Où je me tiens: « Ce dont nous avons besoin, c’est de l’éducation gratuite pour les filles »

Jeune femme massaï originaire du Kenya, Purity Soinato Oiyie a échappé de peu aux mutilations génitales et au mariage précoce. Elle est intervenue lors de la séance inaugurale de la 62e Commission de la condition de la femme de l’ONU, le plus grand rassemblement onusien sur l’égalité des sexes et les droits des femmes. Dans ses propres mots, Purity partage son histoire et son rêve d’ouvrir une école pour filles dans sa communauté.

Date : vendredi 25 mai 2018

Purity Soinato Oiyie Masai girl and anti-FGM activist, Kenya. Photo: UN Women/Ryan Brown
Purity Soinato Oiyie. Photo: ONU Femmes/Ryan Brown
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Je n’avais que 10 ou 11 ans lorsque mon père a décidé de me faire subir une excision. Il était résolu à ce que je devienne la cinquième femme d’un homme de 70 ans. Je l’ai dit à ma maîtresse, et elle en a parlé au commissaire de police. Seulement deux heures avant la cérémonie d’excision, la police est venue pour m’emmener.

Ensuite, j’ai vécu dans le centre de sauvetage de la ville de Narok pendant huit ans. C’était si loin de mon village... Jusqu’à ce jour-là, je n’avais jamais vu de route goudronnée.

Le plus difficile, pour moi a été de quitter ma maison et ma famille. Je n’arrivais pas bien à dormir... Je me réveillais au milieu de la nuit en me demandant s’il fallait que je rentre chez moi et que j’accepte de subir une MGF.

À la maison, mon père avait commencé à battre ma mère, car il la tenait responsable de ma fugue. Mais ma mère ne voulait pas que je revienne et que je subisse une excision. Je suis restée dans le centre de sauvetage et j’ai terminé ma scolarité.

Aujourd’hui, je travaille avec World Vision et le Conseil anti-MGF du Kenya pour aider à la sensibilisation des populations rurales. C’est difficile de convaincre les gens de cesser les MGF, car il s’agit d’une pratique culturelle. Je me rends dans les écoles, je discute avec les filles et les enseignants en parlant aux Massaï dans notre langue. Je leur montre des vidéos de la MGF, et je leur parle des répercussions de ces pratiques et de l’importance de l’éducation. Ils sont surpris de rencontrer une Massaï instruite.

Je parle également aux garçons. Une fois qu’ils ont compris les conséquences des MGF sur les filles, ils sont capables de refuser d’épouser des filles qui en ont subi.

[C’est un bon début], mais ce dont nous avons vraiment besoin, c’est de l’éducation gratuite pour les filles. Les Massaï sont un peuple d’éleveurs ; la plupart des parents n’ont pas l’argent nécessaire pour envoyer leurs filles à l’école.

Aujourd’hui, mon père est très fier de moi. Il raconte à tout le monde que je suis à New York ! Tous les parents de ma communauté qui ne voulaient pas que leurs filles aillent à l’école les poussent désormais à finir leur scolarité, « comme Purity » !

Je voudrais créer une fondation appelée « Silan », ce qui signifie fille en massaï, et bâtir une école gratuite pour les filles de mon village, même pour celles qui ont été mariées jeunes et qui sont elles-mêmes devenues mères.

Lorsque je retournerai dans ma communauté, j’aurai tellement d’histoires à raconter ! À la CCF, j’ai appris que nous n’avons pas besoin de supplier pour obtenir des droits pour les femmes. En tant que femmes, nous méritons ces droits, ils nous reviennent entièrement ».


ODD 5 : Égalité entre les sexes
ODD 4 : Éducation de qualité

Âgée de 22 ans et originaire du district de Narok au Kenya, Purity Soinato Oiyie avait à peine 11 ans lorsqu’elle a échappé de peu aux mutilations génitales féminines et au mariage précoce. Issue de la communauté indigène kenyane des Massaï, elle a contre toute attente réussi à aller jusqu’au bout de sa scolarité. Première fille de son village à dire non à la MGF, Purity s’attelle désormais à encourager d’autres filles et parents à rejeter cette pratique néfaste. Ses efforts contribuent à la réalisation de l’Objectif de développement durable (ODD) n° 5, qui vise explicitement à éradiquer toutes les formes de violence contre les femmes et les filles, notamment les pratiques néfastes telles que les MGF. Par son travail, Purity soutient également l’ODD n° 4, qui encourage l’éducation et les possibilités d’apprentissage des femmes et des filles tout au long de leur vie.