Des jeunes activistes réclament le renforcement de la sécurité dans les rues de Maputo

Date : vendredi 8 mars 2019

Jareeyah*,13. Photo: ONU Femmes/Mariana Mellado

Chaque matin, à 6 heures, Jareeyah*, une jeune fille de 13 ans de Maputo, entame les 10 minutes de marche de son domicile à son lycée. Le trajet n’est pas long, mais il la met toujours mal à l’aise.

« Quelquefois, je marche avec des amis […] Je ne me sens pas en sécurité dans ma ville », dit-elle.

Jareeyah vit dans Ka Maxakene, un quartier densément peuplé situé au cœur de la capitale tentaculaire du Mozambique, Maputo.

En 2016, peu de temps après le lancement par la municipalité de Maputo d’un programme sur la sécurité dans la ville et les espaces publics dans le cadre de l’Initiative mondiale « Villes sûres » d’ONU Femmes, une étude exploratoire sur le harcèlement sexuel et d’autres formes de violence à l’égard des femmes et des filles dans les lieux publics a été réalisée. Les résultats, consternants, ont révélé que près de 7 filles sur 10 ont subi une forme de violence dans des espaces publics.

Mais des filles comme Jareeyah, féministe convaincue et activiste des droits humains depuis l’âge de 9 ans, s’efforcent de trouver les moyens de changer la donne. Dans le cadre d’un groupe de leadership de son école, Jareeyah organise des débats pour amener les élèves à réfléchir à des problèmes sociaux tels que les inégalités entre les sexes, la violence sexuelle dans les espaces publics et privés, les mariages précoces et forcés, l’insécurité urbaine, l’absence de sécurité des infrastructures, l’assainissement et la sécurité dans les écoles.

« Nous parlons également de leadership féminin et d’espaces sûrs », dit-elle. « Nous pouvons utiliser nos voix pour militer, faire savoir aux autres filles où nous pouvons aller et comment nous pouvons vivre sans violence, sans discrimination ni insultes. »

Munie en permanence d’un appareil photo, Jareeyah prend des photos d’espaces dangereux et utilise sa voix, son art et les pages des réseaux sociaux pour plaider en faveur de changements d’infrastructures et de l’octroi aux filles d’un rôle plus important dans la prise de décision et la conception de politiques publiques sensibles au genre.

Tout cela fait partie du programme « Maputo, Ville sûre », soutenu par l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement et la ville de Madrid. La première action du programme a été axée sur des activités dans deux écoles, qui ont mobilisé des jeunes et des défenseurs de la communauté pour faire évoluer les attitudes et les comportements qui portent atteinte à la sécurité des femmes et des filles dans les espaces publics.

« Du seul fait qu’elles étaient des filles, elles subissaient des attouchements de la part des garçons et étaient exposées à des remarques indésirables et pénibles de la part des hommes », explique Adelina Stela Manuel Chambal, professeure au lycée de Jareeyah. « Mais les garçons ont été sensibilisés à travers les débats et la situation est en train de changer. Ils ont maintenant commencé à respecter les filles, ils comprennent que le corps des femmes/filles ne peut pas être touché sans leur permission et ils ont appris à avoir des relations plus respectueuses avec les filles. »

Les activités de sensibilisation dans les quartiers de Ka Maxakene et de Kamalhanculopas devraient permettre de sensibiliser jusqu’à 25 000 membres de la communauté. Quelque 2 000 garçons et filles participent également à ces activités scolaires.

Frenk*, un défenseur des droits humains de 14 ans, en fait partie. Il est le coordinateur du programme de mobilisation des hommes pour mettre fin à la violence sexuelle dans les espaces publics, dans une école secondaire de Ka Maxakene.

Frenk*, 14. Photo: ONU Femmes/Mariana Mellado

« Les filles peuvent se faire voler ou violer. Ça arrive souvent. Il ne se passe pas un jour sans qu’on n’en entende parler au journal télévisé », dit-il. « Pour que Maputo soit une ville sûre, nous devons créer plus d’espaces sûrs. Nous parlons entre nous, garçons et filles, de ce dont nous avons besoin, comme plus d’éclairage dans nos quartiers et aussi la mise à disposition de boîtes à suggestions où nous pourrions signaler les actes de violence en toute sécurité. » Dans l’établissement scolaire de Frenk, une boîte à suggestions a maintenant été installée. Elle permet aux étudiants, aux enseignants et aux travailleurs de déposer anonymement une réclamation, qui est ensuite traitée par une autorité désignée et la direction de l’école.

Frenk organise des discussions enrichissantes avec ses camarades sur les masculinités toxiques et sur la façon d’aller vers un changement positif.

« Les garçons doivent changer la culture du machisme, arrêter de se voir comme puissants ou violents, et considérer les filles comme leurs égales », explique-t-il.

Fernanda Bernardo, responsable du projet « Maputo, Ville sûre » d’ONU Femmes au Mozambique, explique que ces discussions sont un point de départ grâce auquel les filles et les garçons commencent à s’interroger sur les normes et les comportements avec lesquels ils ont été élevés. « Nous avons des leaders garçons et filles qui contestent ces normes avec d’autres garçons et filles. Il les invitent à participer aux réflexions et à être plus actifs dans la diffusion de valeurs et de masculinités plus positives », dit-elle.

Frenk sépare les filles et les garçons pour la discussion de questions telles que l’égalité des sexes, les violences sexistes, les normes sociales et le pouvoir, avant de les réunir pour réfléchir à leur rôle dans la création de communautés plus sûres.

« Nous encourageons le débat et la sensibilisation pour briser le cycle de la violence. Nous pouvons tous participer au renforcement de la sécurité de notre communauté », estime Frenk. « Je leur dis que nous pouvons être des leaders dans la lutte contre la violence et l’utilisation de nos voix pour défendre nos intérêts. »

Et leurs voix sont entendues. À l’aide d’une méthodologie appelée Photovoice, les élèves ont pris des photos des lieux qu’ils jugent dangereux et ont fait des présentations à la communauté et aux autorités.

Maputo, Building de la Banque Mondiale. Photo : ONU Femmes/David Hogg

Il est important d’observer la planification et les infrastructures urbaines sous l’angle du genre, car elles ont un impact sur la vie quotidienne des femmes et des filles, qu’il s’agisse de leur mobilité, de leur accès aux installations sanitaires, de l’heure jusqu’à laquelle elles peuvent rester à l’extérieur ou des emplois qu’elles peuvent occuper à différents moments de la journée.

« Grâce aux photos, ce problème est devenu plus visible et des réponses y sont actuellement apportées », explique Mme Bernardo. Elle explique que, dans le lycée de Frenk, les élèves ont réussi à faire modifier l’emplacement des toilettes afin de mieux protéger l’intimité et la sécurité des jeunes filles.

Les jeunes activistes amènent même les autorités locales à réagir à leurs réclamations et leurs demandes. À Ka Maxakene, l’une des demandes était que la municipalité éclaire les rues et les ruelles dangereuses. Les leaders de la communauté se sont également plaints d’une école abandonnée auprès du ministère de l’Éducation, et des membres du personnel du ministère ont visité le site, avec des étudiants, pour évaluer la situation.

Le centre social Bleu Azur (ASCHA) recrée une danse guerrière traditionnellement dansée par les hommes seulement, lors du lancement de la campagne « Assez ! » en juillet 2018, qui vise àmettre fin aux violences sexuelles dans les lieux publics et privés. Photo : Association socioculturelle Bleu Azur/Rita Jacinto Huo

Dans le cadre d’une autre action du programme « Maputo, Ville sûre » menée au niveau national, ONU Femmes, des enseignants et des élèves plaident pour une loi contre le harcèlement sexuel, en particulier dans les écoles.

Maputo fait partie des 37 villes qui participent à l’Initiative mondiale d’ONU Femmes « Des villes sûres et des espaces publics sûrs ». Le programme « Maputo, Ville sûre » avec les femmes et les filles a été conçu et lancé en partenariat avec les autorités locales de Maputo, le ministère du Genre, de l’Enfance et de l’Action sociale, ONU Femmes, ONU Habitat, Horizonte Azul, le réseau HOPEM (Hommes pour le changement), le Bureau de la coopération technique, l’Espagne, des organisations de femmes et d’autres parties prenantes clés. 

* Les noms complets des bénéficiaires ont été supprimés pour protéger leur identité.