Où je me tiens: « Je m’inquiète de la mousson... notre petit abri restera-t-il debout? »

Minara Begum fait partie des milliers de femmes Rohingya qui ont fui la violence déclenchée par l’armée du Myanmar dans son village, Buchidong, au Myanmar. Ayant acquis de nouvelles compétences au Centre multifonctionnel pour femmes du camp de réfugié-e-s de Cox’s Bazar, un centre soutenu par ONU Femmes au Bangladesh, elle raconte son expérience aux responsables du camp et vient en aide à d’autres femmes Rohingya.

Date : lundi 21 mai 2018

Minara Begum. Photo: UN Women/Allison Joyce
Minara Begum. Photo: ONU Femmes/Allison Joyce
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Au Myanmar, nous avions une grande maison de bois. Nous avions des vaches, des chèvres, de la volaille et de nombreux arbres autour de la maison. Nous cultivions du riz et avions toujours de quoi manger à notre faim.

Lorsque les militaires sont venus, ils ont commencé par incendier nos maisons et nos mosquées, puis par tuer les villageois. J’ai pris la fuite avec mes parents, mes frères et sœurs, et ma fillette de quatre ans. Nous n’avons rien pu emporter avec nous.

J’ai marché pendant cinq jours sans nourriture. La nuit, nous dormions où nous pouvions, en plein air. Lorsque nous avons gagné le fleuve, j’ai fait don de ma broche nasale au batelier pour atteindre l’autre rive.

Aujourd’hui, nous sommes au camp de Balukhali, mais la vie n’y est pas facile. Mon père est âgé et ne peut plus travailler. Je suis obligée de sortir pour ramasser les articles de première nécessité qu’on nous distribue et les ramener chez moi. Mon enfant pleure beaucoup... nous manquons de nourriture. Elle demande à manger du poisson et de la viande, mais je ne peux lui en donner.

Surtout, je m’inquiète de la prochaine mousson. Nous sommes dans une zone de basse altitude... notre petit abri restera-t-il debout ?

Dernièrement, j’ai appris à faire de la couture au Centre multifonctionnel pour femmes qui se trouve dans le camp. Je me suis également portée volontaire pour renseigner d’autres femmes dans le camp sur l’existence du Centre afin qu’elles puissent y venir et apprendre la couture. Je parle aux parents d’adolescentes au camp et je les encourage à envoyer leurs filles au Centre afin qu’elles puissent acquérir de nouvelles compétences et prendre connaissance des services qui leur sont proposés.

Je me sens bien quand je suis au Centre, à rencontrer d’autres femmes et à apprendre. Si je parviens à obtenir une machine à coudre, je pourrai gagner un peu d’argent pour ma famille, acheter de la bonne nourriture pour ma fille et lui offrir une éducation. Je voudrais que son avenir soit meilleur que notre lot actuel. »


ODD 8 : Travail décent et croissance économique
ODD 10 : Inégalités réduites

Âgée de 22 ans seulement, Minara Begum a surmonté d’énormes difficultés avant de trouver la sécurité au camp de réfugié-e-s de Cox’s Bazar, au Bangladesh. Mais, pour elle, la sécurité demeure une notion relative. Sur sa liste de priorités figurent des activités génératrices de revenus, une nourriture et une éducation améliorées pour sa fille et un abri sûr et capable de résister aux pluies qui s’annoncent. L’expérience de Minara Begum reflète la réalité des centaines de milliers de femmes qui se trouvent emmurées dans l’une des crises de réfugié-e-s les plus explosives du moment. Elle montre aussi comment les Objectifs de développement durable relatifs à la promotion du travail décent et à l’emploi productif pour tous (ODD 8) et à la facilitation de la migration et de la mobilité des personnes (ODD 10) affectent les femmes sur le terrain.