Le développement de l’entrepreneuriat des femmes au Bangladesh

Date : vendredi 11 octobre 2019

Parveen Akhter, 40 ans, est la fondatrice et directrice administrative du Glamour Boutique House and Training Centre, l’unique petite usine dirigée par une femme à Jessore, une petite ville du sud-ouest du Bangladesh. L’usine d’une superficie d’environ 370 mètres carrés produit du textile et des vêtements, et emploie 52 femmes.

Parveen Akter, hails from Ghop Nawapara Road in Jessore. She is the owner of Glamour Boutique House and Training Center, which has been operating since 2007. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Parveen Akhter hèle les passants sur Ghop Nawapara Road à Jessore. Elle est la propriétaire du Glamour Boutique House and Training Center, qui a ouvert ses portes en 2007. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Pour Mme Akhter, cette réussite n’est pas des moindres. Il y a douze ans, quand elle a eu l’idée de lancer une petite entreprise chez elle, elle n’avait pas accès à des capitaux et venait à peine de sortir d’une relation abusive.

Quand elle était scolarisée en 3e, elle a été enlevée et on l’a mariée de force. Elle vivait dans un ghetto avec son ravisseur (mari), qui était toxicomane et la maltraitait. Souvent, elle était la seule à travailler, ayant appris seule la confection, la broderie et les services de beauté. Avec deux fils à élever et personne pour l’aider, Mme Akhter est restée dans ce mariage pendant 17 ans, jusqu’à ce que les menaces et les coups s’empirent.

Parveen Akter. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Parveen Akhter. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

2007 a marqué un tournant majeur dans la vie de Mme Akhter. Son fils, qui avait alors 16 ans, est intervenu lorsque son mari était sur le point de la frapper à nouveau et l’a emmenée au tribunal afin qu’elle dépose une demande de divorce. Mme Akhter est revenue du tribunal et a posé une pancarte devant sa maison, sur laquelle figurait la mention : « Glamour Boutique House and Training Centre ». Elle a commencé à enseigner la confection, le batik (une conception de tissu traditionnelle), et la broderie aux femmes du quartier et vendait certains des produits qu’elle avait chez elle. Ensuite, elle a loué un espace pour y installer sa petite usine.

An exterior view of Glamour Boutique House and Training Center, located at Ghop Nawapara Road in Jessore. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Vue extérieure du Glamour Boutique House and Training Center, situé sur Ghop Nawapara Road à Jessore. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Mme Akhter a trouvé un appui salutaire auprès du programme « Inclusive and Equitable Local Development » (développement local inclusif et équitable – IELD), une initiative multipays conjointe entre le Fonds d’équipement des Nations Unies (FENU), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et ONU Femmes, financée par le gouvernement suédois. Le programme facilite l’accès des femmes au marché du travail et aux projets d’entreprise en encourageant la réalisation d’investissements publics et privés à l’échelle locale dans les entreprises dirigées par des femmes et dans les petites entreprises qui bénéficient aux femmes ainsi qu’à leurs communautés.

Grâce au programme conjoint, Mme Akhter a pu obtenir un prêt de 2 500 000 de takas bangladais [29 578 dollars US] pour moderniser son entreprise.

« À l’époque, je disposais de petites machines. Les responsables du programme IELD ont entendu parler de mon expérience et m’ont demandé ce dont j’aurais besoin pour développer mon entreprise. J’ai répondu qu’il me fallait des modèles de machines différents et en plus grand nombre. Avec l’appui du programme IELD, j’ai lancé l’exploitation à plein régime de mon usine en 2016 », indique Mme Akhter.

Hands of a worker plying her trade at Glamour Boutique House and Training Center. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Les mains d’une travailleuse exerçant au Glamour Boutique House and Training Center. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Avec du recul, elle repense à tout le chemin qu’elle a parcouru et ce que cela représente pour elle : « Maintenant, quand je rentre dans une banque, le directeur se lève à mon arrivée et me sert en priorité. Auparavant, quand j’y allais, j’étais tellement nerveuse que j’avais les jambes qui tremblaient. À présent, je peux donner ma carte de visite aux acheteurs – rien que cela, c’est un accomplissement énorme ! ».

Le programme IELD, qui est en cours au Bangladesh, en Tanzanie et en Ouganda, identifie et élabore un portefeuille de projets locaux offrant un potentiel d’investissement qui sont menés par des femmes ou qui sont sensibles aux questions de genre, et dont l’envergure suffit pour avoir un impact transformateur, en créant des emplois dans les communautés, tant pour les femmes que pour les hommes. Souvent, certains des plus gros obstacles auxquels les femmes sont confrontées sont la mobilité, l’accès à des ressources et l’obtention de prêts bancaires.

A worker plying her trade at Glamour Boutique House and Training Center. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Une travailleuse au Glamour Boutique House and Training Center. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Shazia Afrin, directrice du développement d’affaires chez IPDC, un prestataire de services financiers, a découvert Glamour Boutique et s’est rendu compte que l’entreprise offrait un excellent potentiel d’expansion. Selon Mme Afrin, il est difficile de trouver des femmes entrepreneures à Jessore. « Nous souhaitons investir dans des projets, mais les femmes aussi doivent prouver que leurs projets méritent que l’on y investisse ». D’après la banque bangladaise, les projets de femmes entrepreneures qui emploient au moins 60 pour cent de femmes ont d’excellentes chances de bénéficier d’investissements publics. 99 pour cent des employés dans la Glamour Boutique de Parveen Akhter étaient des femmes, et son registre des ventes indiquait que son entreprise était rentable.

Glamour Boutique House and Training Center spreadsheets. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Feuilles de calcul du Glamour Boutique House and Training Center. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

« Nous aidons les femmes à remplir les documents nécessaires et nous sommes plus souples [relativement à nos critères] concernant les immobilisations dont les entrepreneurs doivent disposer pour se voir accorder un prêt », ajoute Shazia Afrin.

Parveen Akter (center) with workers. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Parveen Akhter (au centre) avec des travailleuses. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Aujourd’hui, Parveen Akhter est fière de ses accomplissements. « Grâce à cette initiative, non seulement j’ai transformé ma propre vie, mais j’ai également pu aider d’autres femmes à gagner un revenu », déclare-t-elle. « Nous sommes faits pour rêver, et mon rêve est d’agrandir mon usine ».

Mussamad Nafiza. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Mosammat Nafiza. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Elle a également été en mesure de créer un environnement de travail sûr avec des quarts de travail souples pour ses employés, dont la majorité sont des femmes.

« Souvent, je propose des quarts de travail de 4 heures pour les maîtresses de maison et les étudiantes afin qu’elles puissent venir ici une fois qu’elles ont fini de travailler chez elles ou après leurs cours. Certaines sont même plus éduquées que moi ! ».

Mosammat Nafiza, 35 ans, a été formée par Parveen Akhter à la direction d’un salon de beauté et, aujourd’hui, elle l’aide à gérer les comptes et le centre de confection de Glamour Boutique House. Actuellement, 20 jeunes femmes viennent apprendre la confection au centre.

« Le plus grand changement dans ma vie depuis que j’ai intégré [Glamour Boutique House] est que je suis financièrement indépendante. Auparavant, ma famille devait me nourrir, et maintenant, je peux nourrir ma famille », confie Mme Nafiza. « La plupart des gens qui viennent ici finissent par accomplir quelque chose pour eux-mêmes. Moi aussi, je veux posséder une entreprise telle que celle-ci, comme apa (sœur) Parveen ».

Le programme IELD a soutenu cinq petites entreprises et jeunes entreprises au Bangladesh pour promouvoir l’autonomisation économique des femmes, ce qui a débouché sur l’embauche de plus de cent femmes.

L’un des principaux points à retenir du programme est que, souvent, cela ne suffit pas d’engager des femmes en tant que travailleuses et entrepreneures pour obtenir un impact transformateur.

« En parallèle, il faut l’engagement des hommes dans la communauté et des gouvernements locaux afin de briser les normes sociales et culturelles qui posent des obstacles persistants », a déclaré Shoko Ishikawa, représentante d’ONU Femmes au Bangladesh.

« C’est pour cette raison qu’au début de toute activité de projet dans un domaine donné, le programme dispense des formations sur l’égalité des sexes et des séances de sensibilisation pour l’ensemble de la communauté, y compris l’administration locale ».

Mosammat Nafisa is a trainer at Glamour Boutique House and Training Center, located at Ghop Nawapara Road in Jessore. She trains budding female workers in this field. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Mosammat Nafiza est une formatrice au Glamour Boutique House and Training Center, situé sur Ghop Nawapara Road à Jessore. Elle forme de futures travailleuses dans ce secteur. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Le conseiller et maire adjoint de Jessore, Mustaque Rahman, faisait partie des personnes qui ont été sollicitées par le programme pour participer à des sessions de formation. Il a travaillé à traiter les problèmes de toxicomanie dans les communautés de Jessore et promeut également l’entrepreneuriat des femmes. Après avoir entendu parler de l’entreprise de Parveen Akhter, il a encouragé des femmes des ghettos à suivre les formations sur la confection que propose Mme Akhter.

A worker checks in her daily attendance sheet at Ghop Nawapara Road in Jessore. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Une travailleuse vérifie sa fiche de présence journalière sur Ghop Nawapara Road à Jessore. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Dipa Monjundar, une amie de Parveen Akhter qui possède sa propre entreprise artisanale, est représentante des femmes bangladaises à la Chambre de Commerce de Jessore. Selon Mme Monjundar, la situation commence enfin à s’améliorer pour les femmes entrepreneures dans le pays. Mme Monjundar a deux enfants et, quand son mari est décédé, la famille de ce dernier l’a déshéritée. « Aujourd’hui, mon fils travaille, et ma fille suit des études. Je suis une entrepreneure établie et, de ce fait, je ne leur demande rien », dit-elle.

Parveen Akter, at right, owner of Glamour Fashion House, overseeing business with her elder son, Ridoy, at Jessore Bazar area. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Parveen Akhter, à droite, propriétaire de Glamour Boutique House, supervisant l’entreprise avec son fils aîné Ridoy dans le quartier de Jessore Bazar. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Ridoy Akhter, l’un des fils de Parveen Akhter, est son plus grand supporter. « Autrefois, nous devions nous partager [un morceau] de poulet entre nous trois. Maintenant, j’ai pu décrocher mon diplôme en comptabilité et je gère les finances de ma propre société », dit-il.

Parveen Akter, owner of Glamour Boutique and Training Center, grooms budding workers at her training center at Ghop Nawapara Road in Jessore. Photo: UN Women/Fahad Kaizer
Parveen Akhter, propriétaire du Glamour Boutique and Training Center, avec de futures travailleuses dans son centre de formation de Ghop Nawapara Road à Jessore. Photo : ONU Femmes/Fahad Kaizer

Quand les femmes peuvent accéder aux compétences et aux ressources dont elles ont besoin pour monter leurs propres entreprises, leur réussite perdure pendant des générations. Glamour Boutique House en est un exemple simple, mais éloquent pour l’ensemble de la communauté à Jessore.