Prenez cinq minutes : Pourquoi nous devons prendre au sérieux la violence en ligne contre les femmes et les filles pendant et après la crise de la COVID-19

Date : mardi 21 juillet 2020

Cecilia Mwende Maundu. Photo: Njeri Waigi.
Cecilia Mwende Maundu. Photo: Njeri Waigi.

Cecilia Mwende Maundu est une journaliste de radio et de télévision basée au Kenya et une spécialiste de la sécurité numérique des femmes. Elle est également l’actuelle secrétaire générale de l’International Association of Women in Radio and Television, au Kenya. Pendant la crise de la COVID-19, les femmes et les filles ont plus que jamais utilisé Internet pour rester connectées avec le monde, mais elles sont aussi la cible de la violence en ligne, il peut s’agir de menaces physiques, de harcèlement sexuel, de traque, du piratage de visioconférences et de messages à caractère sexuel non sollicités. ONU Femmes demande aux gouvernements de s’engager à améliorer la sécurité des femmes et des filles en ligne, et soutient les organisations de femmes pour renforcer leur défense lors de la crise de la COVID-19. Cecilia donne ses meilleurs conseils en matière de sécurité numérique.

Pourquoi est-il important de distinguer la violence en ligne et hors ligne lors de la crise de la COVID-19 ?

La violence basée sur le genre en ligne existe dans un contexte similaire à celui de la vie réelle. Elle est tout aussi destructrice que la violence hors ligne.

Nous vivons aujourd’hui dans une société virtuelle et la violence hors ligne s’est étendue à la violence en ligne, ce qui facilite les actes violents sans conséquence. Les femmes sont les principales cibles de la violence en ligne, en particulier les femmes qui s’expriment, comme les journalistes et politiciennes. Le harcèlement en ligne peut inclure, entre autres, l’intimidation en ligne, le troll, l’espionnage en ligne, la diffamation et les discours haineux, l’humiliation publique, ainsi que le vol d’identité et le piratage. J’anime une formation sur la manière dont les femmes peuvent protéger leur identité en ligne. 

Les hommes sont également harcelés en ligne, mais lorsque les femmes en sont la cible, le harcèlement en ligne se transforme rapidement en haine ou menaces sexualisées. La violence basée sur le genre en ligne est une expression manifeste des inégalités entre les sexes profondément ancrées dans notre société. 

Quelles sont les conséquences pour les femmes et les filles lorsqu’elles sont victimes de violence en ligne ?

La conséquence la plus importante est l’autocensure. Les femmes commencent à s’autocensurer en ligne. C’est ce que veulent les abuseurs.
La violence en ligne tente d’éloigner les femmes d’un secteur important de la sphère publique. Au Kenya, la loi n’a pas encore rattrapé son retard sur la technologie. Par exemple, la police ne prend au sérieux que la violence physique. Ce n’est pas parce qu’elle est en ligne que la violence est moins nocive.

Certaines femmes quittent même les plateformes en ligne [après avoir été harcelées]. Lorsque les journalistes doivent s’autocensurer, le droit fondamental à la liberté d’information est menacé.

La violence en ligne est un problème de santé publique et ses effets sont très préjudiciables. Elle conduit à des préjudices physiques, sexuels, psychologiques ou économiques, et elle entrave l’estime de soi.

Avez-vous vu la violence en ligne augmenter au Kenya à cause de la COVID-19 ?

Oui, absolument. Au Kenya, comme dans de nombreuses régions du monde, nous recevons de plus en plus de demandes de soutien en raison d’attaques contre des sites web féministes et des pages de médias sociaux. De nombreux agresseurs ont réussi à pirater et à contrôler les comptes des femmes et des militantes.

Lorsque la première patiente de la COVID-19 du Kenya, une jeune fille, est sortie de l’hôpital, les conséquences ont été terribles pour elle. Elle a été attaquée en ligne. Certains ont même dit qu’elle n’était pas malade et qu’elle avait été payée par le gouvernement. Ses photos privées ont été publiées en ligne.

Que peuvent faire les gouvernements et les particuliers pour mettre fin à la violence en ligne contre les femmes et les filles ?

Tout d’abord, nous devons sensibiliser le public. Même lorsque je parle à mes amis, beaucoup d’entre eux disent que la violence en ligne n’est pas un problème. Les gens doivent comprendre que c’est réel, qu’il s’agit de violence réelle avec des impacts réels. Parfois, cette violence passe du virtuel au réel.

Qu’est-ce que la sécurité numérique genrée ?

La sécurité numérique est la protection de l’identité d’une personne en ligne. La sécurité numérique des femmes comprend la formation des femmes et des filles à la protection, car il s’agit du groupe le plus vulnérable en ligne. 

Je veux que les femmes et les filles sachent qu’elles font partie des médias sociaux et qu’elles ont le droit d’être en ligne. Il existe des outils et des conseils pour nous aider à être en sécurité. Par exemple, Instagram a récemment ajouté l’outil anti-intimidation « Restreindre » disponible pour tout le monde, car personne ne doit vous conduire à quitter une plateforme en ligne. Voici quelques-uns de mes conseils de base en matière de sécurité numérique :

  1. Créer un mot de passe fort 
  2. Avoir des mots de passe différents pour des comptes différents
  3. Télécharger des applications à partir de plateformes authentifiées et utiliser l’authentification à deux facteurs
  4. Se déconnecter de ses comptes
  5. Ne pas utiliser le WIFI public pour partager des informations sensibles, comme des coordonnées bancaires
  6. Utiliser un logiciel antivirus et, si possible, utiliser un réseau privé virtuel