Où je me tiens : « Apprendre aux filles à lire et à écrire est pour moi l’un des moyens les plus efficaces pour changer les choses. »

Rimu Sultana Rimu sait que l’éducation, c’est le pouvoir. En tant que jeune activiste rohingya vivant à Cox’s Bazar, l’un des plus vastes camps de réfugiés au monde, elle a fait de l’alphabétisation sa mission.

Date : lundi 19 octobre 2020

Rimu Sultana Rimu. Photo: UN Women/Mahmudul Karim
Rimu Sultana Rimu. Photo: ONU Femmes/Mahmudul Karim
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Lorsque je regarde autour de moi, je constate que les femmes et les filles sont traitées comme des êtres moins importants que les hommes et qu’elles n’ont pas les mêmes droits et les mêmes possibilités. C’est une culture très traditionnelle et nous devons subir les conflits, la violence et les déplacements forcés qui nous affectent. Lorsque les filles et les femmes ne sont pas traitées sur un pied d’égalité, il n’y a aucune chance réelle de parvenir à une société forte et pacifique.

Au quotidien, les filles sont confrontées à de nombreux problèmes : le mariage des enfants, le harcèlement dans la rue et la violence sexuelle. J’ai le sentiment d’avoir le devoir de faire quelque chose pour essayer de faciliter la vie des femmes et des filles, et d’essayer de créer une société plus pacifique et égalitaire.

Lorsque j’ai commencé à parler des droits des femmes, certains membres de ma famille n’ont pas apprécié que je parle de ce sujet. Ils ont déclaré que je ne respectais pas ma religion et que je ne me comportais pas correctement. D’autres personnes dans ma communauté peuvent également être très décourageantes, mais j’aime relever le défi d’essayer de faire évoluer leurs opinions. Heureusement, je pense que je suis née déterminée, ce qui m’aide à continuer à faire mon travail.

La plupart des femmes et des filles de ma communauté ne savent ni lire ni écrire, elles ne peuvent donc pas comprendre pleinement leurs droits. La plupart d’entre elles sont forcées de quitter l’école à un très jeune âge. Cela signifie qu’elles peuvent être rejetées parce qu’elles n’ont pas fait d’études et que, si elles sont victimes de harcèlement ou de violence, elles se sentent probablement incapables de le signaler ou de demander justice. Les filles qui n’ont pas fait d’études peinent à devenir économiquement autonomes, ce qui signifie qu’elles n’auront jamais le contrôle de leur propre avenir. Apprendre aux filles à lire et à écrire est pour moi l’un des moyens les plus efficaces pour changer les choses.

L’an dernier, j’ai été invitée à me rendre à Dhaka pour prononcer un discours devant une salle remplie de responsables politiques et partager mon expérience de jeune activiste communautaire rohingya. J’étais si heureuse et si fière. Cela a été le plus grand moment de ma vie.

Cette année, tous les problèmes auxquels les filles et les femmes rohingyas sont confrontées dans les camps ont été considérablement aggravés par la pandémie de COVID-19. De nombreuses filles ont cessé d’aller à l’école. Il a été difficile de me déplacer pour organiser mes ateliers. Il y a eu une augmentation du nombre de mariages d’enfants dans les camps, et j’ai lancé une campagne pour sensibiliser les gens à la façon dont cela peut être dommageable pour les filles. Je dis aux gens que chaque fille a le droit d’être en sécurité.

En ce moment, je me sens très positive et forte. J’adore ce travail et j’ai de grands projets pour moi-même. Je veux étudier l’histoire et écrire un livre de poésie. Peut-être qu’un jour, je serai même la Première ministre du Bangladesh. Pourquoi pas ? Je ne m’arrêterai pas avant que toutes les femmes et les filles prennent conscience de leurs droits et puissent vivre heureuses et en sécurité en tant qu’égales.


ODD 16 : Paix, justice et institutions efficaces

Rima Sultana Rimu, 18 ans, activiste pour la paix, fait partie du réseau Young Women for Leadership (YWL) à Cox’s Bazar, au Bangladesh, un programme du Global Network of Women Peacebuilders (Réseau mondial des femmes pour la paix) organisé en partenariat avec l’organisation locale de défense des droits des femmes Jago Nari Unnayan Sangsta et soutenu par ONU Femmes. Elle anime des ateliers sur la participation des femmes et des jeunes à la consolidation de la paix, éduque les jeunes femmes à propos de leurs droits, à l’aide d’émissions de théâtre et de la radio. La représentante d’ONU Femmes s’est entretenue avec Rima Sultana Rimu à l’occasion du 20e anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui continue de déterminer les enjeux prioritaires pour les femmes, la paix et la sécurité et d’inclure les femmes et l’analyse de genre dans tous les aspects de la prévention des conflits, de la paix et de la reconstruction. Les femmes artisanes de la paix, qui gagnent et exercent le pouvoir de décision, sont essentielles à cet ordre du jour.