Le micro est à : Aisha, Kenya

Une jeune Kenyane victime de violence basée sur le genre pose la question : « Où puis-je être en sécurité si je ne le suis pas à la maison ? »

Date : lundi 16 novembre 2020

Orange Microphone illustration

Pendant les 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre, nous tendons le micro aux femmes qui se trouvent en première ligne, à celles qui combattent la COVID-19 et la pandémie fantôme de violence contre les femmes et les filles, un fléau qui ne connaît pas de répit et qui se propage implacablement. Ce sont les voix des survivantes, de celles travaillant dans des secteurs essentiels, ou encore des leaders, qui nous expliquent ce qui est urgent et comment nous pouvons mettre fin à l’escalade de violence, dépasser la crise de la COVID-19 puis reconstruire sur de nouvelles bases.

Aisha is living in a shelter in the coastal region of Kenya, with 34 other children who have experienced gender-based violence. Photo: UN Women/Kennedy Okoth
Aisha. Photo: ONU Femmes/Kennedy Okoth
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Ma vie d’avant était agréable, j’allais à l’école et je jouais avec ma meilleure amie.

Que pouvez-vous faire pour aider ?

« Les enfants ont besoin d’être protégés de la violence sexuelle, ne partez pas du principe qu’ils sont en sécurité à la maison. »

Aidez les organisations de femmes et les refuges locaux de votre communauté, qui protègent les femmes et les filles même pendant la COVID-19.

J’ai 12 ans et j’ai un petit frère âgé de 10 ans. Nous habitions avec notre père. Lorsque la pandémie de COVID-19 a éclaté, cela n’a plus été possible d’aller à l’école. Rester à la maison me rendait triste, mais, au moins, j’avais une amie qui était aussi ma voisine. Je pouvais lui rendre visite et nous pouvions jouer ensemble. C’est là que c’est arrivé.

Un après-midi, je suis allée chez elle pour regarder notre émission de télévision préférée. Mon amie est sortie faire une commission. Son père m’a attirée à lui et a commencé à me caresser. J’ai essayé de crier, mais il m’a plaqué ses énormes mains sur la bouche et m’a tirée jusqu’à son lit.

C’était horrible et tout ce que je voulais c’était qu’il arrête. À un moment, j’ai réussi à lui donner un coup de pied et je me suis enfuie en courant. Je suis rentrée à la maison et j’ai raconté ce qui s’était passé à la première personne qui, je croyais, allait m’aider, mon père.

Il a dit qu’il allait d’abord m’examiner. Et c’est là que tout a recommencé. Mon père m’a prise dans son lit.

Je me rappelle être restée allongée là, sans défense, les yeux noyés de larmes. Je me rappelle m’être sentie perdue : c’était mon père et j’étais venue lui demander de l’aide. Je ne savais pas vers qui d’autre me tourner. En qui puis-je avoir confiance si ce ne peut être en mon père ? Où puis-je être en sécurité si je ne le suis pas à la maison ?

Plus tard, mon père a demandé des explications au voisin et l’a emmené au poste de police, où on m’a demandé de raconter ma version des faits. À ce stade, je ne pouvais faire confiance à personne, jusqu’à l’arrivée d’une policière. Je lui ai tout raconté, y compris ce que mon père m’avait fait.

Après cela, on m’a emmenée dans ce refuge. Je me suis fait de nouvelles amies et j’ai repris mes études. J’ai pour matière préférée les mathématiques. Quand je serai grande, je veux être pédiatre.

Depuis, les coupables ont été arrêtés et l’affaire est au tribunal.

L’histoire d’Aisha est celle de nombreuses jeunes filles qui sont confrontées à la violence au sein de leur propre domicile. Nos programmes ont pour mission de lutter contre la violence basée sur le genre et d’aider les survivantes.

Aisha*, 12 ans, vit désormais dans un refuge dans la région côtière du Kenya, avec 34 autres enfants qui ont subi de la violence basée sur le genre. Lorsque les écoles ont fermé à cause de la pandémie de COVID-19, ces filles ont été victimes d’abus sexuels chez elles.

Les données du service d’assistance téléphonique national en matière de violence basée sur le genre au Kenya montrent une hausse alarmante des signalements de violence depuis le 13 mars, lorsque les premiers cas de coronavirus ont été confirmés dans le pays. D’après le président de la Cour suprême, David Maraga, les infractions sexuelles ont constitué 35,8 pour cent des affaires enregistrées depuis mars, et les services d’assistance téléphonique gratuite ont signalé une hausse de 42 pour cent des appels à l’aide.

ONU Femmes, avec le financement des gouvernements de la Finlande, de la Suède, du Japon et de l’Italie, collabore avec le Center for Rights, Education and Awareness (Centre de promotion des droits, de l’éducation et de la sensibilisation) afin d’aider les survivantes de violence basée sur le genre vivant dans des refuges dans tout le pays pendant la pandémie de COVID-19.

Grâce à ce soutien, qui est allé de la fourniture de consultations psychosociales et d’une aide juridique pro bono à la distribution de kits de dignité, de nourriture et d’autres produits de nécessité aux survivantes de violence, un minimum de services essentiels sont disponibles pour les survivantes, même pendant les confinements de la COVID-19.

L’histoire d’Aisha nous rappelle chaque jour combien il est urgent de maintenir et d’étendre cette aide, en particulier pendant une pandémie.

* Ce n’est pas son vrai nom. Celui-ci a été modifié pour protéger l’identité de la survivante.