Dans les paroles de Blessing Ihauku Daru : « Les femmes doivent pouvoir accéder aux allées du pouvoir et de la politique »

Date : lundi 9 avril 2018

Blessing Ihuaku Duru. Photo: UN Women/Ryan Brown
Blessing Ihuaku Duru. Photo: ONU Femmes/Ryan Brown

Blessing Ihuaku Duru est directrice de programme pour l’organisation non gouvernementale Alliances for Africa (AfA), qui travaille dans la région du Sud-Ouest du Nigeria à la promotion de la justice pour les femmes et de la participation des femmes au leadership et à la paix, la sécurité et la résolution des conflits. Avec le soutien du Fonds pour l’égalité des sexes d’ONU Femmes, l’AfA met actuellement en œuvre un projet visant à combler le fossé entre les sexes dans les postes publics électifs. L’ONG travaille en collaboration avec le gouvernement, les partis politiques et les femmes dirigeantes en vue de faire adopter un projet de loi qui prévoira une action positive visant à assurer une représentation minimale des femmes de 35 pour cent dans la gouvernance. Mme Duru s’est entretenue avec ONU Femmes lorsqu’elle a participé à la 62e session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies.

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Les enlèvements et la violence au Nigeria ont affecté l’économie dans l’ensemble du pays et déchiré des familles.

Dans les États du Sud-Est où j’ai travaillé, il n’y a pas autant d’enlèvements organisés de filles, mais la violence à l’égard des femmes et des filles est très répandue, notamment contre les femmes qui ont des aspirations politiques. En l’absence d’une loi sur la violence à l’égard des femmes, il n’est pas possible de punir ces crimes.

Aujourd’hui, les femmes occupent à peine 5 pour cent des postes de direction politique dans ces États. Selon certains stéréotypes sexistes, les femmes ne seraient pas censées être présentes dans des lieux publics. Mais pourquoi ? Je porte mes chaussures, je sais où elles font mal. Vous ne pouvez pas parler de mes problèmes, car vous ne les percevez pas de la même manière que moi.

Prenez la crise de Boko Haram, par exemple. Les gens quittent leurs foyers et vivent dans des camps de réfugiés. Si des femmes ne sont pas présentes dans ces camps pour défendre les autres femmes, personne n’aborde la question des serviettes hygiéniques ou celle des contraceptifs. Les hommes ne pensent pas à ces questions.

Les femmes doivent pouvoir pénétrer dans les allées du pouvoir et de la politique afin de parler des questions qui les touchent.

En 2016, avec le soutien du Fonds pour l’égalité des sexes d’ONU Femmes, nous avons formé 145 femmes à la participation politique. Après avoir suivi le programme pendant 18 mois, 11 d’entre elles ont été nommées à des postes au niveau local, et trois ont été élues. Nous avons maintenant bénéficié d’une deuxième subvention pour étendre l’initiative et toucher un bien plus grand nombre de femmes.

Chez Alliances for Africa, nous travaillons également avec les personnes au niveau local, par exemple avec les dirigeants religieux et communautaires, afin de changer les comportements [discriminatoires] envers les femmes. Mais c’est long de changer les mentalités ; c’est tout un processus. En attendant, nous avons également besoin que certaines lois soient mises en place !

Je pense par exemple au projet de loi relative à l’égalité des chances entre hommes et femmes, qui est attendu depuis au moins six ans. Si cette loi est adoptée, elle instaurera un quota de 35 pour cent pour la représentation des femmes. Elle couvrira également les mariages précoces et protégera le droit des femmes à la succession. Nous venons justement de recevoir la visite d’une femme de 31 ans dans notre bureau, venue nous soumettre une nouvelle affaire. Après le décès de son mari, elle s’est retrouvée seule avec ses six enfants – tous des filles. Sa belle-famille a pris tous les biens de son mari et ne lui a rien laissé. Si la loi est adoptée, nous pourrons saisir la justice et l’aider à tout récupérer jusqu’au dernier centime.

J’ai deux petites filles – celle de cinq ans dit déjà être une féministe. Je poursuis sans relâche la lutte pour un changement, car quand mes filles seront grandes, je souhaite qu’elles vivent dans une société où leurs droits humains sont respectés. Et si leurs droits sont bafoués, des lois et des mécanismes seront en place pour obtenir justice ».