Vers une migration sûre et un travail décent pour les femmes du Népal

Dawa Dolma Tamang a migré d’une région rurale du Népal pour se rendre à Abou Dhabi dans l’espoir d’améliorer ses moyens d’existence et de subvenir aux besoins de sa famille. Mais cet espoir fut trompé, car en fin de compte elle a dû payer le septuple du prix juste à l’agence de recrutement et s’est vue injustement refuser un travail pour des raisons médicales. Avec l’aide de Pourakhi, une organisation de défense des droits des migrantes, elle a pu obtenir une assistance juridique et recouvrer une partie de son argent. Aujourd’hui, Tamang travaille comme maçonne et commencera bientôt une formation professionnelle, qui lui apportera également des compétences entrepreneuriales, dans le cadre d’un programme mené par ONU Femmes en faveur de l’autonomisation économique des femmes au Népal.

Date : mercredi 14 septembre 2016

Dawa Dolma Tamang in the Pourakhi office.
Dawa Dolma Tamang (à droite) visite le bureau Pourakhi régulièrement pour apprendre davantage sur les possibilités de formation à venir. Photo: ONU Femmes / Pradeep Shakya

Au mois d’août, la canicule règne à Katmandou. Dawa Dolma Tamang, 32 ans, assise sur une chaise au bureau de Pourakhi, qui soutient les travailleuses migrantes, regarde pensivement par la fenêtre. « Je souhaite envoyer mes enfants à une meilleure école et aider mon mari à gagner de quoi mener une vie décente. Je souhaite que ma famille soit de nouveau réunie », dit-elle.

L’histoire de Tamang commence en avril 2016, lorsqu’elle quitte son village Maheshwari reculé dans l’est du Népal afin d’aller travailler à Abou Dhabi. À son arrivée, elle ne peut que constater un fait : elle est déclarée inapte au travail pour des raisons médicales et elle est renvoyée au Népal, démunie.

 « J’ai migré parce que je voulais gagner un salaire et changer ma vie », confie-t-elle. Comme son mari était alcoolique et qu’elle avait deux enfants à nourrir, la migration se présentait comme le seul moyen d’échapper aux griffes de la pauvreté. D’après le dernier rapport [1] sur les migrations à l’étranger publié par le Département népalais de l’emploi étranger, 21 421 femmes népalaises travaillaient légalement outre-mer en 2014-15, pour la plupart aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite et au Koweït.

Une agence de recrutement a offert à Tamang un travail de nettoyeuse à Abou Dhabi, lui promettant un salaire qu’elle ne pouvait même pas imaginer gagner au Népal. Ayant confié la garde de ses enfants à sa belle-sœur, elle s’est rendue à Katmandu pour obtenir son visa. « J’ignorais totalement que l’entreprise de recrutement à Abou Dhabi avait payé pour mon visa et les billets... et l’agent au Népal a exigé sept fois le montant requis. J’ai été obligé de lui verser 70 000 roupies (700 dollars) ! »

Peu après son arrivée à Abou Dhabi, Tamang a été conduite à un appartement d’une seule pièce que partageaient huit autres femmes. Mesure prévue au processus de recrutement, un médecin lui a rendu visite le troisième jour, afin de lui faire subir un examen médical, qui comprenait un test pour la tuberculose. Bien qu’ayant été testée positive pour la tuberculose latente, Tamang n’a pas été informée de son état médical. Après 45 jours, elle a été menée à un hôpital, où le même test s’est avéré de nouveau positif. Les médecins à l’hôpital lui ont expliqué qu’elle était atteinte de tuberculose latente, et l’ont traitée pour cette affection. Vingt-cinq jours plus tard, Tamang est sortie de l’hôpital et déclarée apte au travail. Cependant, l’entreprise de recrutement a refusé de l’employer. Elle lui a remis un billet et obligée à quitter Abou Dhabi le lendemain. 

« J’ai regagné mon pays sans un sou, et frappée d’une étrange maladie pour laquelle je dois toujours prendre des médicaments », raconte-t-elle. Au cours du mois qui a suivi son retour, Tamang a séjourné dans la maison de sa sœur à Katmandou, cherchant en vain à se faire dédommager par l’agence de recrutement, qui le lui a refusé parce que Tamang ne disposait pas de tous les reçus et ne pouvait pas prouver que l’agence l’avait fait payer trop cher. 

La mésaventure de Tamang est malheureusement très fréquente parmi les femmes qui migrent du Népal, explique Manju Gurung, de Pourakhi (terme qui signifie autonomie en langue népalaise), une organisation non gouvernementale appuyée par ONU Femmes et œuvrant à la protection des travailleuses migrantes. « Les Népalaises qui migrent pour trouver un travail à l’étranger sont mal protégées, se voient souvent privées de leurs salaires ou frappées de réductions de dépenses sans indemnisation. De plus, elles travaillent dans de piètres conditions d’hygiène et de sécurité », souligne Gurung. Le problème a été exacerbé par les recruteurs, qui ne partagent pas les risques, et par des employeurs qui abusent de la vulnérabilité de ces femmes, car celles-ci ne peuvent accéder au système légal du pays d’accueil.

 Dawa Dolma Tamang.
Dawa Dolma Tamang. Photo : ONU Femmes / Pradeep Shakya

« Ce dont nous avons besoin de toute urgence est que l’on applique la Loi sur l’emploi étranger et sa réglementation, car cela non seulement mettrait fin à la discrimination basée sur le genre, mais permettrait aussi d’adopter des mesures spéciales pour garantir la sécurité et les droits des femmes recherchant des emplois outre-mer en responsabilisant les employeurs et les recruteurs », déclare Mio Yokota, spécialiste des programmes d’ONU Femmes au Népal.

Aux termes de la législation, une migrante retournant au pays peut prétendre au remboursement de l’intégralité du montant qu’elle a versé à l’agence de recrutement si, bien que déclarée médicalement apte au travail, le recruteur la renvoie dans son pays pour des motifs médicaux. Grâce à l’assistance juridique de Pourakhi, Tamang a pu récupérer 60 pour cent de l’agent qu’elle avait versé à l’agence. « Si j’avais conservé tous les reçus pour le montant que j’ai payé, j’aurais été dédommagée à 100 pour cent. Cette leçon a été dure ».

Aujourd’hui, alors qu’elle reprend des forces, Dolma Tamang se prépare à un avenir meilleur. Elle travaille comme maçonne et épargne afin de pouvoir rembourser le prêt qu’elle a contracté en vue de migrer. Elle s’inscrira au prochain cours de formation et d’apprentissage à l’entrepreneuriat organisé dans le cadre du programme lancé par ONU Femmes, avec un financement du gouvernement de Finlande, en faveur de l’autonomisation économique des femmes au Népal. Ce programme vise à soutenir 2000 femmes, y compris des migrantes retournant au pays, à apporter une aide au lancement de micro-entreprises et au placement de femmes dans des emplois, et à établir des liens avec des institutions financières et du secteur privé.

Notes

[1]Département de l’emploi étranger, Ministère du Travail et de l’Emploi (2016), Migration de la main-d’œuvre à des fins d’emploi - Rapport de situation 2014/15, p. 7 (en anglais). http://www.dofe.gov.np/new/download/download_document/38