Au Kirghizistan, les jeunes sont en première ligne du mouvement en faveur des communautés pacifiques

Au Kirghizistan, un programme soutenu par ONU Femmes a permis à 15 000 jeunes d’intervenir pour prévenir la violence, promouvoir l’égalité des sexes et la tolérance à l’égard de la diversité dans leurs communautés. Ces initiatives servent à enseigner aux jeunes vivant dans des villages reculés comment entretenir des relations fondées sur le respect mutuel et leur apportent les compétences nécessaires à leur subsistance.

Date : mercredi 9 août 2017

Peer educators discuss violence against women in their communities in Chui region of Kyrgyzstan. Photos: UN Women Kyrgyzstan/Gerald Gunther
Photo: ONU Femmes Kyrgyzstan/Gerald Gunther
 

C’est samedi matin dans le village d’Asylbash, situé dans la région de Chui, la plus septentrionale du Kirghizistan. Diana Ruslan kyzy, âgée de quinze ans, se prépare pour aller à l’école où elle et ses camarades doivent participer à une séance d’enseignement animée par de jeunes éducateurs. Elles y discuteront de la violence faite aux femmes et aux filles de leur communauté et elles organiseront des initiatives locales.

Ruslan kyzy est une « agente du changement ». Dans le cadre du programme « Bâtir un mouvement pour la paix » d’ONU Femmes financé par le Fonds de consolidation de la paix des Nations Unies, plus de 15 000 jeunes du Kirghizistan âgés de 14 à 17 ans, dont deux tiers sont des filles, prennent des mesures dans leurs communautés pour protéger les droits des femmes et des filles. Elles animent des séances d’information avec leurs pairs dans près de 100 écoles ; elles dialoguent avec les autorités locales afin de faire appliquer les lois en vigueur pour protéger les femmes et les filles ; et elles travaillent en partenariat avec les organisations de la société civile pour diriger des initiatives de consolidation de la paix au niveau local.

Diana Ruslan Kyzy, a peer educator. Photo: UN Women Kyrgyzstan/Gerald Gunther
Photo: ONU Femmes Kyrgyzstan/Gerald Gunther
 

«Grâce à ONU Femmes, j’ai pris connaissance des droits humains et acquis des compétences entrepreneuriales. Nous avons appris à former des équipes de filles et de garçons possédant des points de vue, des origines ethniques et des croyances religieuses variées. Aujourd’hui, nous travaillons ensemble pour tenter de résoudre des problèmes tels que les mariages précoces, les mariages par enlèvement et la violence domestique, et enseigner le respect de la diversité dans nos communautés », dit Diana Ruslan kyzy.

L’engagement de la jeunesse au-delà des clivages ethniques favorise la cohésion sociale et l’inclusion. Dans le Kirghizistan rural, ceci est un concept novateur.

«Au Kirghizistan, les jeunes étaient souvent exclus des initiatives en faveur de la paix. Reconnaissant ce fait, ONU Femmes a permis aux étudiants du secondaire de devenir des agentes et agents du changement dans la vie quotidienne, afin d’assurer la paix et la justice pour tout le monde », explique Gerald Gunther, représentant d’ONU Femmes au Kirghizistan.

Depuis 2012, ONU Femmes a travaillé en collaboration avec des partenaires locaux pour apporter aux jeunes du Kirghizistan les compétences nécessaires à la vie courante et à leur subsistance par le biais d’un certain nombre d’initiatives largement financées par l’Union européenne, le Fonds de consolidation de la paix et le gouvernement de la Finlande. Les filles apprennent à connaître leurs droits et acquièrent des compétences en affaires pour pouvoir contribuer au revenu de leur famille au fur et à mesure qu’elles grandissent. Cela permet également de retarder les mariages précoces auxquels sont confrontées bon nombre de filles dans le pays. De la même façon, les garçons acquièrent des compétences de vie, comme l’utilisation efficace des ressources naturelles limitées, tout en apprenant à ne pas sous-estimer l’égalité des sexes.

Une de ces initiatives, intitulée « Mon école sûre et pacifique », consiste en un cours délivré par de jeunes éducateurs formés par ONU Femmes qui vise à autonomiser les jeunes et à leur inculquer la tolérance. Ce cours a pour but de les responsabiliser en tant que citoyennes et citoyens en leur transmettant des compétences en matière de plaidoyer, en développant leur esprit d’équipe et en leur apportant des connaissances sur les droits humains et l’égalité des sexes qu’ils peuvent ensuite diffuser au sein de leur réseau. Les jeunes éducateurs hommes appellent ainsi souvent leurs camarades dans les clubs de football à plaider en faveur d’un traitement égal et respectueux des filles.

Parallèlement à l’initiative de l’éducation par des pairs, ONU Femmes apporte son soutien à un partenaire local, « Rural Advisory Service », pour former le personnel enseignant à la dispense d’un autre cours intitulé « Ma ferme prospère » qui intéresse les élèves à la culture de jardins potagers et à la transformation de produits agricoles ainsi qu’à leur commercialisation.

Diana Ruslan kyzy et Aigul Bektemirova sont toutes les deux des pairs éducatrices et ont également été formées à la culture potagère et la transformation des fruits.

Peer educator Aigul Bektemirova. Photo: UN Women Kyrgyzstan/Gerald Gunther
Photo: ONU Femmes Kyrgyzstan/Gerald Gunther

«Je savais que je devais faire quelque chose pour lutter contre les mariages précoces. J’ai donc commencé à expliquer à nos villageois quels étaient les effets négatifs du mariage d’enfants », explique Aigul Bektemirova. « Je fais également de mon mieux pour les persuader de mettre un terme aux mariages religieux entre mineurs, dans les endroits où leur enregistrement officiel n’est pas possible. »

Avec leurs pairs, les filles ont organisé diverses campagnes de plaidoyer et de sensibilisation sur la violence basée sur le genre, en y impliquant l’administration scolaire, leurs parents et les représentants des autorités locales.

Aibek Muratov, un garçon de 15 ans originaire de la région de Jumgal, un district montagneux aux hivers rudes, a également participé au cours « Ma ferme prospère ». Il montre fièrement son tas de compost, sa serre et ses autres innovations dans le petit lopin de terre familial dont il s’occupe après l’école.

«Avant d’être impliqué dans ce projet, j’avais l’intention de kidnapper une jeune fille après l’obtention de mon diplôme, une pratique devenue courante dans notre village, et de la faire rester à la maison pour accomplir toutes les tâches ménagères pendant que je me rends à l’étranger pour travailler », dit Aibek. « Mais maintenant, je veux faire la cour et demander en mariage une fille instruite qui veut vivre avec moi. Je la traiterai comme mon égale et nous travaillerons ensemble sur nos terres. »

Aibek est un ardent défenseur de l’éducation des filles et exhorte ses pairs masculins à rejeter le mariage par enlèvement, la pratique consistant à enlever une jeune fille pour l’épouser, qui condamne souvent les filles à la servitude et à des grossesses précoces.

ONU Femmes continuera de soutenir les initiatives « Mon école sûre et pacifique » et « Ma ferme prospère » dans 100 villages à travers le Kirghizistan jusqu’en 2020. Ces deux cours ont récemment été approuvés par le ministère de l’Éducation pour être lancés à l’échelle nationale. Parmi les premiers résultats de ces initiatives figurent des relations assainies, des grossesses retardées et des communautés moins perturbées par les migrations.