Le retour de Fatouma à l’école

ONU Femmes aide les filles et les jeunes femmes au Mali à réussir les examens du secondaire et à poursuivre leurs rêves.

Date : lundi 7 janvier 2019

Fatouma, avec son frère, sa femme et leurs enfants, et leur mère. Sa famille a bien compris qu’il était important, pour Fatouma et son avenir, qu’elle obtienne son diplôme de fin d’études. Photo : ONU Femmes/Sandra Kreutzer

Fatouma Kanta était dans un état désespéré lorsqu’elle s’est rendue dans les locaux d’ONU Femmes à Bamako, la capitale du Mali. « Je ne savais pas où me tourner. J’ai pensé qu’ONU Femmes était le seul endroit où je pouvais trouver de l’aide » explique la jeune femme de 19 ans.

Fatouma Kanta a suivi des classes de tutorat supplémentaires organisées par ONU Femmes, avec 1007 autres filles et garçons issus de familles défavorisées de Bamako. Photo : ONU Femmes/Sandra Kreutzer

Fatouma vit à Bamako avec son frère depuis 2016. Il l’a accueillie chez lui après qu’elle se soit enfuie de chez elle, à Macina, un petit village situé dans le centre du Mali où sa famille avait prévu de la marier contre son gré. Elle avait 16 ans à l’époque. « C’est important pour moi d’avoir une famille, tout aussi important que finir mes études. Mais d’abord je veux trouver un bon travail, pour gagner ma vie. »

Mais les frais de scolarité étaient élevés et, après le deuxième échec de Fatouma à l’examen national de fin du secondaire, son frère n’a plus voulu payer sa scolarité. Il lui a trouvé un emploi de femme de chambre, avec 10 000 francs CFA (environ 17 USD) de rémunération par mois.

« Cela aurait été un cauchemar pour moi » poursuit Fatouma. « Quitter l’école sans diplôme signifiait que je n’aurais pu trouver un emploi que comme travailleuse sans qualification, pour le reste de ma vie. »

Au début de cette année, lorsque Fatouma a entendu parler à la radio locale d’un programme d’éducation pour les filles et les jeunes femmes mis en place par ONU Femmes. Elle a tenté sa chance et s’est rendue au bureau d’ONU Femmes à Bamako, dès le lendemain, pour y demander de l’aide.

« Fatouma nous a raconté son histoire et tout de suite après nous sommes allés voir son frère pour le convaincre de continuer à la soutenir » a déclaré Abdramane Coulibaly, coordinateur de projet d’ONU Femmes au Mali. « Et très vite nous avons compris que d’autres filles et jeunes femmes risquaient le même sort si elles ne réussissaient pas leurs examens. L’idée a donc germé de parrainer des cours de tutorat pour les filles. »

Fatouma, deuxième en partant de la gauche et plusieurs de ses camarades devant l’école. Photo : ONU Femmes/Sandra Kreutzer

Le niveau d’éducation au Mali est l’un des plus bas de toute l’Afrique. Bien que le taux de scolarisation dans le primaire augmente, selon les données de l’UNICEF moins de 37 pour cent des filles achèvent les neuf années d’éducation obligatoire, et les taux d’abandon de la scolarité des filles sont très élevés dans le secondaire.

Souvent, les parents n’ont pas les moyens financiers de maintenir leurs enfants à l’école. Les filles sont en fait les premières à être retirées de l’école, car on attend d’elles qu’elles apportent un complément au revenu familial en vendant des aliments et des petits articles, qu’elles s’occupent de leurs frères et sœurs plus jeunes et qu’elles aident aux travaux ménagers ou agricoles. De plus, le mariage et la maternité précoces poussent de nombreuses filles à quitter l’école avant la fin du cursus scolaire.

Dans le cadre du programme d’éducation pour les filles et jeunes femmes au Mali, soutenu par la République de Corée du Sud, ONU Femmes a organisé un cours intensif de tutorat d’un mois pour filles et garçons dans 7 communautés de la zone de Bamako. Au mois de mai 2018, 1 007 filles et garçons de familles en situation de pauvreté de Bamako, dont Fatouma Kanta, ont assisté aux tutoriels de préparation à l’examen national de fin des études au lycée. ONU Femmes a également fourni des livres et des crayons aux élèves ayant participé à ces cours.

Les efforts ont porté leurs fruits : 864 élèves ont réussi l’examen, dont 650 filles, Fatouma étant l’une d’elles.

Durant les week-ends, les filles et les garçons suivaient des cours supplémentaires de français, mathématiques, physique et chimie en vue de passer les examens du secondaire en juin 2018. Photo : ONU Femmes/Sandra Kreutzer

 « Ce projet pilote de classes de tutorat a montré à quel point nous pouvons, de manière simple et rapide, faire une réelle différence dans la vie des filles et des garçons au Mali » a ajouté Abdramane Coulibaly. « Nous prévoyons déjà de répéter les tutoriels l’année prochaine pour davantage d’élèves, notamment les filles et garçons déplacés venant du Nord qui ne peuvent pas rester à l’école pendant de longues périodes. »

Pour Fatouma, les classes de tutorat gratuites et de qualité lui ont pratiquement sauvé la vie. « Sans ce soutien, je n’aurais peut-être pas réussi à ma troisième tentative » a-t-elle affirmé, tenant fièrement son diplôme entre ses mains. « Maintenant je peux continuer mes études. Je rêve de devenir sage-femme et d’aider les autres femmes. »

La réussite de Fatouma a également convaincu son frère Issa Kanta qu’elle possède les capacités voulues. « Au début, je pensais que repasser les examens était une perte de temps, mais maintenant ma sœur a tellement d’options que je suis sûr qu’elle trouvera le travail qu’elle veut. »

L’année prochaine, Fatouma Kanta pense suivre des cours dans une université à Bamako, un pas de plus qui la rapprochera de son rêve.

Depuis 2016, la Corée du Sud, par le biais de son agence de coopération internationale, KOICA, soutient la qualité de l’éducation, de la santé et des conditions de vie des filles et des jeunes femmes au Mali à travers un programme conjoint mis en œuvre par ONU Femmes en partenariat avec l’UNESCO et le FNUAP.