Dans les paroles de Françoise Gbeko : « Maintenant je peux soutenir ma famille... et envoyer mes enfants à l’école »

Date : lundi 18 novembre 2019

Jewelry and crafts made by Françoise Gbeko.  Photo: UN Women/Novella Nikwigize
Françoise Gbeko. Photo: ONU Mujeres/Novella Nikwigize

Françoise Gbeko[1], 36 ans, était l’une des nombreuses femmes chrétiennes ayant épousé un homme musulman qui vivaient dans l’harmonie en République centrafricaine (RCA) jusqu’à ce que la dernière crise éclate en décembre 2012. Malgré le court répit qui a suivi l’Accord de paix signé en février 2019, on estime le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire à 2,6 millions (soit 63 pour cent de la population), dont la moitié composée de femmes et de filles. Grâce au financement du Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine, ONU Femmes travaille avec des partenaires locaux afin de rendre les survivantes d’actes de violence basée sur le genre financièrement autonomes, y compris dans l’un des points chauds de Bangui, le quartier PK5, où vit Françoise Gbeko.

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Cela s’est passé en 2013. Je vivais avec mon mari et mes deux filles, alors âgées de 8 et 15 ans. Nous étions heureux dans notre quartier. C’est avec l’arrivée des anti-balakas[2] dans le quartier PK5 que les rumeurs ont commencé... Mes voisins ont commencé à se demander pourquoi j’avais épousé un musulman.

Un jour, un groupe de cinq membres anti-balakas armés sont venus chez nous. Ils m’ont violée et ont violé mes deux filles devant moi. Ensuite, ils ont assassiné mon mari devant moi, mes filles et mon père. Mon père, témoin de tout cela, s’est suicidé. Notre fille aînée vit encore avec le traumatisme et les blessures physiques du viol, six ans plus tard. La communauté stigmatise également les survivantes de viols et appelle les femmes d’un âge plus avancé des « sorcières ».

Après tous ces évènements, nous ne savions pas où aller et je ne pouvais plus m’occuper de mes enfants. Les filles étaient perturbées et ne parvenaient pas à se remettre de l’assassinat de leur père. Mon mari était un homme d’affaires sur la route entre Douala et Bangui et il leur achetait tout ce qu’elles voulaient. C’est à moi qu’il incombait dorénavant de satisfaire à leurs besoins. Pendant nos heures les plus sombres, je disais à mes filles que ces difficultés, comme lutter contre la faim, faisaient partie de la vie.

Puis un jour, j’ai décidé, avec 40 autres femmes du quartier, de créer l’association « Les Femmes unies de Catin » pour nous entraider. En 2017, la présidente de notre association est allée solliciter le soutien d’ONU Femmes. Et aujourd’hui, je peux dire à quel point il est bon d’avoir ONU Femmes à nos côtés. L’Organisation nous apporte le soutien financier nécessaire pour lancer des affaires et nous a permis de suivre une formation en gestion.

Comme vous pouvez le constater, j’ai créé une petite entreprise pour vendre des bijoux et des vêtements. J’envoie quelqu’un à Garoua-Mboulaï, sur la route de Douala, où mon mari avait l’habitude de travailler, et j’obtiens ainsi des produits que je vends en ville. Je les livre moi-même. Quand j’investis 30 000 francs CFA (soit 50 USD), je fais un bénéfice de 20 000 francs CFA (33 USD). Je peux désormais subvenir aux besoins de ma famille. Je paye mon loyer et mes économies me permettent d’envoyer mes enfants à l’école ».

Notes

[1] Nom modifié pour protéger l’identité de la victime.

[2] Les anti-balakas regroupent des milices basées en République centrafricaine et sont principalement composées de chrétiens. En décembre 2013, des affrontements ont éclaté entre les anti-balakas et les ex-Seleka, un autre groupe de milices principalement composé de musulmans et, rien que dans la ville de Bangui, les attaques de représailles ont entraîné la mort d’environ 1 000 personnes.