Je suis de la Génération Égalité : « Je suis une enfant née d’un viol de guerre »

Chaque jour, un peu partout dans le monde, des milliards de personnes choisissent de se placer du bon côté de l’Histoire. Elles s’expriment, prennent position, se mobilisent, et entreprennent des actions, grandes ou modestes, pour faire avancer les droits des femmes. Elles appartiennent à la Génération Égalité.

Date : lundi 18 novembre 2019

Je suis la Generation Egalite
Ajna Jusić, 26 years old, is the President of the Forgotten Children of War Association. Photo: UN Women/Maria Sanchez
Ajna Jusić. Photo: ONU Femmes/Maria Sanchez

Je suis Génération Égalité parce que…

« J’ai décidé de partir à la recherche d’autres enfants se trouvant dans une situation comparable à la mienne, et je me suis rapprochée d’eux.

Pour vous engager contre la culture du viol, vous pouvez faire trois choses :

  • Lorsque vous rencontrez quelqu’un de différent, vérifiez qu’il ou elle ne se sent pas exclu(e).
  • Renseignez-vous sur les différents types de familles qui existent et n’hésitez pas à vous faire entendre quand vous êtes témoin de discrimination.
  • Icon- a girl raises her arm
  • Partagez ce témoignage sur les réseaux sociaux avec les mots-dièses #orangetheworld et #GénérationEgalité pour sensibiliser davantage le public au problème de la culture du viol.

Je suis née d’un viol qui s’est produit pendant la guerre en Bosnie. C’était il y a 26 ans, mais ma mère et moi continuons d’en subir la stigmatisation. 

Lorsque j’étais petite, nous déménagions tout le temps parce que les autres enfants me harcelaient. Je ne connaissais pas la vérité. Ma mère ne disait rien pour me protéger, et elle pensait que si j’arrivais à connaître la vérité, j’aurais comme les autres [personnes autour d’elle] honte d’elle et la rejetterais. J’étais au lycée lorsqu’un de mes professeurs m’a demandé le nom de mon père. Comme je ne savais pas qui il était, j’ai commencé à faire des recherches. J’ai fini par trouver dans un document de recherche une description très détaillée de ce qui était arrivé à ma mère. Je me souviens encore de la douleur que j’ai ressentie à ce moment-là, comme si j’avais été le facteur déclenchant de sa souffrance. Mais la confrontation avec la vérité nous a rapprochées.

Se rapprocher d’autres survivantes pour surmonter la douleur

J’ai décidé de partir à la recherche d’autres enfants qui seraient dans une situation comparable à la mienne, et je suis entrée en contact avec la Dre Amra Delić qui menait une étude sur ce sujet. Pour la première fois, en 2015, 15 d’entre nous se sont rencontrés. Pendant trois heures, personne n’a dit un mot. Nous sommes restés assis, sans dire un mot, et nous nous sommes rendu compte, pour la première fois, que nous n’étions pas seuls.

Le fait de connaître la vérité [sur le viol de ma mère] m’a également motivée à étudier la psychologie, parce que je voulais l’aider. Il y a quelques mois, elle s’est finalement décidée à se soumettre à une psychothérapie.

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“ Nous ne voulons pas être invisibles, nous voulons être traités comme les autres.”

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Ce n’est qu’en 2018 que ma mère a accepté que nous en parlions publiquement. C’est à ce moment-là que le véritable combat s’est engagé. Mon association « Zaboravljena djeca rata » (Les enfants oubliés de la guerre) était active depuis quelques années, en œuvrant dans la discrétion. Mais depuis que les gens me reconnaissent, je porte l’étiquette d’enfant née d’un viol. Je ressens parfois de la lassitude, mais je ne le regrette pas.

La lutte pour l’égalité n’est pas terminée

Mon association travaille sur une campagne pour que nous soyons identifiés comme un groupe vulnérable ayant droit de bénéficier des services de protection sociale. Par exemple, les enfants de soldats qui ont combattu ou qui sont morts à la guerre ont droit à des bourses d’études. Nous devons également pouvoir bénéficier de services de santé, d’un soutien psychologique et d’une aide juridique.

Sur mon diplôme universitaire, ils voulaient inscrire un « X » à côté de mon nom parce que je ne connais pas le nom de mon père. Cette pratique est courante en Bosnie. Nous faisons pression pour interdire cette coutume. Nous ne voulons pas être invisibles, nous voulons être traités comme les autres. »



Ajna Jusić, 26 ans, est une psychologue et une féministe de Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. Elle préside l’association « Zaboravljena djeca rata » (Les enfants oubliés de la guerre).