Les femmes se mobilisent pour prévenir la propagation du Covid-19 dans les camps de réfugiés rohingyas déjà surpeuplés

Pour éviter une crise humanitaire supplémentaire dans les camps de réfugiés rohingyas déjà si vulnérables de Cox's Bazar, au Bangladesh, 24 femmes rohingyas travaillent bénévolement avec ONU Femmes pour mobiliser leurs communautés et les sensibiliser à la pandémie de Covid-19.

Date : jeudi 16 avril 2020

Mobina Khatun est une Rohingya qui s’est portée volontaire pour travailler avec ONU Femmes.
Photo : ONU Femmes/Pappu Mia
Mobina Khatun est une Rohingya qui s’est portée volontaire pour travailler avec ONU Femmes.
Photo : ONU Femmes/Pappu Mia.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, au 15 mars 2020, il y avait 859 161 réfugiés Rohingyas en provenance du Myanmar au Bangladesh, pour la plupart des femmes et des filles. À la date du 13 avril 2020, le pays enregistrait 621 cas confirmés de Covid-19 et 34 décès.

« Nous devons prévenir cette maladie, et pour cela nous devons sensibiliser davantage les gens à l’hygiène personnelle, au lavage des mains et aux choses à faire et à ne pas faire quand quelqu’un [tombe malade] », déclare Mobina Khatun, 45 ans, femme Rohingya bénévole dans le secteur Ukhiya de Cox's Bazar, au Bangladesh. Accompagnée d’autres femmes, elle effectue chaque jour des visites de porte-à-porte à travers le camp 4, afin de fournir des informations essentielles pour la prévention tout en prenant soin de respecter la distance physique nécessaire avec les autres.

Elle s’inquiète de l’impact que le Covid-19 pourrait avoir sur les femmes soutiens de famille dans les camps, en raison des normes sociales qui prévalent et du rôle qui leur est traditionnellement imparti en tant que principales personnes chargées de la dispense des soins. « Si la mère est atteinte, alors tous ses enfants sont vulnérables », indique-t-elle.

Bien que les taux de mortalité liés au Covid-19 soient plus faibles chez les femmes que chez les hommes et que les enfants semblent moins touchés, les données ventilées par sexe et par âge en train d’être recueillies ainsi que les dernières conclusions qui viennent d’être dégagées montrent que dans certains pays, les femmes travaillant dans le secteur de la santé sont deux fois plus contaminées que leurs homologues masculins. Les populations réfugiées sont confrontées à des défis supplémentaires, car leur niveau de nutrition est plus faible, ce qui amenuise leur résistance immunitaire face à la maladie, et elles ont moins accès aux installations sanitaires et aux soins médicaux.

« Nous avons peur parce que nous n’avons rien », explique Mobina Khatun. « Comme nous vivons entassés dans ces zones, si l’accès aux traitements médicaux est limité et que le virus arrive ici, nous allons tous mourir. Nous avons donc besoin d’un matériel hygiénique adéquat, de savon et de masques, et aussi bien sûr de médecins et d’infirmières ».

Les normes sociales et les rôles impartis aux hommes et aux femmes dans les communautés Rohingyas conduisent également à limiter l’accès de ces dernières et des filles à l’information, ce qui les rend plus vulnérables au virus, en particulier parce qu’il leur revient de prendre soin des enfants, des personnes âgées et des autres membres malades du foyer.

L’augmentation de la violence domestique et d’autres formes de violence à leur encontre en raison des tensions sociales et de la panique dans les camps est une autre préoccupation majeure pour elles. Les estimations mondiales montrent que, dans les situations de crise, plus de 70 pour cent des femmes sont victimes de violences basées sur le genre. Un rapport récemment publié par ONU Femmes fait déjà état de la menace croissante de violence due à la pandémie de Covid-19 à l’égard des femmes et des filles ; les statistiques au niveau des lignes d’assistance téléphonique et des refuges pour victimes de la violence domestique traduisent une augmentation du nombre d’appels dans le monde entier, pouvant aller jusqu’à 30 pour cent ou plus dans certains pays.

Pour contrer les risques et minimiser les obstacles liés aux questions de genre à Cox's Bazar, des dirigeantes Rohingyas se sont auto-mobilisées, formant des réseaux et sensibilisant au danger que représente le coronavirus dans l’ensemble des camps.

Nurussafa (à gauche) s’efforce de tenir la communauté informée sur les diverses façons de prévenir la propagation du Covid-19 dans le camp. Photo : ONU Femmes
Nurussafa (à gauche) s’efforce de tenir la communauté informée sur les diverses façons de prévenir la propagation du Covid-19 dans le camp. Photo : ONU Femmes.

« La pandémie a rendu la vie dans les camps plus difficile encore. Le prix des denrées alimentaires a augmenté et il y a une pénurie des stocks en raison des restrictions imposées au transport et à la circulation », explique Nurussafa, jeune bénévole Rohingya de 25 ans, vivant dans le camp 5. Elle indique que les femmes doivent faire face à la l’effort supplémentaire que requièrent la collecte de plus grandes quantités d’eau, le nettoyage accru et des lavages plus fréquents.

Après avoir été recrutée comme volontaire, elle a reçu une formation au Covid-19, notamment sur les gestes de prévention à avoir en matière de lavage des mains, d’hygiène respiratoire et de maintien d’une distance physique, ainsi que pour savoir à quel moment chercher une aide médicale en plus de l’importance de toujours rester calme.

Elle se déplace et fait du porte-à-porte pour expliquer aux femmes comment se protéger et ce qu'il faut faire en cas d’infection. Elle se charge également de résoudre les conflits entre membres de la communauté. Pour atténuer le risque accru de violence et d’abus domestiques, elle invite les femmes et les filles à se mettre en rapport avec les espaces d’accueil mis en place par ONU Femmes dans les camps.

Nurussafa dit apprécier son nouveau rôle. « En tant que bénévole, j’ai la chance d’assister à des réunions et à des formations où je peux enrichir mes connaissances et mes compétences... et aider ma communauté à se protéger du virus. Comme je travaille avec ONU Femmes, j’ai une identité officielle et une dignité. Ma famille et ma communauté me respectent ». Son mari la soutient également : lorsqu’elle va travailler, c’est lui qui s’occupe de leurs deux filles.

En plus de l’appui et de la formation qu’elle offre à ces femmes cheffes de file, ONU Femmes a détaché six responsables du genre (qui supervisent les acteurs humanitaires, coordonnent et assurent la liaison avec le gouvernement et les organes de sécurité) dans les camps en charge, soit 12 camps de réfugiés à Cox's Bazar. Elles plaident pour faire entendre la voix des femmes et des filles rohingyas, pour que leurs besoins soient pris en compte et que leurs droits soient respectés.

Mani Elizabeth Chakma est responsable des questions de genre pour ONU Femmes et couvre le périmètre des camps 3 et 4, ainsi que l’annexe du camp 4. Elle explique qu’il est maintenant plus difficile d’effectuer des visites régulières sur le terrain en raison des mesures liées au Covid-19 qui limitent les déplacements à l’intérieur des camps. « Lorsque j’arrive à me rendre dans les camps dont je m’occupe, mes collègues bénévoles sur le terrain viennent à moi, contentes de me revoir. À la fin de la journée, je suis fière qu’elles réussissent à toucher autant de réfugiés Rohingyas avec ces messages ».

Au début du mois d’avril, les femmes Rohingyas qui se mobilisent avaient déjà sensibilisé 2 863 membres de la communauté, en l’espace d’une semaine.

Le travail humanitaire d’ONU Femmes auprès de ces populations réfugiées et des communautés d’accueil au Bangladesh est généreusement soutenu par les gouvernements du Japon, du Canada, de la Suède, de l’Allemagne et de l’Australie.