Où je me tiens : « Ensemble, nous instaurons la paix et l’égalité des droits sur nos territoires. »

Johana, une femme transgenre, est la créatrice de la Fondation Johana Maturana, une organisation qui promeut les droits des personnes LGBTI dans le département de Chocó, en Colombie. Elle souligne combien il est nécessaire que les ressources financières atteignent les communautés locales et l’obligation pour celles-ci d’agencer l’action humanitaire.

Date : lundi 17 août 2020

Johana Maturana,  Colombia.  Photo: UN Women
Johana Maturana. Photo: ONU Femmes

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« Le conflit armé a provoqué chez nous beaucoup de désespoir, de tristesse et de douleur. En tant que femmes et membres d’une population diversifiée, le fait d’être déplacées nous a beaucoup affectées, car nos collègues ont dû quitter leurs territoires et aller vivre dans d’autres villes. Nous ne pouvons pas parler d’après conflit quand une telle situation n’existe vraiment pas. Nous sommes encore en guerre.

Si [une personne] décide d’être [ouvertement] transsexuelle ou transgenre, ou de manifester son appartenance à la communauté des LGBTI dans le département de Chocó, [elle] ne sait pas que certains groupes pourraient tenter de [la tuer], et [elle] pourrait [être contrainte d’aller] vivre ailleurs. Nous devons donc renforcer nos capacités pour être en mesure de nous défendre contre toute situation susceptible de se présenter.

Lorsque nous avons créé l’organisation, il y a cinq ans, j’ai dû utiliser mes propres ressources. En Colombie, il existe de nombreuses organisations [qui promeuvent les droits des personnes LGBTI] aux niveaux national et départemental, mais il est indispensable que [les ressources] parviennent jusqu’à elles. La coopération internationale [doit] atteindre les territoires et procéder à une réelle évaluation. Nous devons nous assurer que les fonds [atteignent] les organisations qui travaillent avec enthousiasme et amour.

En outre, des discussions doivent être menées sur les territoires avec les membres des communautés afin qu’il soit possible de parvenir à un consensus. C’est ainsi que nous pourrons vraiment commencer à combler le fossé des inégalités pour les femmes, les enfants, les personnes âgées, les membres de la communauté LGBTI et ceux vivant avec un handicap. Nous invitons les décideurs à venir voir par eux-mêmes quels sont nos besoins dans le département de Chocó et dans chacun des territoires de la Colombie.

Nous voulons être [reconnues] comme des femmes différentes et comme des personnes LGBTI qui apportent réellement des changements et des transformations dans nos communautés. Nous avons réalisé des progrès à beaucoup de points de vue, par exemple en matière d’égalité des mariages et de droit pour les personnes transgenre de changer leur nom et leur genre, mais nous ne sommes pas parvenues à ces résultats seules – nous les avons atteints avec tous les membres du [mouvement] des femmes. Ensemble, nous sommes en train d’instaurer la paix et l’égalité des droits sur nos territoires. »


 

ODD 10 : Inégalités réduites

Les éléments de ce récit sont basés sur l’interview de Johana Maturana pour l’une des émissions « Qui tient le micro », une série de vidéos participatives présentant des femmes et des organisations locales dans le cadre d’un projet de recherche d’ONU Femmes financé par le Gouvernement des États-Unis. À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, les paroles de Johana Maturana nous rappellent le travail crucial des organisations de base qui œuvrent en faveur de l’égalité des sexes dans les situations de crise. Leur leadership, leurs voix et leurs expériences doivent façonner l’action humanitaire.