« Nous devons faire de l’année prochaine une grande année pour la transformation » – Nicole Ameline, présidente du Comité de la CEDEF

Membre du Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) depuis 2008, Nicole Ameline en est devenue la présidente en 2013. Elle est députée à l’Assemblée nationale française, et a été, parmi les nombreuses fonctions qu’elle a exercées, ministre de la Parité et de l’Égalité professionnelle. Elle siège également en France à la Commission nationale consultative des droits de l’homme, ainsi qu’à la Commission des affaires étrangères. Elle parle à ONU Femmes du rôle de la Convention CEDEF et du Programme d’action de Beijing, à l’approche du 20e anniversaire de celui-ci.

Date : lundi 1 décembre 2014

Nicole Ameline, présidente du Comité de la CEDEF. Photo: ONU Femmes/Ryan Brown

Question : Quelle est la portée de la Convention CEDEF ? 

Réponse : Aujourd’hui, nous avons 188 États parties à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF). Nous pouvons nous enorgueillir de cet exemple de ratification universelle. Nous devons transformer la Convention en feuille de route pour accélérer l’instauration de l’égalité de fait. 

La CEDEF est la seule convention juridique destinée à protéger et à promouvoir les droits humains des femmes, et son Comité est vraisemblablement l’instrument le plus fondamental dont on dispose pour les droits humains des femmes. Mais il faut que nous adoptions une démarche globale et interactive. Notre Comité doit collaborer avec les autres entités de l’ONU, dont ONU Femmes, bien entendu.

Q : La Convention est-elle l’instrument approprié pour faire avancer l’égalité des sexes ?

R : Je suis persuadée que la Convention et les autres instruments juridiques ont transformé la vie de millions de femmes. J’en suis certaine parce que j’ai souvent l’occasion d’en évaluer les résultats tangibles sur le terrain. Grâce aux États parties, aux ONG et au système de l’ONU, il ne s’agit plus d’acquérir de nouveaux instruments. Nous disposons du cadre juridique nécessaire ; maintenant, il ne nous reste plus qu’à le mettre en œuvre. Nous devons contrebalancer la fragmentation du droit international. Il est temps de passer à l’action, et de façon urgente.

Les droits des femmes n’ont sans doute jamais été aussi importants qu’aujourd’hui. Si les pays se mettaient à appliquer toutes les dispositions de la Convention, nous pourrions réaliser un immense bond en avant en matière de démocratie, de bien-être et de paix. Nous n’avons pas à inventer une autre Convention aujourd’hui. Nous devons mettre en œuvre ce que nous avons.

Quand nous parlons de violence, il faut que nous disions que la base, l’origine des violences faites aux femmes, c’est la discrimination. La discrimination est la cause de toutes ces violences. C’est pourquoi nous devons renforcer la visibilité de la Convention en tant que cadre par excellence de la lutte contre les violences faites aux femmes.  

Q : La Convention CEDEF est considérée comme « la Déclaration des droits des femmes » par un grand nombre d’universitaires, de féministes et d’entités internationales. Et pourtant, elle reste mal connue. Comment pouvons-nous augmenter sa visibilité ?

R : Le Comité de la CEDEF n’a pas une visibilité suffisante. C’est d’ailleurs l’une des premières questions que nous abordons lorsque nous accueillons un nouvel État partie. Par contre, je pense que la société civile est de plus en plus consciente de notre Convention. Mais nous devons en faire plus au niveau des États parties.

Nous pourrions être plus fermes en ce qui concerne les politiques nationales de développement et les politiques d’aide internationale. Je connais très bien le sujet car, en tant que députée, je suis en charge de ce type de politiques. J’estime que nous pouvons demander aux États parties d’inscrire plus visiblement les droits des femmes, en tant que priorité, dans leur politique de développement. Les droits des femmes constituent une priorité du développement durable. Le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, en est tout à fait convaincu, mais je pense que c’est tout le système de l’ONU qui doit proclamer partout ce message. Sinon, nous risquons d’assister à une régression.

J’espère vivement que l’année prochaine, avec tous les grands évènements qui nous attendent – Beijing+20, mais aussi le programme de développement pour l’après-2015 – nous aurons l’occasion de réaffirmer que la Convention CEDEF est la seule convention juridique destinée à protéger et promouvoir les droits des femmes.

Q : Comment les travaux du Comité de la CEDEF rejoignent-ils la Déclaration et le Programme d’action de Beijing ?  

R : [Le Programme d’action de Beijing] est pour nous – comme pour tout un chacun à travers le monde – un programme absolument fondamental, et c’est sur cette base que doivent être fondés à la fois les droits humains et les politiques de développement. Beijing+20 a fait naître un grand espoir chez les femmes, et il nous appartient de transformer cet espoir en réalité.  

Aujourd’hui, le premier grand défi est la mise en œuvre concrète de notre Convention, ainsi que celle du Programme d’action de Beijing. Et nous devons faire de l’année prochaine – avec Beijing+20 et avec le programme de l’après-2015 – une grande année pour la transformation.

Q : Comment pouvons-nous renforcer mutuellement les instruments existants relatifs aux droits humains ?

R : Beijing est considéré comme un programme fondamental, donc je pense que nous devons associer Beijing+20 et la Convention CEDEF, qui est l’instrument opérationnel pour Beijing, tout comme elle l’est pour d’autres déclarations universelles d’engagement. Et je pense que votre rôle, en tant qu’ONU Femmes, est très important. Vous êtes au cœur de la question car vous êtes chargées de promouvoir les droits des femmes et d’améliorer la situation des femmes. Je pense que nos rôles sont très voisins. Le temps est donc venu d’agir ensemble, et je ne doute pas de votre engagement.