union and piloted in the Philippines, works to build the capacities of migrant women’s organizations and networks to better serve and assist women migrant workers.

ONU Femmes a lancé un programme mondial, « Promotion et protection des droits du travail et des droits humains des travailleuses migrantes », avec l’appui de l’Union européenne. Faisant actuellement l’objet d’un projet pilote aux Philippines, ce programme vise à renforcer les capacités des organisations et des réseaux de migrantes, pour mieux servir et prêter assistance aux travailleuses migrant à l’étranger. ONU Femmes s’est entretenue avec des travailleuses migrantes retournées de l’étranger et avec des responsables communautaires de La Union, province située à environ 400 km de Manille, où le programme soutient plusieurs organisations de migrantes. Voici leurs récits.


55-year old Virginia Carriaga.

« J’ai migré au Moyen-Orient comme travailleuse domestique parce que mon mari était sur le point de perdre son emploi en raison de problèmes de santé. J’ai assuré de très longues heures de travail. J’étais la seule employée de maison pour un ménage de dix personnes, et j’ai dû subir des violences verbales. Pendant un temps, mon salaire n’a pas été payé pendant plusieurs mois... », raconte Virginia Carriaga, 55 ans.

Après deux ans de mauvais traitements, Virginia est parvenue à fuir de son dernier lieu de travail au Liban et à demander assistance à l’ambassade des Philippines. Avant d’être rapatriée, pendant les deux mois qu’elle a passés dans un abri soutenu par l’ambassade à Beyrouth, elle est devenue la porte-parole d’autres travailleuses migrantes. Aujourd’hui, Mme Carriaga est une femme d’affaires, propriétaire d’une épicerie florissante dans la municipalité de Balaoan qu’elle a mise sur pied grâce à l’assistance et à la formation qu’elle a reçues de la part du gouvernement et d’organisations de travailleuses migrantes.


Primitiva Vanderpoorten

Primitiva Vanderpoorten, une infirmière à la retraite qui a travaillé plusieurs années au Royaume-Uni, a investi ses économies en propriétés foncières dans son pays natal. Aujourd’hui, elle met des locaux à son hôtel touristique de Luna à la disposition des réunions de Bannuar Ti La Union, une organisation de travailleuses migrantes, dont elle est d’ailleurs membre. « Même comme infirmière, des patients me faisaient des remarques offensantes. Ils me demandaient pourquoi j’étais dans leur pays et me disaient que je devais retourner dans mon propre pays ».


Virginia Estepa, a 62-year-old former woman migrant worker

« Mon fils n’est pas allé au bout de ses études secondaires, et il s’est trouvé mêlé à des actes de délinquance. Il m’a reproché de l’avoir laissé aux Philippines. Ai-je été une mauvaise mère, me suis-je demandée », raconte Virginia Estapa, 62 ans, ancienne travailleuse migrante, occupée aujourd’hui comme agente sanitaire dans un barangay (la plus petite division administrative) à Naguilian. Comme de nombreuses autres femmes, Estepa a migré outre-mer afin de nourrir sa famille. Lorsque des femmes quittent leur pays pour aller travailler et laissent leurs enfants derrière elles, on ignore souvent le coût social de l’impact de leur absence sur ces derniers. Des études montrent que ce sont les pères, les grand-mères et les familles étendues qui prennent les enfants en charge.


UN Women’s programme, piloting in three countries—Philippines, Mexico and Moldova—provides trainings to organizations and women migrant workers’ groups

Le programme d’ONU Femmes, qui fait l’objet de projets pilotes dans trois pays – aux Philippines, au Mexique et en Moldavie - offre des formations à des organisations et à des groupes de travailleuses migrantes afin de renforcer leurs aptitudes à défendre leur cause et leur connaissance des droits des migrantes, du développement organisationnel, de la planification stratégique et de la gouvernance d’entreprise. Des organisations et des groupes de travailleuses migrantes ont joué un rôle influent dans la diffusion de renseignements permettant à des femmes de migrer sans danger et de savoir signaler de mauvais traitements ou rechercher une assistance.


Carmelita Nulledo, 52, a former domestic worker from Singapore and Hong Kong

Cette formation en matière de développement des organisations a été particulièrement utile à Carmelita Nulledo, 52 ans, ancienne employée de maison à Singapour et Hong Kong, et aujourd’hui agricultrice et volontaire pour différentes organisations. « Ayant appris à planifier les actions lors de notre formation, nous avons œuvré à établir des cartes de populations et à mener des enquêtes simples au sein de la communauté. Ce travail produira des données sur les femmes migrantes et orientera les activités et politiques locales en matière de planification afin de répondre aux besoins des travailleuses migrantes », explique-t-elle. Comme nombre de migrantes touchées par le Projet, Nulledo s’est portée volontaire pour travailler au bureau local d’assistance aux travailleuses et travailleurs migrants et à leurs familles. « Mon expérience de la migration a été positive, et aujourd’hui je suis motivée à aider les autres », ajoute-t-elle.


Women migrant workers’ organizations in the Philippines also provide reintegration assistance to returnee women migrants

Les organisations de travailleuses migrantes aux Philippines offrent également une assistance à la réinsertion à des migrantes retournant au pays en leur proposant une formation en moyens de subsistance et en entrepreneuriat, et en les aidant à accéder à des programmes d’assistance, notamment à des bourses d’éducation et de formation, à des fonds de création d’entreprises, à des conseils commerciaux, et à des services juridiques et psychosociaux assurés par le gouvernement aux termes de la législation nationale et à travers des ordonnances locales.


Delilah Dulay, 40, works as a master cutter at the Aringay Bannuar Garments Production

Delilah Dulay, 40 ans, travaille comme cheffe coupeuse dans l’établissement Aringay Bannuar Garments Production, une usine de confection financée par le ministère du Travail et de l’Emploi et la collectivité locale d’Aringay, dans la province de La Union, qui offre un travail décent à des migrantes retournant au pays. Dulay avait migré au Qatar pour améliorer son revenu. Tombant sur un travail d’employée de maison, elle ne dormait qu’à peine deux heures par nuit et ne touchait qu’une rémunération très inférieure à celle qu’on lui avait promise. À son retour à La Union, Dulay a reçu une formation par les soins de la Bannuar Ti La Union dans le cadre du projet d’ONU Femmes, prenant connaissance de ses droits et acquérant les compétences nécessaires à une travailleuse du vêtement.

« Avoir fait partie d’un groupe de travailleuses migrantes m’a aidée, ainsi que d’autres, à avoir confiance en moi face à la vie quotidienne et à ses problèmes. Nous sommes unies par un lien commun provenant d’expériences semblables », déclare-t-elle.


Edna Valdez, 58, worked for four years as a domestic worker in Hong Kong under harsh conditions.

Edna Valdez, 58 ans, a travaillé pendant quatre ans comme employée de maison à Hong Kong dans des conditions très difficiles. Aujourd’hui, elle est la présidente de la Baunnuar Ti La Union. « Le grand problème des travailleuses migrantes est leur méconnaissance des droits qui leur reviennent. Même quand des lois et des services existent, elles ne savent pas comment faire valoir leurs droits ou accéder à une assistance. C’est pourquoi nous agissons auprès des administrations locales pour qu’elles installent des bureaux des migrantes et migrants dans chaque mairie, en conformité avec la législation nationale, où les personnes migrantes et leurs familles peuvent se rendre pour obtenir des informations et un soutien », déclare Edna Valdez.

Aujourd’hui, elle vient travailler trois fois par semaine à titre bénévole au bureau des migrantes et migrants de San Fernando, dans la province de La Union, aiguillant des travailleurs migrants des deux sexes vers les services gouvernementaux appropriés afin de bénéficier d’un appui juridique et d’une aide à la réinsertion. Elle dispense également une formation à des femmes envisageant de migrer comme travailleuses afin qu’elles sachent repérer les signes de danger et les risques de trafic de personnes et de recrutement illégal, et qu’elles connaissent les moyens d’obtenir une assistance juridique si elles viennent à être victimes de mauvais traitements.


Edna Valdez, 58, worked for four years as a domestic worker in Hong Kong under harsh conditions.

En juin 2016, 118 travailleuses migrantes ont reçu des formations sur leurs droits. Une formation à l’entrepreneuriat avait été dispensée à 45 autres travailleuses migrantes, tandis que 49 travailleuses migrantes supplémentaires avaient bénéficié d’une formation en développement organisationnel. Ce programme pilote est parvenu à étoffer les capacités vitales dont ont besoin les travailleuses migrantes et leurs groupes pour être en mesure de valoriser les gains acquis précédemment et de poursuivre leur travail de plaidoyer en faveur des droits des travailleuses migrantes aux niveaux national et local.


Photos : ONU Femmes/Norman Gorecho