En Géorgie, les entreprises intensifient leurs efforts pour aider les victimes de violence domestique à prendre un nouveau départ

En Géorgie, une femme sur 11 a été victime de violences domestiques. Un grand nombre d’entre elles ne peuvent se dégager d’une relation abusive à cause d’une dépendance financière. Le Groupe Adjara, signataire des Principes d’autonomisation des femmes, une initiative d’ONU Femmes et du Pacte mondial des Nations Unies, recrute des victimes et mène des actions de sensibilisation pour prévenir la violence domestique au sein des communautés.

Date : jeudi 16 novembre 2017

Les employés du Groupe Adjara participent à une formation sur l'égalité des sexes, le harcèlement sexuel et la violence domestique menée par des ONG locales. Photo: Groupe Adjara / Ana Verdzadze
Les employés du Groupe Adjara participent à une formation sur l'égalité des sexes, le harcèlement sexuel et la violence domestique menée par des ONG locales. Photo: Groupe Adjara / Ana Verdzadze

Il y a cinq mois, lorsque Lika Goguadze est retournée au travail, c’est la première fois qu’elle le faisait depuis quatre ans. Goguadze est âgée de 37 ans et vit à Tbilissi, la capitale de la Géorgie. Après avoir enfin pu divorcer de son mari violent, la liberté acquise s’est présentée avec son stress financier et ses cicatrices émotionnelles.

« Je n’ai eu aucun travail depuis que je me suis mariée ; mon mari m’a interdit de travailler...Sans un emploi, la vie aurait été très difficile pour moi. »

La recherche nationale fait état du fait qu’une femme sur 11 a été victime de violences domestiques en Géorgie. En 2017, plus de 3 000 ordonnances de protection ont été émises à la suite de rapports sur la violence domestique.

Goguadze a été référée par son psychologue à l’association Amagdari, chargée de l’emploi des femmes et partenaire de longue date d’ONU Femmes, qui aide les victimes de violence domestique à retrouver une vie normale. Peu de temps après, elle a reçu un appel du Groupe Adjara l’invitant à se présenter pour un entretien. Elle a été embauchée en l’espace d’une journée.

« Je n’ai eu aucun travail depuis que je me suis mariée ; mon mari m’a interdit de travailler », explique Goguadze. Être capable de gagner un salaire décent et se livrer à une routine productive tous les jours l’a énormément aidée. « Il m’a fallu un certain temps pour m’habituer à la routine, mais la façon dont les gens vous acceptent compte pour beaucoup. Ils [le Groupe Adjara] ont créé un environnement tellement favorable et m’ont réservé un accueil si chaleureux que je me suis sentie très à l’aise. Sans un emploi, la vie aurait été très difficile pour moi », ajoute-t-elle.

« Nous avons lancé le plan parce que nous étions très motivées à l’idée de venir en aide aux femmes qui ont pris l’importante décision de fuir les situations de violence...Nous avons besoin de chacune d’elles… non seulement nous souhaitons qu’elles acquièrent le sens de l’autonomie, mais qu’elles deviennent également des modèles pour l’autonomisation d’autres femmes qui travaillent avec nous. »

Le Groupe Adjara est une société de l’industrie hôtelière de Géorgie en pleine croissance et est signataire des Principes d’autonomisation des femmes - une initiative conjointe d’ONU Femmes et du Pacte mondial des Nations Unies, qui place l’égalité des sexes au cœur des pratiques de travail saines. Dans le cadre de leur engagement en faveur de l’autonomisation des femmes et de la responsabilité sociale des entreprises, le Groupe Adjara a lancé une nouvelle initiative cette année visant à employer des femmes ayant été victimes de violence domestique, qui ont souvent du mal à trouver un emploi après le traumatisme et l’isolement qu’elles ont subis. Leur plan d’action d’une année, qui a été créé en 2016 avec l’appui d’ONU Femmes et l’organisation de la société civile locale Civil Development Agency (CiDA), combine différents efforts destinés à aider les femmes qui sont victimes de violence domestique, notamment à travers des offres d’emploi

« Nous avons lancé le plan parce que nous étions très motivées à l’idée de venir en aide aux femmes qui ont pris l’importante décision de fuir les situations de violence. Nous avons sensibilisé les bénéficiaires avec l’aide d’Amagdari et avons sélectionné trois victimes de violence cette année », explique Valeri Chekheria, directrice du Groupe Adjara et représentante du réseau du Pacte mondial des Nations Unies en Géorgie. « Nous avons besoin de chacune d’elles… non seulement nous souhaitons qu’elles acquièrent le sens de l’autonomie, mais qu’elles deviennent également des modèles pour l’autonomisation d’autres femmes qui travaillent avec nous ».

Valeri Chekheria, Director of the Adjara Group and a representative of the Georgian Network of UN Global Compact. Photo courtesy of Adjara Group
Valeri Chekheria, directrice du groupe Adjara et représentante du réseau géorgien du Pacte mondial des Nations Unies. Photo gracieuseté du Groupe Adjara

Aider les femmes à acquérir des compétences professionnelles qui répondent aux besoins du marché du travail et à accéder à un emploi décent est crucial pour les victimes de violence domestique, car cela leur permet de repartir et de devenir financièrement indépendantes. Sans emploi, de nombreuses victimes se trouvent dans l’impossibilité de quitter des situations de violence, et peuvent même repartir vers ceux qui ont été violents envers elles. En Géorgie, 7,6 % des victimes ont indiqué qu’elles n’avaient pas quitté leurs partenaires violents parce qu’elles ne pourraient pas subvenir aux besoins de leurs enfants seules, et 4,4 % ont déclaré être retournées vivre avec leur partenaire violent pour la même raison. Les employeurs peuvent jouer un rôle vital dans ces situations en rejetant la stigmatisation et en créant des occasions de travail rémunéré pour les victimes.

L’initiative en faveur de l’emploi lancée par le Groupe Adjara a également été favorable à ses activités. « Ce programme pilote a été un grand succès. Je suis fière de pouvoir dire que toute l’équipe est devenue plus responsable sur le plan social. Nous avons jusqu’à 2 000 employés. Certains d’entre eux n’ont peut-être pas porté d’attention à ce sujet précédemment, mais ils ont commencé à réfléchir à cette question. Dans l’ensemble, la prise en compte du genre au sein de notre équipe de travail s’est beaucoup accrue. Avec des gestionnaires ouvertement favorables à cette cause, nos employées - qui représentent 43 % de nos effectifs - se sentent plus en sécurité ; elles savent que l’entreprise les soutiendra et se tiendra à leurs côtés », ajoute Valeri Chekheria.

« Le secteur privé peut être un puissant facteur d’accélération de l’autonomisation économique des femmes. En promouvant les Principes d’autonomisation des femmes en Géorgie, nous avons vu comment les partenaires du secteur privé peuvent autonomiser les femmes, y compris celles qui risquent d’être laissées pour compte en raison d’un manque de compétences et de possibilités d’emploi, d’une mobilité réduite, d’un handicap ou de la violence », dit Erika Kvapilova, représentante d’ONU Femmes dans le pays.

Pour le Groupe Adjara, cette initiative en faveur de l’emploi n’est que le début d’une initiative visant à entraîner des changements de comportement à l’égard de la violence domestique et à donner aux femmes le maximum de possibilités pour surmonter les défis. La société a l’intention de faire tenir des sessions de formation en faveur de l’avancement professionnel et des qualifications professionnelles pour les femmes et, en collaboration avec des partenaires locaux, sensibiliser les jeunes à la prévention de la violence sexiste.