Où je me tiens : « L’égalité entre les hommes et les femmes... est une obligation morale »

Taher Sellami, jeune entrepreneur et étudiant en commerce, s’ingénie à favoriser le changement social en Tunisie et dans le reste du monde grâce aux nouvelles technologies.

Date : vendredi 12 juillet 2019

Taher Sellami. Photo: UN Women/Jodie Mann
Taher Sellami. Photo: UN Women/Jodie Mann

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Un de mes bons amis, originaire de Côte d’Ivoire et étudiant en architecture, s’est vu refuser le travail de ses rêves. Je connaissais également la personne qui a décroché ce poste : il était beaucoup moins doué, mais il était Tunisien.

En discutant avec le service des ressources humaines, j’ai été choqué d’apprendre qu’ils craignaient que cela ne brise l’homogénéité sur le lieu de travail.

Ces pratiques discriminatoires sont répandues au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Elles se fondent non seulement sur les origines et la religion, mais également sur le sexe, l’identité sexuelle, la santé, le handicap, l’âge, la langue, la situation socioéconomique, et malheureusement beaucoup d’autres critères.

La discrimination dont mon ami a fait l’objet m’a marqué. Elle a joué un rôle mobilisateur et m’a incité à agir pour faire bouger les choses. 

INO est une application permettant aux demandeurs d’emploi d’accéder aux offres publiées par les entreprises. L’application se sert des nouvelles technologies, comme la blockchain, pour masquer l’identité des candidats qui postent leur CV sur INO. Les CV suivent tous un format standard, ils sont anonymes et ne comportent aucune photo ni aucune autre donnée susceptible de révéler l’identité de la personne. Ainsi, les candidats sont jugés en fonction de leurs compétences et non de leurs origines.

L’objectif est de mettre fin à toutes les formes de discrimination, mais nous concentrons aussi nos efforts sur la discrimination fondée sur le sexe et le genre, car si vous regardez la Tunisie – surtout les postes à hautes responsabilités – la plupart sont occupés par des hommes.

On s’est moqué de moi et on m’a demandé : « Pourquoi est-ce que tu te bats pour les droits des femmes alors que tu es un homme ? On n’a pas besoin de se battre, on n’a pas besoin de s’inquiéter pour elles ». Moi, je pense qu’il s’agit d’une responsabilité partagée. Les hommes doivent se battre autant que les femmes, si ce n’est plus. Je pense que l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas seulement une question d’égalité ou d’équité économique, c’est avant tout une obligation morale. C’est une question de justice et d’équité sur les plans politique, social et culturel.

Et il faut aussi de penser aux nouvelles générations. Si l’écart entre les femmes et les hommes continue de se creuser, ma fille, mes nièces, mes petits-enfants en souffriront.

J’aime bien le proverbe qui dit : Le meilleur moment pour planter un arbre, c’était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment, c’est maintenant. Si les gens n’ont pas contribué au changement social hier, la deuxième chance de le faire, c’est aujourd’hui. Alors, il faut en faire bon usage. »



ODD 5 : Égalité entre les sexes
ODD 9 : Industrie, innovation et infrastructure

Taher Sellami, jeune Tunisien de 19 ans, est membre du Programme de leadership des jeunes, une initiative du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) menée en partenariat avec ONU Femmes, avec le soutien de l’Agence suédoise de coopération internationale pour le développement. Taher Sellami a recours à l’entrepreneuriat et aux nouvelles technologies pour favoriser le changement social. En avril 2019, il a participé au Forum des jeunes du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) au siège de l’ONU, à New York, et s’est rapproché d’ONU Femmes pour lui présenter « INO », une application mobile visant à éliminer la discrimination lors des procédures d’embauche.